

Il y a quelque chose à trouver dans la montagne, et plus particulièrement dans cette montagne sacrée, omniprésente dans le paysage de la région et marquée par le récit de l'Arche de Noë. C'est ce que sont allés chercher sept français stambouliotes de c?ur, Isabelle et Guillaume Neveu, Sophie et Philippe Greiveldinger, Maria et Gilles Coccoli et Lionel Baret. Lepetitjournal.com a rencontré l'équipe féminine de retour de leur aventure et vous livre leur récit de montagne
Nos sportifs ne sont pas des débutants : Isabelle et Guillaume sont des montagnards émérites et ont un chalet dans les Alpes ; Sophie et Philippe font aussi de la randonnée en montagne tous les étés ; Maria et Gilles sont des sportifs aguerris de même que Lionel qui participe régulièrement au marathon d'Istanbul et à la traversée du Bosphore. Mais personne n'avait encore franchi la barre des 4.000 mètres d'altitude et l'exploit les tente !
C'est donc en sportifs chevronnés que nos compatriotes décident cette ascension, il y a à peine un mois, certains que l'entraînement à la course trois fois par semaine devrait suffire. Mais quelle n'est pas leur surprise de s'entendre dire par le guide de montagne: ''Cela ne sert absolument à rien, la seule chose à faire, c'est monter des escaliers en courant !''.
Mais ce qui est aussi essentiel, c'est de s'habituer progressivement à l'altitude, car il s'agit quand même de monter jusqu'à 5.165 mètres, une hauteur extrême?et Istanbul n'est qu'à 50 mètres d'altitude?Normalement, il est donc conseillé de se ménager quelques jours d'acclimatation avant l'ascension. Mais nos aventuriers téméraires n'ont pas tout ce temps !
Le 3 juillet, la tête et les jambes fin prêts pour l'ascension
C'est ainsi que le samedi 3 juillet, nos amis français se lèvent à 5h du matin pour prendre l'avion d'Istanbul à 7h10 et récupérer à 9h30, à Van, le guide - personnage à la chevelure rousse ébouriffée, que Sophie aura vite fait de surnommer Barberousse ? un nouvel acolyte invité surprise ! Pas de perte de temps, les voilà partis illico pour Dogubayazit, à la frontière iranienne où ils parviennent après 2h30 en minibus. De là, ils embarquent à l'arrière d'une sorte de bétaillère pour rejoindre le début du parcours.
Et là, mauvaise surprise, ils sont à 2.190 mètres d'altitude alors que d'après l'agence, ils devaient démarrer à 2.800 mètres? Alors qu'ils ne commencent à marcher qu'à 16h, 1.000 mètres de dénivelé les attendent au lieu des 400 prévus ! A raison de 300 mètres de dénivelé par heure, le quota moyen en montagne, il faudra donc 2 heures de plus? Mais cela ne décourage pas nos amis ! Ils sont en effet arrivés au premier campement à 18h et ont même dû attendre les mules chargées de l'équipement qui ne sont arrivées qu'une heure plus tard ! Ce n'est qu'à cette heure tardive que l'homme de main s'est lancé dans le montage des tentes et à la préparation interminable d'un dîner certes pantagruélique, mais qu'ils n'ont pu dévorer qu'à 21h, frigorifiés !
2ème jour : le défi, on dépasse la barre des 4.000 m d'altitude !
Lever 8h30, c'est grasse matinée pour nos marcheurs ! Toute l'équipe ignore ce qui l'attend en haut, mais est excitée. C'est parti pour la deuxième journée de marche, et signe de bon augure, un loup magnifique croise leur route ! Le rythme de marche est soutenu, mais chacun maintient le cap, sauf notre 8ème compagnon de fortune qui traîne un peu la patte... En tout cas, heureusement qu'il est là car au bout de quelques centaines de mètres, la semelle de Philippe se désagrège complètement, et notre homme en question lui prête des chaussures de rechange.
Personne ne s'essouffle mais les maux de tête commencent quand même à sévir? En tout cas, comme dit Sophie, ''c'est dur, mais il n'y a pas de danger comme dans les Alpes : pas de crevasses, pas de précipices abrupts?, on n'aura même pas dû revêtir les crampons !''
C'est ainsi que l'équipe arrive à midi, un peu dés?uvrée à l'étape? ''Il n'y a plus rien à faire?'', se désole Sophie. Alors nos Français soucieux de préserver ce lieu si sauvage vont s'improviser éboueurs des montagnes et rassembler pas moins de quatre sacs de poubelle pleins ! C'est aussi le moment d'admirer le paysage, très dépaysant par rapport aux Alpes, le cône blanc et solitaire du volcan Ararat surplombant une vaste plaine désolée. ''On imagine bien cette montagne au milieu de rien recueillir l'Arche de Noë échouée dans la tempête'', laisse échapper Isabelle.
3ème jour : le Toit de l'Anatolie Orientale lundi 5 juillet à 6 heures du matin
Cette fois, lever à 1h du matin, c'est plus facile de marcher tant que la neige est dure. Mais inutile de dire que nos amis ont peu dormi? Même allongés, l'altitude vous tenaille et, malgré l'équipement de choc (pas moins de sept couches pour Isabelle la plus frileuse !), le froid est pénétrant ! Et puis ''la montagne fait des bruits'', nous confie Maria, sans compter la chute d'un bloc de pierre qui a les a surpris en pleine nuit.
Les voilà donc repartis à 2h du matin. Il reste 1.000 mètres à parcourir? Les maux de tête, la fatigue et l'envie de dormir assaillent nos sportifs. Le typique mal des montagnes ?Les pas se raccourcissent, les mètres semblent interminables. Heureusement, Guillaume ouvre la marche, entraîne les autres et chacun s'encourage dans cette course incroyable. Tous s'accordent pour nous dire que ''si la solidarité est indispensable pour tenir, il faut aussi être un groupe homogène''. On peut même abandonner à 100 mètres de l'arrivée. D'ailleurs le 8ème marcheur, visiblement moins entraîné, n'est jamais arrivé. Les 1.000 mètres auront ainsi été franchis en 4h au lieu des 5/6h prévues !
Là-haut, quelle émotion d'avoir atteint l'objectif ?Le paysage est fantastique, le ciel s?ouvre sur une mer de plaines, la lumière très vive dégage une impression d'être plus près du soleil, et la neige éternelle est immaculée? Le manteau de neige forme, avec la plaine brune et minérale dominée par un ciel bleu vif, un magnifique contraste de couleurs !
Mais nos marcheurs doivent lutter contre le froid (-15°) et résister aux rafales de vent de force 9 ! Difficile d'admirer le panorama dans ces conditions...Les hommes officient pour immortaliser ce moment en dressant drapeaux et étendards aux couleurs de la France, de leurs entreprises Renault et Danone, et même du TMTB, association amicale de messieurs stambouliotes !
Après 10 minutes, il faut redescendre et c'est un autre combat qui commence. Comme dit Isabelle,''en montant, on travaille sur les mollets, en descendant, c'est sur les cuisses que l'effort se porte !'' Première pause pour faire une petite sieste réparatrice à 4.200 mètres, et déjeuner à 3.200 mètres pour arriver tout en bas à 16h. En 14 heures exactement, ils auront grimpé 1.000 mètres et descendu 3.000 mètres !
Merci à Isabelle, Maria et Sophie qui nous ont relaté cette aventure le surlendemain après un jogging de retape, ''il fallait bien écraser les courbatures? !''
Marie-Eve Richet pour Lepetitjournal.com, Edition Istanbul. Mardi 13 juillet 2010
