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Découverte du bacille de la peste à Hong Kong par Alexandre Yersin

Buste de Yersin à Hong KongBuste de Yersin à Hong Kong
photo@Wikimedia Commons
Écrit par Claudia Delgado
Publié le 4 novembre 2021, mis à jour le 4 novembre 2021

Dans le jardin du musée des sciences médicales de Hong Kong, la statue d’une tête en bronze se dresse, il s’agit du médecin franco-suisse formé à l’Institut Pasteur, Alexandre Yersin qui a découvert en 1894 à Hong Kong le bacille de la peste, nommé Yersinia pestis en son honneur. 

Parcours de Yersin : de Paris à l’Indochine

Alexandre Emile Jean Yersin est né en 1863 à Aubonne, Suisse. Dans sa jeunesse, il s'intéresse à la flore et à la faune, avant de décider d’étudier la médecine. En 1885, Yersin arrive en France pour continuer ses études à l'Hôtel-Dieu de Paris où il rencontrera Émile Roux qui lui ouvre les portes de l'institut Pasteur. En 1889, il obtient la nationalité française et devient le premier préparateur du cours de microbiologie de l’Institut. En 1890, lassé des laboratoires et passionné d'aventure, Yersin embarque sur les Messageries maritimes pour devenir médecin militaire en Indochine.

Alexandre Yersin
Alexandre Yersin - photo@Institut Pasteur

La peste atteint Hong Kong

Au début de 1894, la peste fait son apparition à Canton, faisant plus de 60000 morts en à peine quelques semaines. Le fléau atteint rapidement Hong-Kong, territoire voisin dont la position stratégique entre Orient et Occident, constitue une grave menace de propagation pour le reste du monde. Il s’agit d’une maladie inscrite profondément dans l’imaginaire collectif de par les récits historiques et fictionnels qui ont traversé les époques : qu’on parle des trois pandémies mondiales ou de l’épidémie fictive de peste bubonique qui a ravagée la ville d’Oran dans le récit de Camus.

La peste à Hong Kong
nettoyage des maisons touchées par la peste - photo@Wikimedia Commons

Toutefois, en 1894 la peste demeure une maladie dont on ne sait que très peu de chose: qu’elle est extrêmement contagieuse, qu’il n’y a aucun traitement et qu’elle est presque toujours mortelle (un taux de mortalité de 96%).

À cette époque, les soldats britanniques essayent d’endiguer l’épidémie en inspectant les maisons et en emportant les pestiférés vers les hôpitaux. Tout ce qui est à l’intérieur est empilé et brûlé et les habitations sont désinfectées avec du chlorure de chaux.

La peste à Hong Kong
nettoyage des maisons touchées par la peste - photo@Wikimedia Commons

L’arrivée de Yersin à Hong Kong

En juin 1894, le gouvernement français ainsi que l’institut Pasteur envoient Yersin à Hong Kong pour étudier les raisons de l’épidémie. Il débarque sur le territoire le 15 juin et est accueilli par le père Vigano, installé à Hong-Kong depuis trente ans, qui fera office d’interprète.

 Dès son arrivée, il a toutes les peines à obtenir les autorisations nécessaires pour étudier la maladie, il apprend qu’une équipe japonaise menée par Kitasato Shibasaburō l’a précédé pour étudier également l’origine et la nature de cette maladie. Il s’installe devant l’Hôpital de Kennedy Town, mais il est vite écarté par les Anglais qui donnent la préférence aux Japonais. Au vu des conditions de travail intenables, le père Vigano obtient pour Yersin l’autorisation de lui faire construire à la hâte une cabane en bambou recouverte de paille près du nouvel hôpital, le Alice Memorial, où Yersin installe son laboratoire rudimentaire le 22 juin.

Alexandre Yersin à Hong Kong
Alexandre Yersin à Hong Kong- photo@Institut Pasteur

Dans un premier temps, il se voit dans la nécessité de soudoyer les fossoyeurs pour se procurer des cadavres, mais sa situation s’améliore par la suite lorsqu’on lui permet d’accéder aux patients de l’hôpital et de prélever le matériel dont il a besoin pour ses études.

Conditions de vie de la population touchée à Hong Kong

Dans ses notes, Yersin décrit les facteurs propices au développement de la maladie, notamment les conditions de vie insalubres de la population chinoise de Hong-Kong, première victime de la maladie. Il note un système d’égouts inadéquat et infesté de rats, aggravé́ par la surpopulation au sein des quartiers pauvres. Le manque d’hygiène lui semble la principale entrave à la lutte contre la maladie. La situation de la colonie permettait aisément la comparaison entre les quartiers locaux et ceux des expatriés, dans ces derniers, la population plus aisée était relativement épargnée par la maladie.

Alexandre Yersin à Hong Kong
nettoyage des maisons touchées par la peste - photo@Wikimedia Commons

La découverte du bacille de la peste

Pourvu de moyens dérisoires, il réussit à identifier et isoler en trois semaines le responsable de cette maladie. Il s’agit d'un bacille très résistant qui porte depuis lors le nom de son découvreur : «Yersinia pestis». Yersin n’avait pas les moyens de se payer d’équipements pour faire incuber ses échantillons et cela sera son meilleur atout : la Yersina pestis prolifère à une température basse.

Les observations de Yersin concernant l’abondance des rats morts de la peste au domicile des malades lui font émettre l’hypothèse qu’ils puissent être les vecteurs de la maladie. Il note néanmoins que les mouches de son laboratoire peuvent aussi être infectées par la maladie. Il envisagera le rôle de la mouche, mais ne parviendra pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme, découverte faite en 1898, par un autre pasteurien, Paul-Louis Simond, démontrant le rôle de la puce du rat.

Médaille Alexandre Yersin
Médaille pour les travaux sur la peste - photo@Wikimedia Commons 

Développement d’un traitement contre la peste

Pour Yersin, ces deux mois à Hong Kong ne seront qu’une étape, peu de temps après sa découverte, il démonte sa paillote pour s’installer au Vietnam où il continue ses travaux sur la peste, développe la culture de l'arbre à caoutchouc et soigne gratuitement les habitants. 

Ses travaux ont ouvert la voie au développement des vaccins et des traitements qui ont permis d’éviter la mort de millions de personnes. Plusieurs vaccins contre la peste ont déjà été mis au point au cours des années mais ont été abandonnés à cause de leurs effets indésirables. Un nouveau vaccin est en cours d'évaluation chez l'homme mais il n’est pas encore efficace contre la peste pulmonaire.

L’institut bactériologique de Hong Kong Kong a été construit en 1906 dans l’ancien quartier de Tai Ping Shan (actuellement Sheung Wan), le plus durement touché par la peste bubonique à Hong Kong. Aujourd’hui reconverti en musée des sciences médicales, il retrace l’histoire de cette épidémie ainsi que celle des développements médicaux à Hong Kong. La statue de Yersin, conçue par la sculptrice française Antoinette Rozan, trouve sa place dans un coin tranquille du jardin.

 

Plaque commémorative de la peste à Hong Kong
Plaque commémorative au Blake Garden - photo@Wikimedia Commons

 La peste de nos jours, une maladie qui n'a pas disparu

La peste est l’une des maladies épidémiques ayant causé le plus de morts, dans les années 1300, la peste noire a décimé environ la moitié de la population européenne. L’OMS a classé la maladie comme réémergente car aujourd’hui encore, la peste fait des ravages dans certains pays : près de 50000 cas humains de peste ont été déclarés à l’OMS entre 1990 et 2020 par 26 pays d’Afrique, Asie et Amérique. Jusqu’à présent, le moyen le plus efficace pour traiter la peste est l’utilisation d’antibiotiques.

Concluons avec les mots écrits par Yersin dans une lettre à sa mère, mots qui font écho au solidarisme français : «Je ne pourrais jamais demander à un malade de me payer pour des soins que j’aurais pu lui donner. Je considère la médecine comme un sacerdoce».

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