À l’issue de la 44ᵉ session de l’Assemblée des Français de l’étranger qui a eu lieu à Paris début mars 2026, Florian Bohême, conseiller des Français de l’étranger, vice président de la Caisse des Français de l’étranger mais aussi président de commission, revient sur les priorités et les défis à venir, notamment l’avenir de la CFE. “Je veux être très clair : la CFE vit et la CFE vivra”.


Vous êtes président de la commission des Affaires sociales, du monde combattant, de l’emploi et de la formation à l’Assemblée des Français de l’étranger. Quels travaux avez-vous présentés à la 44ème session qui s’est achevée le 6 mars 2026 ?
Nous avons travaillé cette semaine sur plusieurs sujets importants, notamment la création d’une délégation aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger. Le Sénat, l’Assemblée nationale et le Conseil économique, social et environnemental disposent déjà d’une telle délégation. Ce n’était pas encore le cas de l’AFE. Avec le vote intervenu cette semaine, l’Assemblée va désormais s’en doter.
L’Assemblée des Français de l’étranger agit ici comme lanceur d’alerte
Nous avons aussi adopté une résolution sur la sécurisation de la confidentialité et le traitement des données dans les procédures de signalement, notamment pour les victimes de violences conjugales ou intrafamiliales. L’objectif est de s’assurer que le parcours des victimes, leur dignité et la confidentialité de leurs démarches soient pleinement respectés.
Guide des victimes françaises à l’étranger : l’édition 2026 enrichie
L’Assemblée des Français de l’étranger agit ici comme lanceur d’alerte. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a beaucoup avancé ces dernières années, notamment avec la diplomatie féministe, mais des situations concrètes nous ont été remontées où la confidentialité n’était pas toujours garantie. Nous demandons donc simplement que des procédures claires et sécurisées soient mises en place, que ce soit pour les victimes, mais aussi pour toutes les personnes qui sollicitent une aide sociale ou se trouvent dans une situation d’urgence. Nos votes prennent la forme de résolutions. Ensuite, c’est au gouvernement et à l’administration de décider des suites à leur donner. Mais je pense que ces deux résolutions relèvent du bon sens et qu’elles devraient pouvoir être mises en œuvre rapidement.

Je souhaite que les candidats à l’élection présidentielle en 2027 s’emparent de ces propositions. Elles sont transpartisanes.
Parmi les moments phare de la 44ème session de l’AFE, il y a eu la remise du rapport final des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger le 2 mars 2026 à Éléonore Caroit. Qu’espérez-vous pour la suite ?
L’action phare du mandat que nous avons mené reste les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. C’est la première fois dans la vie politique des Français de l’étranger que l’Assemblée a été saisie directement par le gouvernement sur un sujet de cette ampleur. Ces assises ont porté sur trois thèmes principaux : les aides sociales directes et indirectes, les bourses scolaires et les AESH, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’accompagnement du handicap pour les enfants, et enfin l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger (CFE).
Protection sociale des Français de l’étranger : après le rapport, quelles décisions ?
Je sais que l’administration est déjà au travail. Elle nous a transmis un fichier de suivi des résolutions, ce qui montre qu’il y a une démarche de suivi. Nous avons également été informés que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est particulièrement attentif aux conclusions de ces assises, notamment sur les questions liées aux bourses scolaires et aux indices de parité et de pouvoir d’achat (IPPA), qui servent à calculer l’ensemble des aides sociales. On nous a indiqué que ces sujets pourraient remonter directement à l’arbitrage du ministre. Par ailleurs, ces assises devraient aussi trouver une traduction dans le projet de loi porté par la ministre Éléonore Caroit. Mais il est, selon ses propres termes, un projet de loi opérationnel. Il vise à ajuster rapidement un certain nombre de dispositifs. Il ne constitue pas, selon moi, une refonte globale du système. Je souhaite que les candidats à l’élection présidentielle en 2027 s’emparent de ces propositions. Elles sont transpartisanes.
Maintenant que les assises sont terminées, je ne parle plus seulement comme coordinateur du processus, mais aussi comme citoyen. Les propositions sont citoyennes, et beaucoup relèvent simplement du bon sens. Il y a aussi des propositions de plus long terme, sur lesquelles il faudra se battre politiquement. C’est le cas du financement de la Caisse des Français de l’étranger.

Aujourd’hui, personne n’imaginerait que la sécurité sociale française ne soit pas financée par l’État
Vous êtes vice-président de la Caisse des Français de l’étranger. Pourquoi est-il si important de trouver un financement pérenne pour cet organisme ?
Les Assises de la protection sociale ont placé la Caisse des Français de l’étranger sous le feu des projecteurs en 2025. Je veux être très clair : la CFE vit et la CFE vivra. Les acteurs politiques comme les citoyens demandent plus de CFE, c’est-à-dire une véritable caisse de sécurité sociale au service des Français de l’étranger. Les travaux menés ont cependant mis en évidence un problème majeur de sous-financement. Toutes les caisses de sécurité sociale en France sont aujourd’hui en déficit, il n’y a donc aucune raison que la CFE fasse exception et d’ailleurs, celle-ci s’en sort mieux que d’autres.
La CFE face à l’urgence financière : hausse des cotisations et volonté de réforme
Des décisions difficiles ont été prises par le conseil d’administration, notamment des revalorisations tarifaires qui entreront en vigueur en avril 2026. L’Etat demandait un retour à l’équilibre financier en trois ans, ce qui aurait entraîné une forte hausse des cotisations pour les adhérents. Nous avons privilégié un plan sur cinq ans, afin de répartir l’effort dans le temps. Ces cinq années doivent également permettre d’ouvrir un vrai débat sur le mode de financement de la CFE. Aujourd’hui, personne n’imaginerait que la sécurité sociale française ne soit pas financée par l’État. Nous demandons simplement un financement à la hauteur des enjeux et du nombre d’adhérents.

Quelles pistes pourraient être suivies pour que le financement de la CFE puisse être pérenne selon vous ?
Une piste souvent évoquée, concerne l’affectation d’une partie de la CSG-CRDS payée par les Français de l’étranger, de l’ordre de 0,09% de la fraction de la CSG reversée à la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale). Ces contributions sont déjà payées aujourd’hui, mais elles servent à combler le déficit de la sécurité sociale en France alors que les Français de l’étranger n’y ont pas accès. L’idée serait simplement de réorienter une partie de ces ressources vers la CFE.
Il existe déjà des initiatives parlementaires sur ce sujet, notamment la proposition de loi portée par Karim Ben Cheikh et Éléonore Caroit, anciennement députée des Français de l’étranger . Même si l’amendement correspondant n’a pas été retenu lors de l’examen du budget, le gouvernement a donné un avis de sagesse, ce qui signifie qu’il laisse le Parlement travailler sur la question.
Par ailleurs, la CFE doit aussi s’adapter à de nouveaux profils d’assurés. On pense notamment aux travailleurs nomades ou aux travailleurs indépendants, qui souhaitent pouvoir cotiser à la retraite. Enfin, un autre chantier est en cours : la renégociation de la convention de partenariat entre la CFE et l’État. L’une des priorités est de remettre l’assuré au cœur du dispositif, comme dans toute caisse de sécurité sociale.
Un cessez-le-feu a en effet été instauré, mais le conflit n’est pas résolu.

Vous êtes également conseiller des Français du Cambodge depuis 2021. Un cessez-le-feu est intervenu entre le Cambodge et la Thaïlande fin 2025, mais la situation reste fragile dans les zones frontalières…
Aujourd’hui, il faut rappeler que peu de Français vivent directement dans les zones frontalières entre le Cambodge et la Thaïlande. Les territoires concernés restent toutefois classés en zone rouge ou orange, ce qui crée des difficultés sur le terrain. Un cessez-le-feu a en effet été instauré, mais le conflit n’est pas résolu. Au-delà de ces questions, le conflit a eu des conséquences importantes pour le Cambodge. On estime qu’il y a eu près d’un million de déplacés, et environ deux millions de Cambodgiens travaillant en Thaïlande sont revenus dans leur pays, ce qui crée une forte pression économique.
La Francophonie auprès des déplacés à Siem Reap
Le Cambodge reste néanmoins un pays très résilient. Un événement important se tiendra en novembre 2026 : le Sommet de la francophonie organisé au Cambodge. Ce rendez-vous, ainsi que la visite d’État du président de la République française, doivent aussi contribuer à favoriser la stabilisation de la région. Les tensions frontalières existent depuis longtemps - les premiers incidents remontent aux années 1964-1965 -, et ces crises réapparaissent parfois pour des raisons politiques. Le risque, aujourd’hui, est que cette situation devienne un conflit oublié, comme il en existe malheureusement beaucoup dans le monde.
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