Édition internationale

La réunion de l’IPBES à Manchester, une étape clé pour la biodiversité

Manchester, l’un des berceaux mondiaux de la révolution industrielle. C’est dans cette ville que s’est tenue la 12ᵉ séance plénière de l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. Un choix de lieu qui résonne avec le contexte actuel, alors que scientifiques et gouvernements cherchent à ré-interroger les règles du jeu économique, “sur une planète aux limites déjà largement franchies”. Retour sur les principaux enseignements de cette semaine de travaux.

IPBES 12 2026 / TwitterIPBES 12 2026 / Twitter
Près de Manchester, la 12ᵉ séance plénière de l’IPBES.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 9 février 2026

Pendant quasiment une semaine, près de 150 États membres de l’ONU, accompagnés de scientifiques, d’ONG et d’observateurs, se sont réunis pour finaliser et approuver le résumé à l’intention des décideurs d’un rapport inédit consacré aux liens entre entreprises et biodiversité. 

 

Parmi les observateurs figurait Élisabeth Souquet, facilitatrice d’ateliers au Royaume-Uni, formatrice de la Fresque de la Biodiversité et référente de son antenne anglaise. Elle revient de Manchester avec un constat clair : “Le message principal adressé aux entreprises est simple : vous ne pouvez pas faire du business sur une planète morte. Plus précisément, votre activité dépend directement de l’état de la biodiversité.”


 

ÉlisabethSouquet IPBES climat

 

L’IPBES, ou la science face aux décideurs du monde

 

L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) fonctionne donc sur le même principe que le GIEC : les États membres de l’ONU mandatent leurs scientifiques pour compiler l’ensemble des connaissances existantes. Il ne s’agit pas de produire de nouvelles recherches, mais d’un travail de synthèse, de débats et de formulation.

 

Cette année, l’enjeu était particulier avec un rapport inédit sur les liens entre entreprises et biodiversité, fruit de trois années de travail menées par près de 80 scientifiques internationaux qui a été rendu public. Un document clé à retenir : le Summary for Policy Makers, relu à Manchester ligne par ligne, par toutes les délégations du monde.

 

Un consensus mondial pour des aménagements universel 

 

“Chaque État peut proposer des amendements, mais ce sont les experts scientifiques qui tranchent. C’est exigeant, parfois tendu, mais fondamental pour garantir l’intégrité du message”, explique Élisabeth Souquet. Un point a particulièrement retenu son attention : l’unanimité des États sur la responsabilité humaine dans l’érosion de la biodiversité.
 

“Les 150 pays présents étaient tous d’accord pour reconnaître que les activités humaines ont dégradé la biodiversité. Par exemple, personne n’a contesté l’affirmation selon laquelle, depuis 1820, 14 des 18 catégories de contributions de la nature à l’homme sont en déclin.”

Les discussions ont donc principalement porté sur la formulation de certains termes sensibles, comme l’intégration explicite des droits humains ou la place du changement climatique et de la pollution dans les mécanismes de déclin de la biodiversité. 

 

Une visibilité encore limitée dans le débat public

 

Alors que les crises environnementales s’accumulent, la biodiversité reste peu présente dans l’espace médiatique : “On parle huit fois moins de biodiversité que de changement climatique dans les médias”, rappelle Élisabeth Souquet. C’est précisément pour répondre à cet enjeu que l’IPBES a souhaité s’adresser plus directement aux entreprises : “Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité, toutes ont un impact sur elle et toutes peuvent devenir des actrices du changement”.


 

IPBES elisabeth team

 

“Rééquilibrer certains flux” pour “des bénéfices considérables pour les sociétés humaines”

 

Les données présentées à Manchester mettent en évidence un écart significatif entre les flux financiers 

 

En 2023, selon le rapport :

  • 7.300 milliards de dollars de flux financiers publics et privés ont eu un impact négatif direct sur la nature,
  • dont 4.900 milliards issus du secteur privé,
  • et 2.400 milliards de subventions publiques considérées comme néfastes pour l’environnement.

 

Agriculture intensive, énergies fossiles, infrastructures routières ou pêche figurent parmi les secteurs les plus concernés. À ceux-ci s’ajoutent des industries moins associées à ces enjeux, comme la papeterie, le luxe, la cosmétique ou les services financiers. À l’inverse, seuls 220 milliards de dollars (185 milliards d’euros) ont été consacrés en 2023 à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité : “Si l’on parvenait ne serait-ce qu’à rééquilibrer ces flux, les bénéfices seraient considérables, tant pour les écosystèmes que pour les sociétés humaines”, soutient la facilitatrice.

 

Une feuille de route partagée et relayée par le Roi Charles III

 

Après une semaine, Élisabeth ressort avec un sentiment d’engagement : “Ces réunions permettent de se retrouver entre personnes qui maîtrisent les enjeux et cherchent des solutions opérationnelles. Elles offrent aussi des données, des cadres d’analyse et des pistes d’action que je peux ensuite transmettre dans mes formations.”

 

Mais le document final n’a pas été édulcoré. Finalement, elle met en avant un message : “Dès que nous protégeons les écosystèmes ou que nous réduisons les pressions, la biodiversité peut se reconstituer dans de nombreux cas. Les trajectoires dépendent directement des décisions prises aujourd’hui”. Lors de la plénière, plusieurs messages ont été dévoilés notamment celui de Ruth Davis OBE, représentante spéciale du Royaume-Uni pour la nature : “La biodiversité ne soutient pas les entreprises ; la biodiversité est l'économie”, un message relayé dans la semaine par le Roi Charles III, dans une allocution lue par la secrétaire d’État, rappelant que la nature constitue “l’infrastructure essentielle qui régule notre système planétaire, incluant le climat, l’alimentation, l’eau et l’air”.

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