Édition internationale

Au Moyen-Orient, la scolarité des Français chamboulée par la guerre

« 23 jours après le début de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, les enfants de toute la région sont en train d’en payer le prix fort », alerte l’UNICEF. Comment les établissements d’enseignement français au Moyen-Orient s’organisent-ils face au conflit ? Comment les parents d’élèves français s’adaptent-ils ?

Cour de récréationCour de récréation
Au Qatar, les cours en présentiel reprennent progressivement. Photo d'illustration : Canva
Écrit par Patrice Ajavon et Sherilyn Soekatma
Publié le 26 mars 2026, mis à jour le 30 mars 2026

 

Alors que la guerre qui oppose Israël et les États-Unis à l’Iran se poursuit, la situation s’aggrave pour les millions d’enfants du Moyen-Orient. « 23 jours après le début de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, les enfants de toute la région sont en train d’en payer le prix fort », alerte Ted Chaiban, directeur général adjoint du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), lundi 23 mars 2026, dans un communiqué. « Les conséquences de la situation actuelle auront des répercussions profondes et à long terme pour eux [NDLR : les enfants vivant au Moyen-Orient] », insiste-t-il. Face au conflit, les établissements scolaires français de la région s’organisent pour assurer l’enseignement à distance et les parents, eux, tentent de s’adapter.

 

 « Nous savons que les écoles ne se limitent pas à l’apprentissage. Elles offrent une structure, une protection et une continuité. »

- Ted Chaiban, directeur général adjoint de l'UNICEF dans un communiqué.

 

L’AEFE et le Réseau mlfmonde mobilisés pour les établissements d’enseignement français

Depuis le 28 février 2026, l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) accompagne les établissements d’enseignement français et leurs personnels dans les 12 pays concernés. « Sa cellule de crise se réunit quotidiennement et travaille depuis en lien étroit avec les postes diplomatiques et le centre de crise et de soutien du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères », précise, le 4 mars 2026, l’AEFE dans un point de situation. « Les services de l’Agence sont mobilisés, notamment pour la mise en place de l’enseignement à distance dans la quasi-totalité des établissements », rappelle l’institution. 

« Bien que des efforts soient actuellement déployés pour offrir un accès à l’enseignement en ligne et d’autres moyens permettant aux enfants de continuer à apprendre, nous savons que les écoles ne se limitent pas à l’apprentissage. Elles offrent une structure, une protection et une continuité. Lorsque les écoles ferment ou sont reconverties, ces facteurs de stabilité viennent à manquer », nuance le directeur général adjoint de l’UNICEF. L’AEFE n’a plus communiqué sur la situation au Proche et Moyen-Orient depuis son dernier communiqué en ligne. Contactée plusieurs fois par la rédaction, l’agence n’a pas répondu à nos questions à ce jour. 

De son côté, le Réseau mlfmonde a publié un message de soutien dès le 4 mars 2026 : « Dans le contexte des événements graves qui affectent actuellement plusieurs pays du Moyen-Orient, le Réseau mlfmonde exprime son plein soutien aux établissements scolaires de son réseau ainsi qu’à toutes leurs communautés éducatives élèves, familles, personnels enseignants et administratifs, équipes de direction. » Interrogé le 26 mars 2026 par la rédaction, l'organisme assure que « Dès les premières heures du conflit, la direction générale du Réseau mlfmonde a suivi au plus près l’évolution de la situation, en réunissant une cellule de crise dédiée avec les chefs des établissements concernés. Cette cellule est réunie plusieurs fois par semaine. Par ailleurs, la Mlf s'associe à la cellule de crise avec l’AEFE et son délégué sur place fait un point quotidien avec le poste diplomatique. La sécurité des personnels et des élèves constitue notre priorité absolue. »

 

Comment les proches des expatriés au Moyen-Orient vivent la situation conflictuelle ?

 

Bahreïn et les Émirats passent à l’enseignement à distance

Aux Émirats arabes unis, les écoles sont passées à l’enseignement à distance depuis la mi-mars, en raison du contexte régional tendu et des bombardements qui ont frappé la ville. Si l’enseignement à distance reste en vigueur jusqu’au 3 avril, les établissements privés de Dubaï peuvent demander un retour en présentiel avant cette date. 

 

Dubaï : une réouverture anticipée des écoles privées reste possible sous conditions

 

Le Lycée français Jean Mermoz a, pour sa part, adopté le téléenseignement. Les trois enfants de Lucie*, expatriée à Dubaï, y sont scolarisés. Elle confie à la rédaction : « Très vite, l’école s’est organisée. Au départ, les enfants ont eu une semaine d’école à domicile [...] L'éducation nationale de Dubaï a ensuite décidé d'avancer les vacances d'une semaine. » Après des vacances de printemps avancées, la rentrée du troisième trimestre scolaire aux Émirats arabes unis s’est déroulée à distance, lundi 23 mars 2026.

 

Écoles aux Émirats : un troisième trimestre lancé à distance

 

Pour Lucie, la communication avec l’école est bonne et bien gérée : « L’école nous envoie des petits sondages avec des questions pour nous demander, par exemple : Dans quel pays sera votre enfant à compter du 23 mars 2026 ? Est-ce que vous comptez revenir ? Qu'est-ce qui pourrait vous faire revenir ? », détaille-t-elle. 

 

école en distanciel

 

Interrogée sur la manière dont le conflit est abordé à l’école, Lucie se montre plus réservée : « Ma fille m'a raconté qu’ils avaient parlé plusieurs minutes du conflit et qu’ils pouvaient poser des questions. Je ne suis pas forcément favorable à ce genre de conversations. Nos enfants ne sont pas forcément préparés à discuter de ce genre de sujet. Les professeurs ne sont pas forcément formés. »

 

« On pense qu'elles ne retourneront jamais à l'école. »

- Sonia, mère de deux enfants expatriée au Qatar.

 

Le Réseau mlfmonde confirme que, de par sa situation géographique et sur instruction du ministère bahreïni de l'éducation, le lycée français de Bahreïn (Muharraq) est en enseignement à distance à 100 % depuis le début du conflit. Les deux filles de Sonia, maman expatriée interrogée à notre micro,  ont dû s’adapter aux cours en distanciel : « On pensait que ça se calmerait, mais les choses se sont empirées ces derniers jours. On pense qu'elles ne retourneront jamais à l'école. » Alors que ces filles passent le bac à la fin de l’année, Sonia s’inquiète de plus en plus de la capacité de l’établissement à assurer les épreuves. Pour l’instant, elle n’envisage pas un retour en France : « Mes filles ont toujours vécu à l'étranger. Ce serait compliqué pour elles de se retrouver dans un environnement qu'elles ne connaissent pas. » Sonia cherche désormais à avoir des informations auprès de l’établissement pour savoir comment la période d’examens sera gérée.

 

Qu'en est-il au Liban ?
Selon le Réseau mlfmonde, les établissements du Liban ont d’abord été fermés sur instruction du ministère libanais de l’éducation. Ils ont donc tous mis en place de l’enseignement à distance, synchrone et asynchrone. Dès que la situation sécuritaire l’a permis, et depuis le 10 mars, les établissements les plus au nord, Tripoli et Jounieh, ont rouvert en présentiel. À Beyrouth, la situation est plus contrastée. Si les deux établissements (le Grand Lycée Franco-Libanais et le lycée Verdun) ont repris les cours en présentiel en adaptant les horaires, notamment à la demande des parents qui tiennent à la continuité pédagogique en présentiel, le lycée Verdun n’a rouvert ses portes qu’en début de semaine, et le GLFL a dû s’adapter en adoptant l’enseignement à distance de façon ponctuelle.
Plus au sud, à Nabatieh, le Lycée Franco-Libanais de Habbouche-Nabatieh est fermé, avec un enseignement assuré à distance. « Le Lycée Verdun a mis en place une cellule d’écoute à destination des parents, des élèves et des enseignants, mobilisant psychologues, infirmiers et médecins scolaires. Au Lycée Nahr Ibrahim, un webinaire a été organisé sur la santé mentale, notamment autour de la gestion du stress des élèves en période de conflit », précise la Mission Laïque. « Nous soulignons une mobilisation extraordinaire et un grand professionnalisme de toutes les équipes de direction et des équipes pédagogiques. »

 

Au Qatar, une reprise progressive des cours en présentiel

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a annoncé, lundi 23 mars 2026, la reprise progressive des cours en présentiel à partir de mardi 24 mars. La mesure concerne notamment l’enseignement supérieur et peut varier selon les calendriers propres à chaque institution. La reprise complète des cours pour les écoles et les jardins d’enfants est, quant à elle, prévue dès dimanche 29 mars 2026, a précisé le ministère dans un communiqué. En attendant, l’enseignement des élèves se fait temporairement à distance.

Clara* est expatriée au Qatar depuis 15 ans. Ses quatre enfants sont scolarisés au lycée Bonaparte de Doha : « La communication du lycée est très bonne. On échange régulièrement avec le proviseur et les enseignants. [...] On a reçu des informations concernant la mise en place des examens. » Au Qatar, la situation reste tendue : « On entend les bombes, les explosions la nuit et les alertes à 3 heures du matin. » Mais Clara se dit rassurée à l’idée que ses enfants reprennent les cours en présentiel : « Si le Qatar dit que c'est bon, c'est que c'est bon. Je leur fais confiance en ce qui concerne la sécurité de la population. »


 

Lycée Bonaparte de Doha, Qatar
Lycée Bonaparte de Doha, Qatar

 

Après une nuit de destructions, les villes d’Arad et de Dimona en Israël privilégient l’enseignement à distance, selon le ministère israélien de l’Éducation. Au Liban, les établissements jonglent entre présentiel et distanciel. Au collège des Pères Antonins à Baabda, les cours se poursuivent malgré la menace israélienne. 

 


*Les prénoms ont été modifiés afin de conserver l’anonymat des personnes concernées.

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