L’Europe entière est affectée par de nombreux incendies, des centaines de milliers d’hectares ont déjà brûlé. Ces incendies arrivent après les trois épisodes de canicule également observés sur le continent. Le sujet prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux et la question du changement climatique est remise sur la table. Une forme de réveil climatique s’observe. Lepetitjournal.com décrypte la situation actuelle.


Un couple est assis sur la plage, ils sont face à un ciel devenu orange et gris. Ils observent calmement une colonne de fumée imposante, sous leur parasol, les jambes croisées. Cette photo devenue virale a été prise le 24 juillet 2026, sur une plage proche de Biscarrosse, par le photographe de l’AFP Maximilien Lamy. En faisant le tour des réseaux sociaux, cette image reflète la situation environnementale actuelle et l’impuissance des populations face aux catastrophes récentes.
Un été chaud, entre incendies et canicules
La France comptabilisait une cinquantaine de feux dans l’Hexagone le 31 juillet 2026, dont trois incendies importants : dans les Landes, à Fontainebleau et dans le Var. Plus de 50 000 hectares ont été brûlés à travers la France, notamment à cause de la sécheresse. L’Europe entière est affectée par des feux, l’Espagne est le pays le plus touché : plusieurs incendies se sont déclenchés dans la région de Madrid et la province d’Ávila. Au total, plus de 175 000 hectares du pays ont brûlé depuis le mois de juin. Le Portugal, la Grèce et l’Italie sont également victimes de nombreux incendies.
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Mais les incendies ne sont pas les seuls événements récents à affronter : en 2026, la France a connu trois épisodes majeurs de canicule et 511 jours cumulés de vigilance canicule. 53 vagues de chaleur ont été recensées depuis 1947 en France, deux tiers d’entre elles se sont produites avant 2010, soit en plus de 60 ans et l’autre moitié après 2010, soit en une quinzaine d’années. La plupart des pays européens ont également été touchés par ces canicules. La ville de Munich a atteint un record, en atteignant 37,6°C en juin 2026.
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Un réveil climatique face aux événements récents
Ces derniers événements inquiètent les populations et créent une vraie curiosité. Ces trente derniers jours, plus de 1,4 million de messages ont été publiés autour du sujet des feux, d’après Visibrain, c’est 89% de plus par rapport à la vague d’incendies de juillet 2025 ayant touché l’Aude. En devenant un sujet de discussion sur les réseaux sociaux et dans les médias, le sujet du réchauffement climatique est aussi remis sur la table. Allant de pair, le changement climatique est reconnu comme responsable de ces épisodes.
Ces fortes chaleurs et ces incendies traduisent une urgence et ont contraint les populations et les gouvernements à regarder le problème en face. On peut alors parler d’un “réveil climatique”, autrement dit une prise de conscience soudaine face aux urgences environnementales, “la peur peut provoquer une prise de conscience,” explique Anne Sénéquier, médecin psychiatre et chercheuse. Les vidéos sur les réseaux sociaux pullulent, dénonçant de grandes entreprises responsables d’émissions importantes de CO2, ainsi que les solutions proposées par les figures politiques françaises et rappelant que c’est probablement “l’un des étés les plus chauds de notre vie mais aussi l’un des plus frais du reste de notre vie”.
@konbini « Nous sommes en train de vivre l’un des étés les plus froids du reste de notre vie. » Des températures qui avoisinent les 45 degrés ? Magali Reghezza-Zitt alerte sur des conditions climatiques plus qu’alarmantes et partage des solutions que le gouvernement pourrait mettre en place afin de rendre ces hautes températures plus supportables. Son livre, Bienvenue en 2055 : Dans un monde neutre en carbone, est disponible aux éditions Seuil. | Speech #sinformersurktiktok #canicule ♬ son original - Konbini
“Nous sommes la première génération à ressentir les effets du changement climatique et la dernière à pouvoir y faire quelque chose“ est une phrase connue, du gouverneur de l’État de Washington, Jay Inslee, en 2014. Le “point de non-retour climatique” est estimé autour de l’année 2030. Les problématiques environnementales sont réelles et ont un impact sur les populations, appelé “l’éco-anxiété”, c’est une inquiétude et une détresse psychologique face au réchauffement climatique et aux actions réalisées par les dirigeants. Une page est dédiée à ce phénomène sur le site du gouvernement français.
Si la question de l’écologie existe depuis des années, les récents événements l’accélèrent, “la prise de conscience ne date pas d’hier. Ce qui change aujourd’hui, c’est qu’elle devient beaucoup plus concrète,” observe Anne Sénéquier. “Le changement climatique n’est plus seulement quelque chose dont on parle pour les décennies à venir : il entre dans la vie quotidienne”.
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Après les récents épisodes de chaleur, un réveil climatique est constaté mais il est complexe : il est davantage présent et s’ancre dans le quotidien des populations mais il l’est moins dans le paysage politique et n’est pas traduit par des actions concrètes. “Après les fortes chaleurs de l’été 2026, on a vu les préoccupations environnementales remonter fortement dans les sondages. Mais cette remontée intervient dans un contexte où, sur l’ensemble de l’année, le soutien aux politiques climatiques avait plutôt tendance à s’éroder et à devenir plus clivant,” analyse Anne Sénéquier.
Les conséquences du réveil climatique
Le réchauffement climatique inquiètait seulement 19% des Français en juin 2026 d’après l’Ipsos, mais ce chiffre a augmenté de 5% seulement en un mois (14% en mai 2026). La psychiatre rappelle un chiffre important : “En 2025, 52 % des Français disaient déjà avoir subi personnellement les conséquences de dérèglements climatiques, contre 27 % dix ans plus tôt. En revanche, sur le plan politique, il reste un vrai décalage entre le fait de reconnaître le problème et le fait d’en faire une priorité.”

Avec ce récent réveil climatique, nos comportements et nos habitudes sont remis en cause. Les réactions du paysage politique face à ces derniers événements consistent pourtant plutôt à aménager les infrastructures en France pour s’adapter à ces nouvelles chaleurs, en popularisant la climatisation par exemple. “Il ne faut pas confondre adaptation et réduction des émissions. Prévoir plus de lits d’hôpital ou de lieux frais est indispensable, mais cela ne remplace pas la baisse rapide des gaz à effet de serre,” rappelle la chercheuse.
Pour l’instant, peu de lois ont été proposées pour réduire l’impact écologique de la France. Le ministère de la transition écologique a présenté une troisième stratégie nationale bas carbone, le 15 juillet 2026. Cette stratégie, plus stricte, vise à atteindre la neutralité carbone en 2050 et une réduction des émissions de 50% par rapport à 1990, d’ici à 2030, ce sont déjà les objectifs de l’Union européenne.
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Pour constater du changement concret, Anne Sénéquier considère que le vrai enjeu, c’est “de sortir de l’idée qu’on pourra continuer à consommer, se déplacer et artificialiser les sols comme avant, simplement en changeant de technologie.” Elle ne nie pas la responsabilité du consommateur qui peut “moins dépendre des énergies fossiles, moins acheter du neuf et du jetable, moins gaspiller et réduire la place de la viande…” Mais elle rappelle les acteurs principaux : “On ne peut pas tout faire reposer sur le consommateur. Les entreprises, les collectivités et l’État déterminent en grande partie les choix réellement possibles.”
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Les avancées écologiques liées à ce réveil climatique se manifesteront probablement dans les prochaines élections : les élections sénatoriales, le 27 septembre 2026 et les élections présidentielles le 18 avril 2027. D’après Anne Sénéquier, le vote ne sera pas majoritairement basé autour de l’écologie, “la vraie question est de savoir quel projet politique parviendra à montrer que l’action climatique peut aussi protéger la santé, le niveau de vie et la sécurité.”

L’aspect éphémère du réveil climatique
Mais rien n’est plus sûr : comment s’assurer que ce réveil climatique n’est pas éphémère ? “Nous réagissons beaucoup plus à ce qui est visible, immédiat et émotionnel qu’à un risque lent et diffus. Mais le “retour à la normale” est trompeur, car les événements extrêmes ne sont plus des accidents isolés : ils deviennent récurrents. La prise de conscience peut donc diminuer. Le risque, lui, reste bien là,” explique la psychiatre. La question de l’environnement n’est pas nouvelle et elle n’a jamais été très populaire, Anne Sénéquier admet qu’il y a de grands risques que cette prise de conscience retombe dans les mois suivants.
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Ils s’intensifient puisque cette nouvelle conscience écologique impliquerait de changer notre quotidien, “Nous sommes davantage prêts à reconnaître le problème qu’à changer profondément nos modes de vie. Il y a un écart entre vouloir que les choses bougent et accepter des changements qui touchent au confort ou au budget,” affirme la chercheuse. Une des raisons pour lesquelles ces changements touchent aux habitudes des populations est que “nos choix dépendent aussi des infrastructures et des règles collectives.”
Pour constater un vrai changement suite à ce réveil climatique, les alternatives doivent être accessibles, abordables et simplifiées et des efforts doivent être réalisés partout. Anne Sénéquier constate qu’une “catastrophe peut remettre temporairement le climat au centre du débat. Mais sans solutions crédibles et sans projet collectif, l’émotion retombera avant de modifier durablement les comportements ou les votes.”
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