Édition internationale

Canicule en Espagne : jusqu’à 44 ºC, le pays suffoque sous une chaleur exceptionnelle

L’Espagne affronte sa première grande vague de chaleur de l’été, avec des températures pouvant atteindre 44 ºC dans certaines régions et des alertes activées dans presque tout le pays. Selon l’Agence météorologique espagnole (Aemet), ce mardi pourrait devenir l’un des 23 juin les plus chauds jamais enregistrés. Un épisode précoce, intense et étendu qui touche également une grande partie de l’Europe.

soleilsoleil
Unsplash
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 23 juin 2026

 

La carte de l’Espagne se teinte presque entièrement de jaune, d’orange et de rouge. À l’exception des Canaries, toutes les communautés autonomes sont concernées par des alertes liées aux fortes chaleurs. Dans plusieurs secteurs d’Andalousie, de Cantabrie et du Pays basque, l’Aemet a activé son niveau d’alerte maximal pour « danger extraordinaire ». Dans les provinces de Cordoue et de Jaén, les températures pourraient grimper jusqu’à 44 ºC, tandis que des territoires habituellement moins associés aux canicules, comme le nord du pays, approchent eux aussi les 40 ºC.

Ailleurs, la chaleur ne desserre pas son emprise. Madrid, l’Aragon, la Castille-La Manche, la Castille-et-León, la Catalogne, l’Estrémadure, la Navarre, La Rioja, la Galice et les Asturies sont placés en alerte orange. Les Baléares, la Communauté valencienne et Murcie restent en vigilance jaune

Dans de nombreuses villes de l’intérieur, de Madrid à Saragosse en passant par Tolède, Zamora, Ciudad Real ou Grenade, le mercure franchit allègrement la barre des 40 ºC au plus fort de l’après-midi. Une chaleur qui ne se cantonne plus au sud du pays et qui gagne l'ensemble de la péninsule.

 

Les nuits tropicales, l'autre visage de la canicule

La canicule ne s'arrête pas au coucher du soleil. Dans une grande partie du centre et du sud de l’Espagne, dans la vallée de l’Èbre, aux Baléares et sur une partie du littoral méditerranéen, la nuit n’apporte qu’un répit très relatif. Les températures restent souvent au-dessus de 20 ºC et dépassent parfois les 25 ºC jusqu’à l’aube.

Ces nuits dites tropicales, voire torrides, sont l’un des aspects les plus éprouvants de l’épisode. Faute de rafraîchissement nocturne, l’organisme peine à récupérer de la chaleur accumulée durant la journée. Les risques augmentent alors pour les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes souffrant de maladies chroniques, mais aussi pour tous ceux qui vivent dans des logements mal isolés ou dépourvus de climatisation.

C’est précisément pour cette raison que les autorités sanitaires surveillent ces épisodes de près. Les seuils varient selon les territoires, car une journée à 38 ºC n’a pas le même impact à Séville, où la population est habituée aux fortes chaleurs, qu’à Bilbao ou Oviedo, où de telles températures restent beaucoup plus exceptionnelles.

 

La chaleur, un enjeu de santé publique en Espagne

Cette évolution dit quelque chose de plus large : la canicule n’est plus perçue comme un simple désagrément de l’été. Pour les autorités sanitaires, elle est désormais traitée comme un risque à part entière, avec ses protocoles, ses seuils d’alerte et ses campagnes de prévention.

Les recommandations sont connues : boire régulièrement, éviter les activités physiques aux heures les plus chaudes, garder son logement aussi frais que possible et veiller sur les personnes les plus fragiles.

Une légère accalmie est attendue à partir de mercredi. Le pic de chaleur devrait progressivement refluer, sans pour autant disparaître du jour au lendemain. Certaines régions continueront d’afficher des températures hors normes pour la saison. Dans l’intérieur du Gipuzkoa et de la Biscaye, le mercure pourrait encore atteindre 42 ºC, tandis que plusieurs secteurs andalous resteront proches des 40 ºC. Comme souvent lors de ces épisodes, la fin de la vague de chaleur ne signifie pas un retour immédiat à la normale.

 

Le précédent de l’été 2025 : avec une température moyenne de 24,2 ºC, l’été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré en Espagne. Selon le ministère espagnol de la Santé, 3.832 décès ont pu être attribués à la chaleur entre le 16 mai et le 30 septembre 2025.


 

L’Europe sous le même dôme de chaleur

L’Espagne n’étouffe pas seule. De Paris à Rome, de Londres à Berlin, une large partie du continent subit actuellement une même poussée de chaleur alimentée par une masse d’air brûlant remontée du Sahara et piégée sous un puissant anticyclone.

En France, les autorités ont activé des dispositifs d’alerte touchant plusieurs dizaines de millions d’habitants, tandis que certaines régions enregistrent déjà des températures dignes du cœur de l’été. En Italie, Rome, Milan, Turin ou encore Venise figurent parmi les villes placées en alerte rouge. L’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni font eux aussi face à des valeurs exceptionnellement élevées pour un mois de juin.

Les scientifiques observent une tendance de fond. Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses. En Espagne, l’Aemet a recensé 78 vagues de chaleur dans la péninsule entre 1975 et 2025. Plus révélateur encore : elles arrivent de plus en plus tôt. Les épisodes débutant dès le mois de juin, autrefois exceptionnels, tendent désormais à se banaliser.

Pour Rubén del Campo, porte-parole de l’agence météorologique espagnole, cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de réchauffement climatique d’origine humaine. Un phénomène qui ne se traduit pas seulement par des records ponctuels, mais par une transformation progressive des étés européens. Aujourd’hui, ce qui était considéré comme exceptionnel il y a quelques décennies tend à devenir la nouvelle norme.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.