Le randai, art du spectacle traditionnel minangkabau

Par Odyl Devaux-Zeller | Publié le 06/04/2022 à 21:30 | Mis à jour le 26/04/2022 à 13:13
Photo : @traverse.id
Spectacle de danse randai chez les minangkabau

Le randai est un art du spectacle traditionnel minangkabau. Il est originaire de la région de Padang Panjang à l'ouest de Sumatra. C’est une forme de théâtre où se mêlent art dramatique, musique, chant, danse et art martial : le silak.

 

Aux origines du randai

Il semblerait que le randai soit apparu au début du XXème siècle à la suite d'une combinaison d'arts martiaux, de contes et d'autres traditions d'offrandes. Une autre légende rapporte qu'il aurait été joué par les habitants de Pariangan à Tanah Datar après avoir attrapé un cerf ayant réussi à sortir de la mer.

À ses origines, le randai était plutôt un jeu communautaire interprété par les jeunes Minangkabau. Seuls les hommes pratiquaient alors le randai. Même si des personnages féminins faisaient partie de l’histoire, ils étaient joués par des hommes qui se comportaient et s'habillaient comme des femmes. En effet, dans le passé, le randai était généralement joué après la prière du soir par les villageois, mais dans la coutume minangkabau, les femmes n'étaient pas autorisées à sortir la nuit. De plus, à cette époque, seuls les garçons pouvaient pratiquer le pencak silat. Mais depuis les années 60, le randai s’est féminisé. Aujourd’hui, le randai est un véritable art du spectacle qui se déroule lors de fêtes traditionnelles tels que les mariages, les fêtes folkloriques, à la célébration de l'Aïd al-Fitr ou lors des récoltes. Ce spectacle vise à divertir le public.

 

Le randai est un moyen de perpétuer la culture et les traditions

Avant l’apparition du randai, il existait une tradition de littérature orale appelée kaba. Elle parlait de l'histoire de la communauté, des valeurs traditionnelles, des enseignements religieux, de la vertu, de la honte, de l’éducation, de la moralité, etc ... Le kaba était raconté et se transmettait oralement de génération en génération de sorte que diverses variantes et versions du kaba peuvent apparaitre.

Le randai s’est avéré être un bon moyen de transmettre le kaba afin que la culture locale ne soit pas perdue. Toutefois, l’histoire que raconte le randai peut aussi être un récit emprunté aux légendes et aux contes populaires ou tout simplement une nouvelle histoire. Mais afin de respecter la culture minangkabau, l’histoire se doit d’être le reflet des valeurs aussi bien du passé que de celles de la société actuelle. Afin de rendre plus vivant le randai, il y est fait souvent référence à des évènements et des phénomènes sociaux apparus dans la communauté et comprises par elle. C’est un moyen de véhiculer des messages et des conseils.

 

Le randai, symbole de cohésion

Le randai se joue en groupe de plusieurs personnes qui forment un cercle afin d’établir une forme d’unité et d'égalité entre les participants. C’est un symbole de cohésion dans la communauté minangkabau. Le randai est le reflet de plusieurs valeurs : l’unité, la fraternité et le lien des hommes avec l’univers. Des histoires sont racontées, sous forme de chant. Le randai transmet le kaba à travers le chant du gurindam, poésie lyrique indonésienne et les danses reprennent les mouvements du silat. Le dialogue se fait dans la langue Minang.

 

Comment se déroule le spectacle de randai ?

Randai danse minangkabau
Les hommes portent le sarawa galembong@bobo.grid.id

 

Il y a plusieurs rôles bien distincts dans le randai selon l'histoire racontée. 

L'entrée en scène du personnage principal se fait accompagner par les autres membres du randai. Les danseurs sont entourés par :

Le panggoreh dont la tâche est de faire un cri distinctif « hep tah tih » afin de déterminer et de réguler la vitesse du tempo de chaque mouvement. Il peut y avoir plusieurs panggoreh selon la longueur du randai qui peut durer de 1 à 5 heures, voire plus.

Le janang dont le rôle est de guider tous les mouvements. Il agit en tant que chef, et a aussi pour rôle de maintenir l'ambiance pendant le spectacle.

Généralement, les instruments de musique utilisés pour accompagner la danse randai sont le talempong (gamelan), le gandang (tambour), le papuik sarunai (terompet) et le saluang (flûte).

Le rôle du chanteur est de chanter le gurindam, poème lyrique.

 

Des vêtements comme instrument de musique

Pour jouer le randai, des vêtements spéciaux sont utilisés, à savoir le pantalon sarawa galembong qui est un pantalon aussi utilisé dans la pratique du pancak silat. Ce pantalon a une propriété musicale : le danseur frappe le bas de son pantalon afin qu'il produise un son arrangé de telle manière qu'il ressemble à une percussion ou quelque fois au bruit des vagues.

 

Randai danse minangkabau
danseuse avec la coiffe suntiang@Failfare.org

 

Les danseuses de randai portent le suntiang, couronne ou coiffe généralement de couleur or ou argent. Il est considéré comme « lourd », symbole que la vie en tant que femme n'est pas facile. Le suntiang est aussi la coiffure des mariées minangkabau.

 

Le randai, un art qui ne cesse de grandir

En tant que théâtre populaire, le randai vit du peuple pour le peuple. Chaque année, plusieurs festivals sont organisés à l’ouest de Sumatra. Le randai grandit, vit et se développe non seulement dans la communauté minangkabau, mais traverse les frontières. Le randai s’exporte, il est mondial. La preuve en est que des artistes de randai ont été invités à l'université d'Hawaï Manoa afin d’enseigner cet art traditionnel dans le programme de théâtre asiatique de l’université.

Musra, célèbre professeur indonésien, spécialiste de la culture minangkabau, plus familièrement appelé « Mak Katik », a enseigné le randai au début des années 2000 : " derrière le dialogue et le mouvement du silat, il y a de nombreuses philosophies traditionnelles et religieuses qui sont à la base de la vie ", aime-t-il souligner.

 

Une vidéo pour découvrir cette danse particulière du pays Minangkabau :

 

 

 

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Odyl Devaux-Zeller

Après avoir vécu aux Philippines au Vietnam et désormais en Indonésie, je prends plaisir à découvrir ce pays aux milles facettes et à partager mes découvertes avec les lecteurs du Lepetitjournal.com Jakarta
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