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Affaire AUKUS : le Royaume-Uni invite les pays d’Asie du Sud-Est au prochain G7

Par Judith Chouzenoux | Publié le 22/11/2021 à 15:06 | Mis à jour le 22/11/2021 à 15:16
Photo : wikimedia Commons
les présidents des pays membres du G7

Le Royaume-Uni a invité les pays d’Asie du Sud-Est à se joindre au prochain G7, alors que la région se divise suite à l’alliance AUKUS formée entre la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Australie, qui a provoqué la colère de la Chine.

 

Downing Street a lancé ses invitations pour le prochain G7, réunion des puissances économiques les plus avancées du monde, qui devrait se dérouler à Liverpool le 10 décembre prochain. Pour l’occasion, la ministre des affaires étrangères, Liz Truss, a invité 21 ministres des affaires étrangères du monde entier, parmi lesquels des pays d’Asie du Sud-Est comme la Corée du Sud, l’Inde et la Malaisie. Dans un communiqué, le ministère a indiqué que le sommet abordera des questions liées à la résilience économique après la conférence sur le COVID-19, la santé mondiale et les droits de l’homme.

 

Mais cette réunion sera également l’occasion pour les pays asiatique d’exprimer leurs positions quant à l’affaire qui divise la région depuis quelques semaines : l’alliance AUKUS. Cette dernière est une alliance militaire tripartite formée par l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni. Rendue publique le 15 septembre 2021 après l’affaire des sous-marins, elle vise à contrer l'expansionnisme chinois dans l’Indo-Pacifique et sa course aux armements nucléaires.

 

En septembre, l'Australie a rendu les Français furieux en annulant un contrat de longue date sur les sous-marins avec Paris et en annonçant qu'elle formait un partenariat - l’alliance AUKUS - avec les États-Unis et le Royaume-Uni pour construire des sous-marins à propulsion nucléaire, et pour travailler ensemble sur des technologies telles que l'intelligence artificielle et l'informatique quantique.

 

Un sommet pour « resserrer les liens » entre des pays partageants « les mêmes idées »

Dans son communiqué, Liz Truss a expliqué qu’elle recevrait les « amis et partenaires » du Royaume-Uni afin de discuter de la manière qui pourrait « resserrer les liens économiques, technologiques et sécuritaires à l'échelle mondiale et répondre aux attentes du peuple britannique. » La ministre a affirmé sa volonté de construire « un réseau mondial de liberté qui fasse progresser la liberté, la démocratie et l'entreprise et qui encourage les pays partageant les mêmes idées à travailler ensemble en position de force. »

 

Une conférence qui permettra surtout de prendre la température liée à l’affaire AUKUS

Les pays membres de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) sont divisés sur le nouveau partenariat AUKUS. Certains, à l’instar de l’Indonésie et de la Malaisie, l’ont vivement critiqué, d’autres se montrent réticents et ne souhaitent pas prendre parti dans les rivalités qui opposent les superpuissances chinoises et américaines.

 

Un journaliste du Guardian rapporte qu’il est probable que la Chine considère cet élargissement du G7 comme une tentative d'amener la région à approuver l’AUKUS et à adopter une approche militaire plus dure à son égard.

 

Les pays asiatiques réticents à se mêler aux affaires étrangères des USA et de la Chine

Prabowo Subianton, le ministre de la défense indonésien fermement opposé à l’AUKUS, s’est exprimé ce weekend réaffirmant la position de son pays quant à l’alliance militaire. Pour l’Indonésie, l’Asie du Sud Est « doit rester dénucléarisée. » Le pays a exprimé ses craintes quant au déclenchement d’une course aux armements qu’une telle alliance pourrait provoquer dans la région. Le ministre a expliqué sa crainte que « davantage de pays - comme l’Inde et le Japon - ne cherchent à se doter de sous-marins nucléaires », et que cette possibilité constituait aujourd’hui leur « principale préoccupation. » Il a ajouté qu'il comprenait malgré tout que des pays puissent chercher à se défendre lorsqu'ils sont confrontés à ce qu'ils considèrent comme une menace existentielle.

 

Le ministre malaisien de la défense, Hishammuddin Hussein, a pour sa part estimé que « les enjeux étaient trop élevés » et que « le coût n’en valait pas le risque, car personne ne veut ou ne peut se permettre une confrontation à grande échelle dans la région. » Il a appelé ses homologues asiatiques à « mettre de côté leurs egos, leur fierté et leur colère pour aller de l’avant » car « les déclarations combatives, qu'elles proviennent de l'intérieur ou de l'extérieur de la région, ne sont d'aucune utilité et ne peuvent servir que d'étincelle à une tragédie potentielle. »

 

Une alliance qui menace la cohésion du bloc asiatique et la sécurité de la région

Hishammuddin Hussein s’est également prononcé fermement contre l’AUKUS. Selon le ministre malaisien, cette alliance pourrait « accroître les tensions et réduire le dialogue en ce qui concerne les deux superpuissances - chinoises et américaines - dans la région. » Il a ajouté que l’entente pourrait « conduire à des incidents imprévus, non intentionnels et accidentels en mer de Chine méridionale » dans la mesure où, si cette mer venait à être « remplie de mouvements militaires », les accidents « volontaires ou involontaires » risqueraient d’augmenter. Des événements qui se sont déjà produits dans le passé, comme lors de la Première Guerre mondiale, a-t-il rappelé. Il conclut en affirmant que la situation constitue « un véritable problème [qui] demande du courage, beaucoup de patience, de la diplomatie. »

 

Le ministre de la défense a aussi estimé que la nouvelle alliance pourrait conduire à un éclatement du bloc de l’ASEAN. Il a exhorté : « Nous ne voulons pas que ces 10 nations soient brisées pour quelque raison que ce soit, et surtout pas à cause du raisonnement géopolitique des superpuissances dans notre région. »

 

Vers un élargissement de l’alliance à d’autres pays ?

Vendredi, Kurt Campbell, conseiller américain pour l'Indo-Pacifique au Conseil de sécurité nationale, a reconnu que le partenariat Aukus pouvait susciter des inquiétudes et a tenu à rassurer ses homologues en affirmant que l’alliance ne serait pas une organisation exclusive, mais qu’elle pourrait s’ouvrir à l'adhésion d'autres nations européennes à l'avenir. Il n'a cependant donné aucun autre détail.

 

L'ambassade de Chine à Washington a contesté la déclaration du conseiller en assurant « que l’AUKUS est une alliance fermée et exclusive qui s'inspire de la mentalité de la guerre froide et cultive de fortes connotations de sécurité militaire. »

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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