Édition internationale

Quels conseils de cybersécurité pour les Français de l’étranger, en première ligne ?

À l’heure où les mobilités internationales s’intensifient - expatriations, missions professionnelles, tourisme - , la cybersécurité n’est plus une affaire strictement nationale. Elle suit désormais les citoyens dans leurs déplacements, exposant à des risques spécifiques, parfois invisibles mais bien réels. Les récentes affaires de fuites de données massives et les alertes des autorités françaises témoignent d’un basculement. Quels conseils donner aux Français qui sont à l’étranger ?

Une cybervigilance sur une plage en expatriation Une cybervigilance sur une plage en expatriation
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 15 avril 2026, mis à jour le 19 avril 2026

 

Les attaquants travaillent désormais à l'échelle industrielle, avec des campagnes mieux scénarisées, adaptées aux habitudes de déplacement.

 

Le 23 janvier 2026, une liste de 150 millions de mots de passe liés à des comptes comme Netflix, Gmail ou Facebook a été retrouvée en accès libre sur internet. Un mois plus tard, un milliard de données personnelles ont été exposées par un outil d’intelligence artificielle développé par l’entreprise IDMerit, dont 52 millions de comptes en France. La faille ne venait pas d’une cyberattaque, mais d’une mauvaise configuration. Quelques jours plus tard, des investigations menées par la Direction Générale des Finances publiques (DGFiP) ont permis d’identifier des accès illégitimes au fichier national des comptes bancaires (FICOBA) en France.

Si à chaque fois, des mesures ou des solutions ont été mises en place, ces types de fuites illustrent une réalité plutôt inquiétante : “On ne parle plus seulement du vol opportuniste sur un Wi-Fi d'hôtel ou d'un SMS malveillant envoyé au hasard. Les attaquants travaillent désormais à l'échelle industrielle, avec des campagnes mieux scénarisées, adaptées aux habitudes de déplacement.” souligne Damien Bancal, Journaliste et  Spécialiste Cyber Intelligence que lepetitjournal.com a sollicité. 

 

 

La CNIL recommande explicitement de préparer et durcir ses appareils avant un déplacement hors UE

 

 

un digital nomad en expatriation

 

 

 

Des cybermenaces reconnues par l’État français 

Face à une intensification des risques, les autorités françaises ont élevé la cybersécurité au rang de priorité stratégique. “Les autorités françaises rappellent que le voyage implique des enjeux de sécurité et d'exposition spécifiques, tandis que la CNIL recommande explicitement de préparer et durcir ses appareils avant un déplacement hors UE” rappelle le journaliste expert en cyber intelligence. Fin janvier 2026, la ministre chargée du Numérique, Anne Le Hénanff, présente la stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, structurée autour de 14 objectifs. L’ambition affichée est claire : faire de la France « une puissance cyber de premier plan », capable de protéger durablement ses citoyens et son économie. 

 

 

l'IA ne crée pas la cybercriminalité mais la rend plus crédible, plus rapide et moins coûteuse.

 

Le plan s’articule autour de cinq axes : développer un vivier de talents en cybersécurité, élever le niveau global de protection, mieux anticiper et détecter les attaques, sécuriser les infrastructures et technologies numériques, et renforcer la coopération internationale. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de forte progression de la cybercriminalité, qui touche désormais l’ensemble de la société - des hôpitaux aux PME…D’ailleurs, l’IA joue-t-elle un rôle dans les cybermenaces ? Pour Damien Bancal, l'IA ne crée pas la cybercriminalité mais la rend plus crédible, plus rapide et moins coûteuse. “Le risque nouveau, ce n'est pas seulement la sophistication technique. C'est la disparition progressive des signaux grossiers qui permettaient autrefois de repérer l'arnaque au premier coup d'œil.” 

 

 

Le voyageur concentre tout ce qui intéresse un pirate"  souligne Damien Bancal. 

 

 

Français à l’étranger, des cibles privilégiées 

Les Français en déplacement ou expatriés sont particulièrement exposés. Selon un rapport récent de la Direction générale de la Sécurité intérieure, plusieurs cas concrets illustrent des pratiques d’espionnage économique et de captation de données. Le document donne - entre autres - l’exemple d’un dirigeant de start-up qui subit une surveillance de son téléphone ou un chercheur dont l’ordinateur disparaît après plusieurs conférences.  Ces exemples montrent que les déplacements internationaux peuvent devenir des opportunités pour des acteurs étatiques ou privés de collecter des informations sensibles. : “Le voyageur concentre tout ce qui intéresse un pirate : identité, moyens de paiement, accès mail, messageries, documents administratifs et parfois accès professionnels.” souligne Damien Bancal. 

 

 

un digital nomad en expatriation

 

 

Quelles bonnes pratiques de cybersécurité  à l’étranger ? 

La préparation constitue la première ligne de défense. Lors des voyages à l’étranger, la recommandation est de limiter strictement les données emportées. Les fichiers nécessaires peuvent être récupérés sur place via des connexions sécurisées, notamment grâce à un VPN. Les mots de passe doivent être robustes et distincts, la double authentification de mise. Tout Français de l’étranger ou voyageur doit se renseigner sur la législation locale et les contrôles à la frontières.

 

 

Même prudent, le voyageur laisse partout des traces. La vraie hygiène numérique de déplacement consiste à voyager avec le minimum utile

 

Une fois sur place, la menace devient plus diffuse, mais non moins réelle. Les situations décrites par la Direction générale de la Sécurité intérieure montrent que les attaques ne prennent pas toujours la forme de piratages visibles : elles peuvent être furtives, opportunistes, voire physiques.Les autorités recommandent ainsi une vigilance constante dans les gestes du quotidien comme éviter les réseaux Wi-Fi publics, ou ne s’y connecter qu’en utilisant un VPN fiable. Il ne faut jamais brancher ses appareils sur des ports USB publics, notamment dans les aéroports ou les hôtels, ces bornes pouvant être utilisées pour extraire des données. Il faut également refuser les appareils ou objets offerts (clés USB, chargeurs, etc.), susceptibles de contenir des logiciels malveillants. Enfin, il est conseillé de désactiver les connexions sans fil inutiles (Bluetooth, Wi-Fi) afin de limiter les intrusions.

La surveillance physique des équipements est également essentielle. Un téléphone ou un ordinateur laissé sans surveillance, même brièvement, peut être compromis sans laisser de trace visible. ”Même prudent, le voyageur laisse partout des traces. La vraie hygiène numérique de déplacement ne consiste pas à "blinder" un appareil, mais à voyager avec le minimum utile, en séparant vie personnelle, vie professionnelle et données sensibles. Il est inconcevable, par exemple, de consulter ses éléments professionnels connectés pendant ses vacances. Certains se sentent "indispensables", même en vacances. Qu'ils ne prennent pas de vacances et leurs données n'en seront que mieux protégées !” ironise Damien Bancal. 

 

Quels bons réflexes de cybersécurité au quotidien ? Changer régulièrement ses mots de passe des comptes concernés, activer la double authentification (2FA) partout où c’est possible, activer les Passkeys quand c’est possible, se méfier des emails, SMS ou appels suspects, ne jamais cliquer sur un lien ou télécharger une pièce jointe en cas de doute, mettre à jour ses appareils et logiciels pour corriger d’éventuelles failles de sécurité. En cas de virements frauduleux, faire un signalement sur la plateforme Perceval.

 

 

Vous pouvez vérifiez régulièrement ici si vos données ont été compromises.

 

 

un digital nomad en expatriation

 

 

 

Après le retour de l’étranger, une phase de sécurité souvent négligée

Le retour en France, que ce soit après un voyage ou une expatriation, ne marque pas la fin des risques, au contraire. Les recommandations sont claires : changer l’ensemble de ses mots de passe, notamment ceux des comptes professionnels et sensibles, éviter toute reconnexion immédiate à un réseau interne sans vérification préalable, effacer les traces numériques comme l’historique. La rédaction a testé, il existe un excellent réflexe de cyberprotection : vous pouvez vérifiez régulièrement ici si vos données ont été compromises. Tout incident, même mineur - perte temporaire d’un appareil, comportement inhabituel, accès suspect - doit être pris au sérieux. Comme le souligne la DGSI, un événement isolé peut révéler une opération d’ingérence plus large. Une hygiène numérique est donc indispensable ; la cybersécurité repose aussi sur des pratiques individuelles régulières. 

 

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