Édition internationale

Comment les proches des expatriés au Moyen-Orient vivent la situation conflictuelle ?

La guerre au Moyen-Orient persiste, ainsi que l'insécurité pour les populations concernées. 20 000 Français ont été rapatriés, mais de nombreux expatriés ont pris la décision de rester. Les proches de ces derniers, restés en France, sont obligés de leur faire confiance, en continuant de s’informer à travers les médias. Comment se sentent-ils face à la situation et à ce refus de rentrer ?

Panneaux d'aéroport, écrits en arabePanneaux d'aéroport, écrits en arabe
Écrit par Julie Danel Amanou
Publié le 19 mars 2026, mis à jour le 22 mars 2026

Depuis le 28 février 2026, la situation au Moyen-Orient est tendue, les pays sont en guerre. Les conséquences en sont désastreuses, la population de ces pays est en danger, alors que les frappes se poursuivent. 

Plus de 160 000 Français sont inscrits au Registre des Français établis hors de France dans les pays du Moyen-Orient et du Proche-Orient et au moins 400 000 Français sont résidents, ou de passage dans la région. Depuis le 28 février, 20 000 d’entre eux ont été rapatriés. Ces déplacements en masse traduisent l'inquiétude et les doutes accompagnant cette guerre. Mais de nombreux Français ont également pris la décision de rester, si leur situation n’est pas trop dangereuse. Comment se sentent leurs proches, restés en France, face à la situation et aux risques qu’elle implique ? 

 


Faire confiance aux expatriés, au cœur du sujet

Mon frère se sent en sécurité là-bas, il prend le temps de nous donner des nouvelles tous les 3 jours environ. Je continue à être vigilante, en lisant les médias, mais je lui fais confiance.” Delphine*, vit en France, mais son frère est toujours expatrié à Dubaï. Elle compare cette situation à l'épidémie du Covid-19 - dans une autre mesure - , qu’elle a elle-même vécue en expatriation et qui permet d’apprendre à “analyser la situation, à s’entourer et se concentrer sur une vision d’ensemble”. La jeune femme comprend la décision de son frère de rester à Dubaï et la justifie : “La communauté sur place est très solidaire, et mon frère peut compter sur elle. C’est une force pour les Français expatriés de l’étranger.

Mes amis sont tous partis notamment à cause de la pression de leurs familles.

Ils ne sont pas inquiets et me disent que je suis en sécurité ici !”, explique Noémie*. Expatriée à Doha au Qatar, avec son mari et son enfant, elle a également des proches confiants face à la situation. Elle est consciente que son cas est isolé, “Mes amis sont tous partis notamment à cause de la pression de leurs familles. Toutes les grosses sociétés françaises (Total, Technip…) ont rapatrié les employés et leurs familles. Il n’y a quasiment plus d’expatriés, excepté pour les Français embauchés directement par une société qatarie et qui y vivent depuis longtemps.” 

 

Il reste difficile de connaître l’avis des personnes concernées et de leurs proches. La plupart d’entre eux ne souhaitent pas parler publiquement de la situation au Moyen-Orient, par peur des représailles. D’après Detained In Dubaï, 21 personnes auraient été inculpées pour ne pas avoir respecté une loi portant sur la cybercriminalité aux Émirats Arabes Unis. Selon plusieurs médias français, des Français auraient été arrêtés à Dubaï. Le Quai d’Orsay précise à ce propos le 19 mars : “Plusieurs cas de Français sont suivis par le Consulat général de France à Dubaï. Ces Français bénéficient de la protection consulaire.” La présidente, Radha Stirling, dénonce le manque de clarté de ces lois, expliquant qu’il est possible d’être inculpé seulement en mettant un “repost” ou un “like” sur un contenu considéré comme problématique.

 

Une incompréhension face à la décision de rester 

Certains proches sont inquiets, et sont obligés malgré eux d’attendre des nouvelles, en craignant parfois le pire. Johanna* est expatriée à Bahreïn. Elle admet : “Il y a beaucoup d’inquiétudes en France. Nos familles nous font confiance sur le fait de ne pas rentrer, mais ils ne comprennent pas forcément.” Elle n’a pas envie de rentrer pour l’instant, mais elle est consciente que sa famille ne sera vraiment soulagée qu’une fois qu’ils auront quitté le pays. “Je pense qu’ils sont plus inquiets que nous, qui sommes ici. Ils ne savent pas réellement ce qui se passe, c’est difficile pour eux.” Sur les canaux Facebook dédiés aux communautés françaises expatriées au Moyen-Orient, les cagnottes et les messages de soutien se multiplient, notamment pour le Liban, preuve d’une inquiétude commune.  

Nous étions assez inquiets tout au début des événements, car nous entendions beaucoup d'informations qui nous inquiétaient, notamment par les influenceurs“, souligne Jeanne*. Résidente en France, elle a un fils expatrié avec sa femme et ses enfants à Dubaï. Il est parvenu à gagner sa confiance, mais ce ne fut pas évident : “Nous étions assez inquiets tout au début des événements, car nous entendions beaucoup d'informations qui nous inquiétaient, notamment par les influenceurs.“ Mais elle appelle son fils régulièrement qui lui a assuré que “la France exagérait un peu”, les nouvelles seraient “beaucoup plus rassurantes sur place”. 

Il reste difficile pour les proches restés en France d’évaluer le degré d’insécurité dans lequel se trouvent les expatriés français au Moyen-Orient. Si un jour son frère et sa famille annoncent un retour en France, Delphine* est claire : “je me tiens prête à les accueillir”. 


*Les prénoms sont modifiés afin de conserver l’anonymat des personnes concernées.
 

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