Jeudi 24 juin 2021

Les calories débarquent bientôt sur nos menus… pour ou contre ?

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 18/05/2021 à 12:43 | Mis à jour le 18/05/2021 à 14:34
Photo : Diana Polekhina - Unsplash
Une fourchette recouverte de ruban millimétré, sur fond jaune

En juillet 2020, le gouvernement intronisait ce projet pour lutter contre les taux alarmants d’obésité au Royaume-Uni. Ainsi, tous les établissements d’au moins 250 employés devront proposer leurs menus annotés avec les apports en calories à partir d'avril 2022.

 

Une législation pour endiguer une obésité trop importante et lutter contre la malnutrition

Le rapport publié par le gouvernement déplore en effet une prévalence inquiétante du surpoids et de l’obésité dans le pays. Les raisons : un apport énergétique trop élevé, la surconsommation dans les hypermarchés sous l’impulsion des campagnes de publicités de masse, le développement faramineux des fast-foods sur les dernières décennies, et une méconnaissance globale de ces problématiques… Tant de causalités qui ont mené le gouvernement à promulguer officiellement cette mesure, en ce 12 mai 2021.

Ainsi, dès l’an prochain, vos restaurants, cafés et drives préférés seront dans l’obligation d’afficher les calories que comportent leurs plats et boissons, sur internet et sur les menus physiques. Cette régulation ne s’appliquera qu’aux commerces d’une certaine taille, afin de ne pas impacter trop grandement les plus petites entreprises qui ont déjà souffert économiquement de la pandémie. Dans sa publication de mercredi dernier, l’exécutif précise qu’au terme d’une étude entreprise par leurs soins, 79% des sondés sont approbateurs de cette mesure.

Une opposition qui n’en demeure pas moins farouche face à cette mesure !

L’association caritative Beat (pour Beat Eating Disorders, en français « venir à bout des troubles alimentaires ») a immédiatement réagi à cette annonce, en rédigeant et en mettant à disposition des personnes réfractaires à cette nouvelle loi, une lettre ouverte pouvant être envoyée par courriel à leurs MPs (parlementaires) locaux. L'œuvre caritative estime que les preuves de l’efficacité d’un tel comptage sont trop insuffisantes quant à la réduction effective du nombre de calories consommées par les britanniques.

On peut leur concéder une chose : le sondage publié par le gouvernement, qui justifie l’implémentation de ces annotations, ne s’est basé que sur les réponses données par 1037 personnes, soit 0.002% de la population. De plus, ce pourcentage se subdivise entre celles et ceux qui « sont attentifs à leur alimentation » ou celles et ceux qui le sont moins. Il n’est pas fait état des personnes souffrant de troubles alimentaires une seule fois sur les presque 100 pages du rapport.

Ces inscriptions sur tous nos menus pourraient même, toujours selon Beat, réactiver des souvenirs douloureux ou des réminiscences des troubles alimentaires. Certaines de ces affections en viennent à générer une obsession pour le comptage calorique, aux conséquences parfois lourdes pour la santé mentale des concernés. L’organisme rappelle d’ailleurs souvent qu’un trouble alimentaire ne se reflète pas nécessairement via l’apparence de l’individu.

D’autres solutions ?

Avez-vous réellement envie, lorsque vous vous apprêtez à débraguetter votre pantalon cintré pour (enfin) déguster un copieux repas dans votre brasserie locale, d’être assailli par ces chiffres culpabilisants ? Rien n’est moins sûr.

Et quand bien même cette option pourrait avoir un impact significatif sur l’obésité du pays, qui, soyons de bonne foi, constitue une comorbidité importante à l’échelle nationale, certains suggèrent plutôt une augmentation des fonds alloués au NHS pour prévenir et traiter les troubles alimentaires. Autre possibilité encore : un menu par défaut sans les redoutées annotations, et un autre comptant les calories disponible sur demande du client. Le gouvernement entend aujourd’hui potentiellement proposer l’inverse.

 

Etes vous satisfaits de ce nouveau plan d’action anti-obésité ?
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Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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