Retour sur la 19eme édition du Ubud Writer festival, conférences, rencontres...

Par Cécile Collineau | Publié le 03/11/2022 à 19:15 | Mis à jour le 07/12/2022 à 12:52
Photo : Ubud Writer Festival 2022
UWF retour 2022 (1)

Se rendre à un festival littéraire, c’est un peu comme si vous entriez à l’intérieur d’une boule de disco : de l’intérieur, vous avez une vision multifacettes du monde qui nous entoure. Et comme lorsque vous quittez la boite de nuit au petit matin, vous sortez de ce festival un peu étourdi, en vous disant que vous venez de passer un moment extraordinaire.

 

Je reviens de 4 jours denses et intenses à Bali pour la 19e et édition du Festival des écrivains et des lecteurs de Ubud.

La meilleure stimulation intellectuelle qu’on puisse espérer : beaucoup de liens uniques et amicaux qui se créent, la découverte d’une foule de nouvelles idées, des rencontres avec des personnes qui sont différentes de nous.

Une impressionnante programmation

L’impressionnante programmation quotidienne débutait dès 8h le matin et terminait à 23h. Il était parfois difficile de faire des choix dans les événements proposés. Voici ceux qui m’ont particulièrement plus :

Le diplomate et traducteur Max Lane qui a parlé de l’impact de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer sur la politique indonésienne

Une session qui m’a interpelée par 3 écrivains originaires de l’est de l’Indonésie : Aprila Nawar de Papouasie, Felix K Nesi du Timor occidental et Maria Pankratia de Flores. Qu’il est difficile pour eux d’imposer leur identité dans un pays tellement centré sur Java.

Le sociologue Jean Couteau a évoqué les changements que Bali a rencontres au cours de ces 50 dernières années. J’avais lu son livre et l’avais déjà écouté à plusieurs reprises, mais l’entendre dans ce panel de 6 personnes a ouvert d’autres horizons.

Une discussion intéressante sur les nuances de l’appropriation culturelle : « Ne mélangeons pas l’appréciation culturelle avec le détournement culturel ». La poétesse philippine Faye Olay a créé l’émotion dans la salle en lisant son poème « Je suis Ilocano », qui traite du décalage grandissant des jeunes avec leurs dialectes régionaux. 

La session sur le President Jokowi et la nouvelle Indonésie a fourni quelques éléments d’analyse intéressants sur la politique d’aujourd’hui, même si certains intervenants pratiquaient la langue de bois plus que je ne l’aurais souhaité. 

La conférence sur le 20e anniversaire de l’attaque terroriste de Bali pendant laquelle plus de 200 personnes ont trouvé la mort : les témoignages de cet homme musulman qui a aidé les victimes et de cette femme hindoue dont le mari est décédé ont brillé par leur grande dignité ; mais tout le monde pleurait, à la fois sur la scène et dans le public. La traduction simultanée de Chris Wan dans ce contexte chargé d’émotions fut remarquable. 

L’intervention croisée d'Elisabeth Inandiak, autrice du charmant recueil quadrilingue "Rêves de l’ÎIe d’Or", et des musulmans clairvoyants de Sumatra, gardiens du site archéologique bouddhiste de Muara Jambi fut pleine de poésie et de tolérance

J’ai été fascinée par la conférence sur le journalisme d’investigation, donnée par Drew Ambrose, journaliste star d'Al Jazeera, et Andreas Harsono, le grand activiste de la presse libre en Indonésie qui représente maintenant Human Rights Watch en Indonésie. Ils n’ont fait que renforcer mon sentiment que les journalistes, surtout ceux de terrain, sont les héros du monde moderne.

La sortie du livre préface par l'ambassadeur Olivier Chambard "Langues et Chant" de Ibu Tati Asterix Bambang Haryo, ou comment apprendre le français en chantant, avec la présence de la célèbre chanteuse indonésienne Reda Gaudiomo également présente lors de plusieurs sessions et concerts.

 

Mais il n’y avait pas que des conférences 

J’ai eu la chance de m’asseoir au premier rang pour assister à une séance de wayang kulit, théâtre de marionnettes d’ombre, par le célèbre marionnettiste javanais Purbo Asmoro, dont les paroles étaient traduites simultanément par la spécialiste américaine du gamelan et du wayang kulit Kitsie Emerson (qui sort d’ailleurs un livre sur le sujet, publie par NUS Press)

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Théâtre de marionnettes Wayang Kulit

 

Je me suis levée aux aurores pour suivre l’écologiste urbain Darryl Jones pour tenter d’apercevoir les martins-pêcheurs et les aigrettes en pleine migration sur la crête de Campuhan. Le petit déjeuner qui a suivi était servi au milieu des rizières. Ça valait vraiment le coup de se lever tôt !

S’est également tenue la réunion du club de lecture IndoLitClub, fonde à Sydney par la formidable Toni Pollard. Nous avons discuté 2 nouvelles écrites par des primo-auteurs, présents avec nous : Eko Darmoko qui proposait une nouvelle historique (me-too au 16ᵉ siecle) et Sasti Gotama dont la nouvelle évoquait la dépression post-accouchement. 

Ce fut aussi l’occasion de fêter le 35ᵉ anniversaire de la Fondation Lontar, une maison d’édition à Jakarta qui a fait connaît la littérature indonésienne à l’étranger en traduisant plus de 650 œuvres. Bravo à John McGlynn pour ce travail extraordinaire qui mériterait une bien meilleure visibilité, ou au minimum une médaille de la part du ministère de la Culture d’Indonésie.

Changemaker, festival en parallèle, donne la parole aux jeunes entrepreneurs qui travaillent à améliorer le quotidien des populations et l'environnement. 

 

Premier événement en français depuis la création du festival il y a 19 ans

jean Couteau Eric Buvelot Bali 50 ans de changements

Et enfin, pour la première fois dans toute l’histoire du festival : une conférence en français par Jean Couteau et Éric Buvelot pour "Bali, 50 ans de changements". Belle participation de la communauté francophone de Bali. Un événement finance par l’Institut Français d’Indonésie. Cocorico !

 

Alors, notez dès à présent dans votre agenda la 20ᵉ édition du festival !

 

Pour aller plus loin :

Ce festival a vu le jour en 2002 à Bali suite aux attentats qui ont fait de nombreuses victimes et laissé l’ile désemparée. La Fondation Yayasan Mudra Swari Saraswati créée par l’Australienne Janet DeNeefe est à l’origine du projet. Depuis ses timides débuts, le festival est devenu sans aucun doute l’événement culturel et littéraire le plus important d’Asie du Sud-Est. Il rassemble chaque année de plus en plus de visiteurs.

 

 

 

 

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Cécile Collineau

Cécile Collineau

Cecile Collineau vit en Asie depuis 25 ans (Japon, Singapour, Indonésie). Elle a été responsable de la sélection des livres français dans une grande librairie japonaise à Singapour pendant 10 ans.
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