Avec une première projection le 23 octobre, ce cinéma virtuel imaginé à Londres propose à ses spectateurs de découvrir à travers leurs ordinateurs des films peu accessibles dans les salles classiques. Avec ce projet, sa fondatrice, Faith Selby, souhaite accompagner les réalisateurs méconnus et offrir un contenu différent au grand public.


Il faut se connecter à l'heure sur l’ordinateur, comme on pousse la porte d'une salle de cinéma. Dix minutes avant la séance, on entre alors dans une pièce virtuelle où attendent neuf autres personnes maximum, venues du monde entier. On se présente, on s'installe confortablement (dans votre fauteuil du salon) puis la lumière baisse (de votre table de chevet).
Vous profitez du film comme il se doit puis quinze minutes sont réservées à la discussion après la projection. Voici Holocene, cette plateforme se présentant comme un « cinéma virtuel pour films d'art et d'essai internationaux » et qui ouvre ses portes le 23 octobre 2026.
Derrière Holocene, la volonté d’aider une amie et son court-métrage
L'histoire commence pendant le confinement. Faith Selby, formée à la géographie à UCL puis à la réalisation à la London Film School, gère alors un service de VOD consacré aux courts métrages d'auteur. Autour d'elle, des fondateurs de start-up, ingénieurs de formation. « Je me suis dit : je peux le faire aussi », se souvient-elle.
Le déclic vient plus tard, provoqué par une amie de l'école de cinéma dont le long métrage figure sur la liste présélectionnée des Oscars. « Elle m'a dit qu'elle n'arrivait à faire voir son film à personne. Elle a dû payer 30 000 dollars pour le projeter lors d’une seule soirée dans une salle de projection virtuelle, et il n'a finalement été montré que dans son pays. » Extrêmement déçue pour son amie, Faith sait alors ce qu'elle doit construire pour l’aider et favoriser l’accompagnement de ce type de projets. Un espace de projection virtuel, mais « égalitaire et accessible depuis n'importe où.»
Elle plonge alors dans l'ingénierie, jusqu'à suivre six mois d'apprentissage en machine learning. Développer l’accès pour tous, de tous types de contenus cinématographiques, devient un combat. Une bataille pour la culture : « Quand je vivais en France, j'ai découvert les chèques culture. Je suis restée figée, le temps que mon cerveau comprenne l'information. » Les Français, estime-t-elle, prennent le cinéma très au sérieux : « Pour eux, être cultivé est une liberté fondamentale. » Après trois ans passés sur la rive gauche parisienne, elle en garde la conviction qu'un contact constant avec la culture est indispensable pour créer du lien social, et ainsi pouvoir échanger sur des sujets cruciaux.

Des séances programmées uniquement le week-end
Nourri par ces réflexions, Holocene voit le jour petit à petit, et avec lui l’émergence d’un principe simple mais original : quatre nouveaux films proposés par mois, avec des séances programmées seulement le week-end, vendredi compris. Trois séances par jours ont lieu pour chacun des films. Celles du vendredi ont lieu à 17 h, 20 h et 22 h ; celles du samedi et du dimanche à 13 h, 17 h et 20 h.
Le catalogue est puisé dans de grands festivals du grand écran (Berlin, Venise, Locarno, Busan) et privilégie trois familles de cinéastes : celle dont les régions d’origines ne sont que très peu racontées au cinéma, les réalisateurs à leurs premiers coup d’essai et les auteurs confirmés mais peu commerciaux.
Une fois la sélection établie, tout est organisé autour du spectateur, pour une expérience mêlant rencontre et échange : « Les spectateurs ne sont pas placés au hasard » explique Faith Selby. « Un moteur de recommandation les réunit au-delà des frontières et des milieux sociaux, sur un seul critère : les goûts en commun.»

Offrir une vraie de séance de cinéma, au-delà des plateformes de streaming
Holocene prend le contre-pied du visionnage à la demande, qui laisse chacun libre de commencer, de suspendre, d'abandonner. Ici, la programmation est établie comme dans un véritable cinéma . « Nous ne sommes pas un service de streaming classique, qui encourage la passivité » explique Faith Selby. « Nous faisons confiance au public pour le rendre responsable de venir à un jour et une heure précise au cinéma. »
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Cette conception de la diffusion cinématographique, qui peut paraître exigeante, reflète en réalité une vision particulièrement forte de la place du septième art dans la société : « Nous avons tous un impératif moral vis-à-vis du cinéma.» affirme Faith Selby. « C'est un langage universel qui nous relie et, à travers lui, nous grandissons». Elle espère que ce modèle, conçu entre séances programmées et visionnage en groupe, donnera à chaque spectateur « davantage de pouvoir d'agir ».
50% de la vente des billets versés au producteur du film
Reste la question du financement. L'argent, le sujet qui avait tout déclenché. Mais comment Holocene fait-il pour vivre ? Le principe est simple : la plateforme reverse la moitié de chaque billet au producteur du film. Avec, encore une fois, la volonté d’offrir la possibilité aux réalisateurs de donner vie à leurs envies : « 82 % des cinéastes ne réalisent qu'un seul long métrage » raconte Faith, désabusée. « Mon objectif a toujours été de donner aux professionnels du cinéma des carrières durables. »
Côté tarifs, pour les spectateurs, la création d’un compte est gratuite et chaque séance coûte 6,99 £. Un abonnement annuel, à 35 £ au tarif de lancement (50 £ ensuite), comprend un billet offert par mois.
Ces prix abordables ont pour vocation d’inciter le grand public à découvrir de nouveaux types de films : « Quand le grand art est réservé à quelques privilégiés, la société décline. Davantage de gens devraient pouvoir accéder à des films de niveau festival en dehors de ces espaces très élitistes. C'est pour cela que Holocene existe. » Avec pour Faith Selby, le rêve de « créer un monde plein de cinéphiles » à travers l’écran
































