Mardi 22 juin 2021

8000 accusations d’outrages sexuels déposées par des écoliers anglais

Par Stéphane Germain | Publié le 03/04/2021 à 18:24 | Mis à jour le 03/04/2021 à 18:42
Photo : Victoria Heath - Unsplash
écoles privées viol royaume-uni

Au Royaume-Uni, les écoles privées sont dans la tourmente après qu’un site a reçu 8000 témoignages d'agressions et d’outrages sexuels. Les établissements pourraient avoir étouffé ces affaires.

 

C’est un véritable moment #MeToo qui ébranle les établissements scolaires du Royaume-Uni. Des milliers de témoignages d’élèves ont été déposés sur le site Everyone’s Invited, qui a pour vocation de recueillir des récits contre la “rape culture” (la culture du viol). Ceux-ci font état d’inconduites sexuelles, de comportements machistes et misogynes, de harcèlement voire d’agressions ayant eu lieu entre élèves au sein même des écoles.

 

Les établissements auraient échoué à agir contre la culture du viol

Il semblerait que ces milliers d’accusation fassent suite à une exaspération de la part des élèves des établissements britanniques, qui se sentent désarmés face à l’inaction de leurs institutions à l’égard d’une culture du viol rampante derrière leurs portes.

Qu’est-ce que la culture du viol ? Il s’agit de l’environnement social, politique, juridique, scolaire et médiatique dans lequel notre société évolue, qui serait prompt à banaliser voire à tolérer les violences sexuelles. La culture du viol sous-entend que nous vivons dans une société propice aux agressions et aux viols dans la mesure où elle encouragerait l’impunité des agresseurs et amplifierait le sentiment de culpabilité éprouvé par les victimes.

C’est dans ce contexte que le site Everyone’s Invited avait été lancé par Soma Sara en juin 2020. Alors qu’elle se lançait sur Instagram dans une publication de séries de témoignages anti-“rape culture”, elle fut terrifiée par le nombre d’histoires qui lui parvenaient de la part de proches ou d’inconnu.e.s. Elle lança alors le site Everyone's Invited, dans le but de recenser des témoignages et de tâcher de les rediriger vers la police.

Ici, ce sont bien les élèves entre eux qui dénoncent des faits d’inconduites ou d’agressions sexuelles. La plupart des accusations visent des élèves inscrits dans les mêmes écoles et fréquentant les mêmes cercles sociaux. Plusieurs membres d’associations ou du gouvernement pointent la responsabilité de la pornographie, qui brouillerait les limites de ce qui est acceptable ou non en matières de relations à un jeune âge. Pour d’autres, la culture du viol est une réelle gangrène plus complexe parmi les écoles, et conduit à un climat d’insécurité pour les jeunes filles les fréquentant.

Après que le site ait enregistré des milliers de témoignages de la part d’élèves d’une centaine d’écoles du Royaume-Uni, la police a été submergée de signalements de violences sexuelles. Les établissements sont, depuis, sous le feu des projecteurs, accusés de perpétuer ladite culture du viol derrière leurs grilles. “Ce sont des histoires de la culture du viol - au sein donc desquelles certains comportements anormaux sont normalisés” a affirmé Soma Sara, la créatrice du site Everyone’s Invited, à la BBC. “La culture du viol est un problème universel. Elle est partout, dans toutes les écoles, toutes les universités, et dans toute la société” a-t-elle poursuivi au micro de la radio britannique.

 

Les établissements pourraient voir leurs portes se fermer

Depuis ce tsunami de déclarations, les différents établissements, la police britannique ainsi que les membres du gouvernement se sont mobilisés. Ils ont exprimé leur soutien aux familles et aux victimes, en assurant avec fermeté que des enquêtes indépendantes entendaient être menées.

Le chef du parti travailliste Sir Keir Starmer a déclaré qu’une enquête allait être ouverte, et qu’elle devait être réalisée “au plus vite”. Il a ajouté que cette enquête “très sérieuse” devait être concomitante à des changements profonds de la société dans son ensemble, assurant qu’il espérait des “changements culturels dans les comportements dans nos écoles et parmi les jeunes, mais aussi dans le respect qui est montré particulièrement à l’égard des femmes et des jeunes filles.

Pendant ce temps, le Ministère de l’Education, le Ministère de l’Intérieur et la police nationale sont en lien étroit avec le site Everyone’s invited pour garantir un suivi à toutes celles et ceux qui souhaiteraient faire part d’agressions ou d’inconduites sexuelles.

Une source proche du Ministère de l’Education a par ailleurs assuré de la presse britannique qu’ils comptaient “prendre des mesures” si les écoles ne respectaient pas les règles déjà en vigueur. Ces mesures pourraient aller jusqu’à la fermeture de certains établissements scolaires, si les faits venaient à être avérés.

Plusieurs établissements ont dores et déjà annoncé qu’ils allaient lancer des enquêtes indépendantes pour se saisir de ces accusations. Highgate School, une école privée du nord de Londres, fait partie des établissements visés comptant procéder à un examen en interne des allégations les concernant.

 

Les établissements soupçonnés d’avoir voulu protéger leurs réputations en étouffant les affaires

Simon Bailey, chef de police et agent principal chargé de la protection de l’enfance pour le National Police Chiefs' Council a confié au Times qu’il craignait effectivement qu’’une “culture de la misogynie et du harcèlement sexuel” n’ait pas suffisamment été inquiétée dans beaucoup des écoles mises en cause.

Il précise cependant au journal qu’il ne possède pas de preuve tangible permettant d’affirmer que des écoles auraient dissimulé des affaires pour préserver leur réputation. Il a cependant nuancé ses propos en ajoutant : “Suis-je naïf au point de penser que cela n’est pas arrivé ? Certainement pas. (...) Est-ce que je crois que nous allons découvrir des cas où des abus ont été dissimulés pour protéger des réputations ? Oui, je le crois.

Pour le moment, les enquêtes ont été ouvertes et la police a été sommée de traiter toutes les accusations qu’elle recevrait de la part d’élèves britanniques.

Cette libération de la parole parmi les établissements du Royaume-Uni semble permettre malgré tout d’enfin évoquer le sujet de la culture du viol, trop souvent banalisé dans la société britannique et partout dans le monde.

 

Pour ne rien perdre de l’actu londonienne, abonnez-vous à notre newsletter en deux clics !

Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Étudiante en Master 2 Nouvelles Écritures Médiatiques à Nantes. Journaliste et inlassable curieuse.
0 Commentaire (s)Réagir
Sur le même sujet