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Pauline Carmona : « La sécurité du vote des Français de l’étranger est une priorité »

À l’approche des élections consulaires de mai 2026, la directrice des Français à l’étranger et de l’administration consulaire, Pauline Carmona, fait le point sur les garanties de sécurité du vote par internet, la modernisation des services consulaires et la protection des Françaises victimes de violences à l’étranger. Dans cet entretien, elle revient également sur l’augmentation du nombre d’expatriés et les priorités de son administration pour l’année à venir.

Pauline CarmonaPauline Carmona
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 27 février 2026

 

Le vote en ligne est supervisé de A à Z par des experts indépendants et l’ANSSI.

 

Lepetitjournal.com : Les élections consulaires ont lieu en mai 2026. Pouvez-vous garantir aux Français de l'étranger que leur vote est à la fois confidentiel, sécurisé et correctement comptabilisé ?

Pauline Carmona : Pour les prochaines élections des conseillers des Français de l’étranger, qui se tiendront le dimanche 31 mai prochain (samedi 30 mai pour le continent américain et les Caraïbes), les électeurs auront la possibilité de voter selon 3 modalités : à l’urne, par procuration en cas d’impossibilité de se rendre au bureau de vote le jour J, ou encore par internet. Le portail de vote par internet sera lui ouvert du vendredi 22 mai à midi (heure de Paris) au mercredi 27 mai à midi (heure de Paris).

Comme vous le savez, le vote par internet est une modalité de vote réservée aux seuls Françaises et Français de l’étranger et est d’ailleurs leur modalité de vote privilégiée, si l’on se réfère aux derniers scrutins. Pour les législatives anticipées de 2024, ce sont 75% des votants qui l’ont utilisé, et 85% lors de l’élection législative partielle d’octobre dernier dans la 5ème circonscription !

Je comprends tout à fait l’exigence de nos compatriotes quant à la sécurité et la fiabilité de leur vote : c’est pour moi une priorité absolue. La procédure du vote par internet est supervisée de A à Z par l’autorité garante de la régularité, de la sincérité et de la confidentialité du scrutin: le bureau de vote électronique (BVE), présidé par un membre du Conseil d’Etat, et composé de représentants de l’assemblée des Français de l’étranger, des administrations partenaires, mais également d’experts indépendants en sécurité informatique et de l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Deux tests Grandeur Nature ont été organisés : le premier début novembre 2025, et le deuxième qui vient de se terminer (du 20 au 25 février 2026). Ces tests ont pour objectif de s’assurer de la robustesse de la solution de vote et de l’améliorer encore davantage, en intégrant notamment 2 nouveautés :

-   La possibilité de se connecter au portail de vote et de voter via son identité numérique certifiée de France Identité,

-   La possibilité pour l’électeur qui n’aurait pas reçu son mot de passe par SMS au moment de l’ouverture du portail, de demander à le recevoir par la messagerie sécurisée Signal.

Enfin, le nouveau portail de vote a été modernisé afin de le rendre conforme au Système de Design de l’Etat Français (DSFR) et ainsi de le rendre accessible numériquement à tous.

Ces tests en conditions réelles sont des étapes clés en vue de l’homologation technique de la nouvelle plateforme de vote et un bilan sera fait lors de la 44ème session de l’AFE.

 

Le taux de participation aux élections est toujours plus faible du côté de nos compatriotes à l'étranger. Comment analysez-vous cela ? Est-ce un problème de mobilisation, de lisibilité du scrutin, ou de confiance dans les modalités de vote ?

Nous observons que les taux de participation de nos compatriotes à l’étranger varient fortement d’un scrutin à l’autre. C’est pour l’élection présidentielle que la mobilisation est la plus élevée : près de 40% en 2022 et plus de 45% en 2017. Les dernières législatives anticipées de 2024 ont également connu un fort taux de participation, avec environ 37% de participation pour les deux tours, soit le taux le plus élevé pour ce scrutin depuis 2012.

 

Il est essentiel que nos compatriotes se mobilisent pour élire leurs représentants de proximité.

La participation pour l’élection des conseillers des Français de l’étranger (CFDE) a atteint 15,1% en 2021.   Le contexte sanitaire était encore très marqué par la crise COVID, expliquant en partie la participation moins importante à ce scrutin que pour les autres élections. Cette année, les électeurs sont convoqués pour élire leurs CFDE, la même année que les élections municipales : il est essentiel que nos compatriotes de l’étranger, qui ont jusqu’au 24 avril pour s’inscrire sur les listes électorales consulaires, se mobilisent pour élire, eux aussi, leurs représentants de proximité. Nous avons lancé une importante campagne de communication pour inciter les électeurs à voter. Ce sont en effet les CFDE qui représentent les près de 1,8M de Français établis hors de France dans les conseils consulaires, émettent des avis sur les demandes de bourses scolaires ou d’aides sociales et font remonter à l’administration, aux parlementaires et aux ministres l’ensemble des préoccupations de nos compatriotes. Ils constituent également une partie du collège électoral des sénateurs et sénatrices des Français établis hors de France. Ainsi, ils sont le maillon incontournable de notre système de représentation à l’étranger.

 

Le budget 2026 du Programme 151 prévoit une augmentation de 5 millions d'euros, à la modernisation des outils et la dématérialisation des démarches. Concrètement, quels changements les Français de l'étranger vont-ils percevoir dans leur quotidien ?

La loi de Finances 2026 prévoit en effet une augmentation d’environ 3 millions d’euros pour les projets de modernisation menés par la DFAE. Les usagers du service public à l’étranger ont déjà largement pu bénéficier de ces innovations et le budget complémentaire permettra ainsi en 2026 :

-   De continuer à bénéficier d’une réponse de qualité par le Service de réponse téléphonique France Consulaire, accessible dans le monde entier depuis le 9 décembre dernier. Sur le seul mois de janvier 2026, 58650 appels ont été traités, avec un taux de décroché moyen de 97%, dont 78% en moins de 15 secondes et un taux de satisfaction des usagers de 92%. Notre défi est donc de maintenir cette très haute qualité de service.

-   De finaliser le projet de registre d’état civil électronique : les délais de délivrance de copies d’acte d’état civil sont de moins de 4 jours désormais, et même 48 heures en moyenne depuis le début de l’année. La transcription du premier acte d’état civil a été effectuée fin 2025 et à terme, ce sera la demande et la déclaration d’évènements d’état civil qui pourront être effectuées en ligne, évitant ainsi un déplacement au consulat ;

-   De poursuivre l’expérimentation du renouvellement des passeports à distance, qui a repris le 1er décembre dernier et pour deux ans pour les Français installés en Australie, au Canada, en Espagne et au Portugal ;

-   De mettre en place la nouvelle solution de vote par internet pour le scrutin de mai prochain, comme nous l’évoquions précédemment ;

-   De généraliser la pré-demande en ligne des titres d’identité et de voyages pour l’ensemble des Français de l’étranger, comme c’est le cas en France depuis 2019.

Par ailleurs, la dématérialisation se fait également en lien avec d’autres services de l’Etat, je pense en particulier à la certification de l’identité numérique de France Identité, qui permet d’accéder à des démarches en ligne sécurisées, qui nécessitaient auparavant un déplacement au consulat. Il est par exemple désormais possible d’effectuer sa demande de procuration 100% en ligne grâce à son identité numérique certifiée.

 

Comment éviter que la modernisation numérique ne se traduise par un recul du service de proximité ?

C’est justement le contraire qui s’est produit : la modernisation des services, la mise en place d’une réponse téléphonique centralisée et le développement des démarches en ligne ne se sont pas accompagnés d’une réduction des effectifs dans les consulats. Bien au contraire, ce sont 50 créations de postes de travail qui sont renforcer le réseau consulaire ces trois dernières années. Par ailleurs, les marges dégagées par les mesures de modernisation ont pu être redéployées afin de permettre d’assurer un meilleur service, au plus près des usagers et d’accompagner les plus vulnérables. Le nombre de tournées consulaires s’est d’ailleurs élevé à plus de 800 pour l’année 2025 et un effort majeur a été fait sur la disponibilité des rendez-vous.

Le taux de satisfaction des services consulaires, de 96% pour l’année 2025, est d’ailleurs notre plus belle preuve de réussite indiquant que modernisation ne rime pas avec baisse de la qualité de service.

 

La stratégie de diplomatie féministe lancée le 7 mars 2025 au Quai d'Orsay inclut un renforcement de la protection des Françaises à l'étranger. Où en est concrètement sa mise en œuvre dans le réseau consulaire ? Y-a-t-il des indicateurs montrant une amélioration de la prise en charge des victimes ?

Comme vous le rappelez, la lutte contre les violences faites aux femmes françaises à l’étranger est une priorité absolue du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, comme l’a rappelé le Ministre Jean-Noël Barrot lors de l’ouverture de la 4ème conférence sur les diplomaties féministes qui s’est tenue à Paris les 22 et 23 octobre 2025 : « où qu’elles soient dans le monde, les Françaises victimes de violences doivent pouvoir compter sur une protection efficace et immédiate. »

Dans ce cadre, la DFAE poursuit le renforcement du dispositif de protection consulaire conformément à sa feuille de route et en coopération avec l’ensemble des acteurs impliqués, qu’ils soient ministériels, professionnels ou associatifs.

Cette feuille de route, c’est d’abord plus de ressources accessibles pour les victimes. Ainsi, depuis fin 2025, les victimes à l’étranger ont accès au 3919, ligne d’écoute nationale des femmes victimes de violences, joignable via un Tchat sur Internet. La publication début janvier du nouveau guide des victimes françaises à l’étranger est une excellente nouvelle pour l’information des victimes. Cette édition 2026, fruit d’une travail interministériel coordonnée par la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes, a été notablement enrichie et comprend trois nouvelles fiches créées par la DFAE : violences sexistes et sexuelles ; violences intrafamiliales ; droits des mineurs. Enfin, le déploiement de la page d’information des victimes se poursuit sur les nouveaux sites Internet du réseau diplomatique et consulaire. Elle est déjà accessible en deux clics dans près de 90 pays.

Nos postes consulaires poursuivent le renforcement de leur protocole d’accueil des victimes et le développement de leur réseau de partenaires locaux pour mieux accompagner les victimes : associations, lieux de mise à l’abri, services sociaux, avocats spécialisés en droit de la famille et centres de santé dans chaque pays de résidence.

C’est enfin approfondir nos partenariats car dans le domaine spécifique et multidisciplinaire de la prise en charge des victimes de violence, nous ne pouvons agir seuls. Avec Save You, l’association partenaire du MEAE et du ministère de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, nous continuons à collaborer pour renforcer l’accompagnement des victimes à l’étranger. Avec le Barreau de Paris, nous poursuivons nos discussions pour développer des permanences juridiques consulaires à l’étranger, de manière à offrir aux victimes un accès à des conseils juridiques adaptés, l’accès au droit étant la clé pour sortir du cycle des violences. Nous continuons enfin d’échanger avec les acteurs de la protection des femmes en France, qu’ils soient institutionnels ou associatifs, car nous considérons qu’il faut assurer une continuité avec les dispositifs de prise en charge des victimes en France, en créant progressivement un parcours lisible et clair pour les victimes qui souhaiteraient rentrer en France.

Le nombre de situations de violences intrafamiliales signalées à nos services consulaires a connu une augmentation de 53% en 2025. Cela démontre que notre action de protection consulaire gagne en visibilité à travers la mobilisation de notre réseau et de nos partenaires, en particulier les conseillers des Français de l’étranger. Pour autant, nous savons que les victimes ne signalent pas toujours leur situation auprès des services consulaires, par peur notamment des représailles, par isolement ou faute d’information sur leurs droits. Nous poursuivrons donc nos efforts pour assurer une aide et une assistance adaptée à la situation spécifique de chaque victime.

 

Les agents consulaires bénéficient-ils désormais de formations spécifiques pour accompagner les victimes de violences, notamment conjugales ou sexuelles ? 

En effet, la feuille de route évoquée c’est également des dispositifs d’accompagnement des victimes renforcés dans nos postes consulaires. 120 postes consulaires sont dotés d’agents consulaires référents pour l’accueil et l’accompagnement des victimes. Cela représente à ce jour 210 agents consulaires de par le monde.

Ces agents consulaires référents sont la pièce maîtresse du renforcement du dispositif consulaire d’accompagnement des victimes. Ce sont eux qui accueillent la parole des victimes, qui les rassurent, qui les orientent vers des structures d’accompagnement et des structures de santé et qui les informent sur les démarches à accomplir pour faire valoir leurs droits. C’est grâce à eux que les victimes sortent de l’isolement et acceptent de se faire aider.

Compte tenu de la spécificité et de la complexité des situations de violences faites aux femmes, et parce que l’accueil de la parole de la victime ne s’improvise pas, la DFAE et l’Académie diplomatique et consulaire du MEAE ont organisé début février 2026 des formations « sur mesure » pour les agents référents, en s’attachant la collaboration de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF). Ces formations leur ont permis de mieux appréhender les mécanismes des violences, les stratégies des agresseurs et le phénomène de l’emprise, tout en proposant des outils concrets dans des situations pratiques, afin de mieux repérer, accompagner et orienter les femmes victimes. Environ 170 agents consulaires référents ont participé à ce cycle de trois formations.

Une vidéo pédagogique a également été réalisée à destination des élus, car il est fréquent qu’ils soient contactés par des victimes : ils jouent un rôle essentiel dans le dispositif d’accompagnement.

 

Près de 1,8 million de Français sont aujourd’hui inscrits sur les registres consulaires.

 

Le nombre de Français établis hors de France continue d'augmenter. Comment expliquez-vous cette tendance ?

Effectivement, depuis 2021, nous observons une augmentation du nombre de Français inscrits sur les registres consulaires. Au 31 décembre 2025, ce sont près de 1,8 million de Français qui sont enregistrés, soit quasiment le même niveau qu’en 2018. Après la vague de départs due à la crise du COVID, nos concitoyens ont donc retrouvé le chemin de l’expatriation. Sans surprise, on les retrouve majoritairement dans les pays de l’Union Européenne où la mobilité est facilitée, mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou au Canada.

 

Cette croissance exerce-t-elle une pression supplémentaire sur les moyens consulaires. Le budget actuel permet-il d'y répondre efficacement ?

Les services consulaires ont connu en 2022, 2023 et 2024, une augmentation croissante de sollicitations. En particulier dans le domaine des titres d’identité et de voyage, pour lesquels l’administration a connu une très forte hausse de la demande. Dans certains consulats, cela a pu entrainer des problèmes de disponibilité de créneaux. Mais cette situation est désormais derrière nous : la demande en 2025 a atteint le même plateau que les années précédentes, avec environ 500.000 demandes de passeports et cartes d’identité, auxquelles le réseau sait désormais faire face. Nous avons revu nos procédures et le paiement par timbre électronique depuis juin dernier et désormais la possibilité de faire sa pré-demande en ligne, comme en France, facilitent le passage au guichet et permettent ainsi de réduire les durées de rendez-vous et donc d’offrir davantage de créneaux à l’usager. 

 

La France est-elle aujourd'hui suffisamment organisée pour accompagner durablement une communauté expatriée en expansion ?

Comme je vous l’indiquais, notre réseau a été renforcé, la charge de travail a également été repensée entre ce qui peut et doit être assuré par les agents consulaires sur le terrain, mais aussi ce qui peut être fait directement depuis la France pour alléger le travail des postes et permettre plus efficacement encore de répondre aux différentes demandes de nos usagers.

La France bénéficie d’un large réseau consulaire, avec 208 consulats ou sections consulaires d’ambassade, qui permet à l’ensemble de nos concitoyens à l’étranger, qu’ils soient de passage, ou durablement établis, d’accéder aussi bien aux services « classiques » du consulat, qu’à un accompagnement social ou en cas d’urgence par exemple.

En tant que directrice de la DFAE, quelles sont vos priorités en 2026 ? 

La priorité pour 2026 c’est évidemment l’organisation des prochaines élections des conseillères et conseillers des Français de l’étranger. Cette élection sera suivie par celle des conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger en juin, et, dans nos postes, par la constitution des nouveaux conseils consulaires, ainsi que par les élections des sénateurs des Français de l’étranger en septembre.

Notre action continuera de s’inscrire, pour l’année 2026, dans un souci d’amélioration et de simplification des démarches pour les usagers, tout en gardant un haut niveau de service et d’accompagnement de proximité par notre réseau consulaire, tout particulièrement au bénéfice des publics les plus fragiles.

Elle s’inscrira plus que jamais dans une démarche d’échange, de dialogue et de coopération avec les élus, aussi bien sur le terrain qu’à mon niveau à la DFAE. Ma conviction très forte en effet, après plus de 2 ans à ce poste, est que cette représentation démocratique des Français de l’étranger, très spécifique à la France, est une chance pour l’administration : elle nous permet de mieux connaitre les besoins de nos compatriotes et de mieux y répondre, dans un souci d’amélioration constante de notre service public.

 

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