Édition internationale

Ukraine, France, États-Unis…Les 15 pays les plus ciblés par la désinformation

Faux médias, vidéos truquées, armées de bots, clonage vocal, propagande dopée à l’intelligence artificielle… En 2025, la guerre de l’information a changé d’échelle. Selon le dernier rapport de l’EEAS, plus de 540 opérations de manipulation informationnelle ont été détectées dans le monde cette année. Une offensive numérique massive qui vise désormais directement des démocraties européennes. L’Ukraine reste la cible numéro un. Mais la France arrive juste derrière. Décryptage d’une guerre hybride devenue mondiale.

la désinformation est importante en provenance de Chine en 2025 la désinformation est importante en provenance de Chine en 2025
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 19 mai 2026, mis à jour le 24 mai 2026

 

 

La guerre de l’information change de dimension. Désinformation, fake news, manipulation algorithmique, réseaux coordonnés de faux comptes, vidéos générées par intelligence artificielle, clonage vocal, médias fantômes… Dans son 4ème rapport annuel consacré aux menaces FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), le Service européen pour l’action extérieure (EEAS) dresse un constat alarmant : les opérations de manipulation de l’information menées par des acteurs étatiques ou paraétatiques ont explosé en 2025. Le rapport recense 540 incidents documentés à l’échelle mondiale, impliquant environ 10 500 canaux numériques - réseaux sociaux, sites d’information fabriqués, blogs ou plateformes de messagerie - et plus de 43 000 contenus manipulatoires diffusés sur 19 plateformes différentes. Dans ce paysage mondial de la guerre cognitive, quinze pays concentrent l’essentiel des attaques…

 

 

Cyberattaques, désinformation : comprendre la guerre hybride qui frappe l’Europe

 

 

la fausse info de russie

 

 

L’Ukraine, la cible prioritaire de la manipulation de l’information 

L’Ukraine demeure, sans surprise, la cible prioritaire des attaques informationnelles liées à la guerre menée par la Russie. Le pays concentre à lui seul 112 incidents recensés en 2025. Selon l’EEAS, les opérations informationnelles russes restent pleinement intégrées à la stratégie militaire et géopolitique du Kremlin. Les campagnes visent principalement à réduire le soutien international à Kyiv, affaiblir les opinions publiques européennes, délégitimer les autorités ukrainiennes et présenter l’Occident comme responsable de l’instabilité mondiale.

 

Le but n’est même plus de convaincre mais désormais de saturer l’espace informationnel. 

 

Le rapport note également que les attaques informationnelles ont souvent accompagné des actions hybrides plus larges : incursions de drones, sabotage, cyberattaques ou opérations d’influence coordonnées. Le but n’est même plus de convaincre mais désormais de saturer l’espace informationnel. 

Mais la présence de plusieurs États européens - notamment la France, l’Allemagne, la Pologne ou encore la Belgique - confirme que l’Union européenne est aujourd’hui au cœur des stratégies de la guerre de l’information. Si la République de Moldavie apparaît comme l’un des terrains d’affrontement informationnel les plus sensibles de l’année 2025, c’est notamment en raison des élections parlementaires organisées en octobre 2025. Les élections parlementaires moldaves de 2025 ont été précédées d’une campagne massive de manipulation informationnelle attribuée à des réseaux russes et pro-russes. Les attaques visaient directement la présidente Maia Sandu ainsi que le Premier ministre Dorin Recean.

 

 

la fake news inonde l'europe

 

 

 

Pourquoi la France est-elle devenue une cible majeure de la désinformation russe ?

Avec 107 incidents recensés, la France se positionne comme le deuxième pays le plus visé au monde par les opérations FIMI en 2025. Le rapport européen souligne que plusieurs facteurs expliquent cette exposition. Il y a d’abord le soutien militaire et diplomatique apporté à l’Ukraine mais aussi le rôle moteur de Paris dans les politiques européennes de défense, la polarisation politique intérieure, la forte visibilité internationale du président Emmanuel Macron et la capacité de résonance mondiale des débats français sur les réseaux sociaux.

 

Quels conseils de cybersécurité pour les Français de l’étranger, en première ligne ?

 

Que visent les campagnes de fake news ? Le but est de fragiliser la confiance dans les institutions démocratiques, amplifier les tensions sociales et politiques mais aussi dégrader l’image des dirigeants européens tout en alimentant des récits anti-européens et anti-occidentaux. Les médias, les forces de sécurité, les institutions politiques et plusieurs personnalités publiques françaises ont été directement ciblés.

 

 

Les réseaux sociaux restent le principal champ de bataille

 

 

les fausses photos IA partout

 

 

 

Comment l’intelligence artificielle révolutionne les campagnes de désinformation ? 

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’intégration massive de l’intelligence artificielle dans les campagnes de manipulation. En 2025, 27 % des incidents détectés impliquaient des outils d’IA. Les cas recensés sont passés de 41 en 2024 à 147 en 2025, ce qui représente une hausse de 259 % en un an. Les acteurs utilisent désormais l’IA à grande échelle pour produire des textes automatiquement, générer des vidéos truquées, cloner des voix ou créer des images synthétiques. D’ailleurs l’objectif n’est pas toujours de créer des contenus crédibles, mais plutôt de saturer l’espace informationnel selon L’EEAS. La stratégie consiste même à inonder les réseaux de contenus émotionnels, répétitifs et viraux afin de brouiller la frontière entre information fiable et manipulation.

 

Les réseaux sociaux restent le principal champ de bataille. Parmi les 43 000 contenus observés, 88 % ont été diffusés sur la plateforme X. Les réseaux Telegram restent particulièrement utilisés en Europe de l’Est. Quant à Facebook, il demeure un outil important pour cibler certains pays africains.

 

Vote en ligne, mobilité…Les Français de l’étranger vulnérables aux cyberattaques ?

 

 

 

la chine fausse information

 

 

Russie, Chine : qui mène la guerre informationnelle ?

Selon le rapport que nous avons décrypté, 29% des incidents sont liés à la Russie et 6% à la Chine. 65% restent officiellement non attribués. Quelles sont les stratégies des deux pays cités ? 

Selon le rapport européen, la Russie reste de loin l’acteur le plus agressif dans la guerre informationnelle mondiale. Le Kremlin cherche à épuiser les démocraties. Il s’appuie sur des médias d’Etats - comme RT et Sputnik - des réseaux de faux comptes, des sites d’informations fabriqués et des relais sur les réseaux sociaux existants comme Telegram. Les campagnes visent à déformer des faits et amplifier des colères populaires. Le principal acteur identifié est le Foreign Intelligence Service (SVR), service des renseignements extérieurs, qui fait lui-même partie du système de sécurité nationale russe. Le Russian General Staff Main Intelligence Directorate (GRU) est souvent cité également. 

Côté chinois, la stratégie serait orientée vers la promotion de son image internationale, la réduction de l’influence occidentale ou le contrôle narratif mondial. Le rapport insiste sur le développement de techniques de « Transnational Information Suppression » visant à réduire ou faire taire les contenus critiques au-delà même des frontières chinoises. Les acteurs souvent identifiés par les rapports sont le Parti communiste chinois (PCC), le Ministère de la Sécurité d'État (MSS) et le Département du travail du Front uni. 

 

 

L’Union européenne veut désormais passer d’une logique défensive à une logique de dissuasion active

 

 

Près de 200 organisations ont été ciblées en 2025 dont des gouvernements, médias, ONG, universités, forces armées et institutions internationales. Environ 140 personnalités ont été visées en 2025 selon le rapport dont Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, Kaja Kallas, Friedrich Merz et Maia Sandu.

 

 

 

la fausse info de russie

 

 

 

La guerre de l’information entre dans une nouvelle ère

Face à l’industrialisation des campagnes FIMI, l’Union européenne veut désormais passer d’une logique défensive à une logique de dissuasion active. Le rapport introduit le concept de « FIMI Deterrence Playbook ». C’est une stratégie destinée à identifier les infrastructures de manipulation, cibler les réseaux de financement et renforcer les sanctions. Pour ce faire, la coopération avec les plateformes numériques et la mobilisation des autorités judiciaires est indispensable. L’objectif affiché est clair : augmenter le coût des opérations informationnelles pour les rendre moins rentables et plus risquées.

La manipulation de l’information devient un instrument stratégique intégré aux logiques militaires, diplomatiques et géopolitiques. La guerre moderne se joue aussi dans nos téléphones, nos fils d’actualité et nos algorithmes…

 

 

 

Classement 2025 des pays les plus visés par les attaques informationnelles

 

Rang

Pays

Nombre d’incidents

1

Ukraine

112

2

France

107

3

République de Moldavie

94

4

Allemagne

71

5

États-Unis

51

6

Royaume-Uni

36

7

Arménie

18

8

Pologne

17

9

Belgique

16

10

République arabe syrienne

15

11

Roumanie

14

12

Japon

13

13

Côte d’Ivoire

13

14

Espagne

11

15

Italie

11

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.