Édition internationale

L’interculturel, un « soft skill » indispensable pour les jeunes expatriés

Études, stages, volontariat international : partir à l’étranger séduit toujours plus de jeunes Français. Mais derrière l’enthousiasme du départ à l’étranger, les différences culturelles restent souvent sous-estimées. Intelligence, agilité et maturité culturelle : Cécile Lazartigues-Chartier, consultante en interculturalité, aborde les outils indispensables à une expérience internationale réussie.

Des jeunes devant une montagne.Des jeunes devant une montagne.
Cécile Lazartigues-Chartier, consultante en interculturalité, lance le Passeport Interculturel Jeunes (PIJ), une formation pour accompagner les jeunes sur le départ. Crédit : cottonbro studio via Pexels
Écrit par Sherilyn Soekatma
Publié le 12 février 2026, mis à jour le 11 mars 2026

 

Lorsqu’un jeune décide de partir à l’étranger, les motivations sont souvent les mêmes : gagner en autonomie, apprendre une langue, vivre une expérience. Mais pour Cécile Lazartigues-Chartier, consultante en interculturalité, ces motivations cachent des raisons sous-jacentes : « Sous ces motivations, il y a toujours des raisons plus profondes, implicites et parfois même inconscientes. »

C’est précisément lorsque ces attentes restent implicites et ignorées qu’elles nourrissent des projections idéalisées : « La réalité est toujours loin des fantasmes que nous pouvons avoir sur un territoire ou sur une expérience internationale, rappelle-t-elle. Lire quelques articles de magazines, visiter un salon étudiant ou parcourir les réseaux sociaux ne suffit pas à préparer une expérience aussi dense. Instagram n’est pas la vie, la profondeur de l’expérience internationale exige plus que des rêves, il faut aussi des outils concrets. »

 

Cécile Lazartigues-Chartier est consultante en interculturel. Crédit : Alix Chartier

Cécile Lazartigues-Chartier est consultante en interculturel. Crédit : Alix Chartier

 

L’interculturel, un « soft skill » sous-estimé

Pour la consultante en interculturalité, le piège auquel se heurtent les jeunes et les moins jeunes reste l’ethnocentrisme. « Il s’agit de cette capacité si humaine à juger les autres cultures selon nos propres repères culturels, souvent inconscients », explique-t-elle.


 

« Comme un muscle, l’intelligence culturelle se travaille progressivement (...) »

 

Dans un monde en pleine mutation, la maturité culturelle devient indispensable. « L’intelligence culturelle est une compétence majeure, au même titre que la maîtrise d’un logiciel ou d’une langue étrangère. Si la technique apporte des solutions à des problèmes connus, l’intelligence culturelle, elle, permet de s’adapter à des situations inconnues et de prévenir les coûts cachés de l’international. » Et il faut savoir l’entretenir : « Comme un muscle, l’intelligence culturelle se travaille progressivement, sans aller jusqu’à la zone de panique », souligne la consultante.

 

« L’idée n’est pas de devenir comme l’autre, mais de s’accepter pour pouvoir accepter l’autre (...) »

 

Elle précise : « L’interculturel repose sur un mot-clé : le  “et”. » Se plonger dans la culture locale et conserver ses repères familiers. Sortir de sa zone de confort et savoir y revenir pour se ressourcer. « L’idée n’est pas de devenir comme l’autre, mais de s’accepter pour pouvoir accepter l’autre et parvenir à construire, ensemble, un troisième espace de collaboration », explique-t-elle. Ce travail permet aussi de lutter contre les raccourcis et les stéréotypes : « Quand quelque chose ne va pas, on a tendance à dire que c’est la faute de l’autre. L’interculturel invite à revenir au factuel et à interroger ses propres biais. »

 

Montage de trois photos : nourriture sur un stand, personnes dans un cinéma et personne lisant le journal local.

La consultante le confirme : goûter à des plats locaux, regarder des films en version originale sous-titrée ou encore lire le journal local, sont aussi des façons de commencer à apprivoiser une culture. Crédit : Tima Miroshnichenko / Arnold Nagy / Đàng Thiện Thanh Tài via Pexels. Montage : Sherilyn Soekatma

 

L’interculturel, une des clés d’une expatriation réussie

 

Le Passeport Interculturel Jeunes, une formation centrée sur l’individu

Ces réflexions ont conduit la consultante à lancer le Passeport Interculturel Jeunes (PIJ), une formation digitale pensée pour accompagner les jeunes sur le départ. Le programme, qui propose des vidéos, des thématiques interculturelles et des exercices d’auto-formation, repose sur une approche hybride mêlant e-learning et coaching personnalisé : « L'e-learning apporte de la flexibilité : les jeunes peuvent s'approprier les concepts théoriques à leur rythme, souvent entre deux dossiers de visa ou d’hébergement local. »

Mais l’essentiel se joue dans le coaching : « On ne peut pas apprendre sa propre subjectivité seul derrière un écran. Le coaching permet de se poser les bonnes questions, de découvrir les angles morts, de travailler sur ses propres peurs et de transformer une information générale en un outil personnel. »

Contrairement aux formations interculturelles classiques, « souvent centrées sur le pays et son étiquette », le Passeport Interculturel Jeunes, lui, suit une logique différente : « Il est centré sur l’individu », précise la consultante en interculturalité. L’objectif : développer des compétences transversales et transférables d’un pays à l’autre : « Comprendre comment vous vous positionnez face à l’altérité vous sera efficace aussi bien à Berlin qu’à Rio, pour cette expérience, mais aussi pour l’avenir. » Le programme inclut également une dimension souvent oubliée : le choc du retour. « Une phase primordiale dans la réussite complète de l’expérience internationale, et pourtant trop souvent éludée », souligne Cécile Lazartigues-Chartier.

 

« C’est un super pouvoir qu’on peut utiliser à l’international mais aussi là où l’on vit et où l’on travaille. »

 

Finalement, l’intelligence culturelle ne se limite pas qu’aux parcours internationaux ni aux jeunes. « C’est un super pouvoir qu’on peut utiliser à l’international mais aussi là où l’on vit et où l’on travaille », martèle la consultante. Les recherches le confirment : les équipes riches de leur diversité sont beaucoup plus innovantes et efficaces que les équipes homogènes. À l’inverse, le manque d’agilité interculturelle peut coûter cher. « Il est effrayant de voir des démissions ou des abandons prématurés après un choc culturel. C’est un coût humain et financier évitable. » Pour les jeunes qui s’apprêtent à partir, se former à l’interculturel peut alors faire toute la différence.

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