La France abandonne la projection de Mercator au profit d’une représentation qui restitue mieux les superficies. Derrière ce changement apparemment technique se joue en fait une bataille beaucoup plus géopolitique : comment les puissances se voient, et voient leurs rivales. Portée par l’Afrique, approuvée par l’ONU et rejetée par les États-Unis, cette nouvelle carte raconte donc le déplacement du centre de gravité du monde.


Une carte du monde n’est jamais tout à fait neutre. Pendant des siècles, les puissances ont dessiné le monde, l’ont découpé et représenté depuis leur propre centre de gravité. La projection de Mercator, élaborée au XVIe siècle, est devenue la représentation mondiale la plus familière. Mais les experts l’affirmaient pourtant déjà bien il y a plusieurs années, elle présente un défaut majeur : plus on s’éloigne de l’Équateur, plus les superficies sont artificiellement agrandies.
Le Groenland semble par exemple comparable à l’Afrique. En réalité, l’Afrique est environ quatorze fois plus vaste :

164 voix contre une, la victoire symbolique du monde face aux États-Unis
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté par 164 voix contre 1, une résolution encourageant l’utilisation de projections plus fidèles aux superficies, notamment la projection Equal Earth. La seule voix contre est celle des États-Unis. Six pays se sont abstenus. Quelques heures plus tôt, la France annonçait de son côté abandonner Mercator, en choisissant la projection Eckert IV.

Ce changement induit plusieurs éléments géopolitique : sur une carte de Mercator, l’Europe, l’Amérique du Nord et les territoires proches des pôles occupent une place visuellement disproportionnée. À l’inverse, les régions équatoriales, notamment l’Afrique, apparaissent plus petites qu’elles ne le sont réellement. Changer de projection revient à modifier le premier réflexe visuel par lequel on appréhende la planète.
L’Afrique reprend de la place, à tous les points de vue
Le continent africain représente plus de 30 millions de kilomètres carrés. Il est plus vaste que la Chine, les États-Unis, l’Inde et une grande partie de l’Europe, réunis. Pourtant, sur le planisphère que des générations d’écoliers ont eu sous les yeux, cette immensité est largement sous-estimée. La nouvelle représentation ne rend pas l’Afrique plus grande, elle cesse de la représenter comme plus petite qu’elle ne l’est.
C’est précisément ce que revendiquent les promoteurs de la campagne “Correct the Map”, menée par le Togo au nom du groupe africain et soutenue par l’Union africaine. Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, l’enjeu dépasse la géographie : “Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles orientent l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives”.
Au-delà de la politique : pourquoi la carte Mercator change-t-elle notre regard ?
Initialement, la carte de Mercator n’a pas été conçue pour donner plus d’importance à l’Europe ou minimiser l’Afrique. Au départ, la carte servait de repères pour les marins, les lignes frontalières et la taille des régions n’étaient pas la priorité de Gérard Mercator. Rappelons aussi qu’il n’existe pas de carte parfaite puisque la Terre est ronde est qu’une carte est plate. Avec l’Eckert IV, la France privilégie désormais une représentation qui restitue plus fidèlement les proportions entre les continents.
Attention la carte adoptée le 4 septembre est non-contraignante. Les gouvernements, écoles et organisations nationales sont invités à utiliser des projections qui représentent mieux les superficies, notamment Equal Earth, mais elle ne force personne à remplacer Mercator. Par ailleurs Equal Earth et Eckert IV ne sont pas la même projection. La France a choisi Eckert IV, tandis que la résolution de l’ONU met particulièrement en avant Equal Earth
Le vote américain n’est pas passé inaperçu puisque les États-Unis ont été le seul pays à s’opposer à la résolution. Washington dénonce un “projet idéologique radical” et estime que l’ONU devrait plutôt se concentrer sur les “véritables problèmes de paix, de prospérité ou de bonnes relations internationales”. Un réchauffement des liens entre l’ONU et les États-Unis ne semble donc pas encore d’actualité…
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