Stéphane Bern, animateur de télévision et écrivain, a été chargé par le Président de la République de la Mission Patrimoine en France. Cette mission, qui compte également sur le soutien actif des Français de l'étranger, vise à sauvegarder le patrimoine culturel français en danger. Avec son engagement passionné, il mobilise des fonds considérables pour préserver le riche héritage culturel de la France.


En tant que chargé de la Mission Patrimoine, pourriez-vous expliquer en détail la nature de cette mission et les principales priorités identifiées pour la préservation du patrimoine français ?
La Mission Patrimoine - qui m'a été confiée par le président de la République - revêt une importance cruciale dans la préservation du riche patrimoine culturel français. Son objectif premier est de recenser de manière exhaustive l'ensemble du patrimoine en péril à travers le pays, une démarche qui rappelle le travail accompli par Prosper Mérimée au XIXe siècle. La première étape de recensement vise à établir un inventaire complet des monuments et sites historiques qui nécessitent une intervention pour éviter leur dégradation ou leur disparition.
Une fois le recensement accompli, notre mission conçoit des solutions innovantes pour financer la restauration de ce patrimoine. À ce titre, nous avons adopté une approche inspirée par le modèle anglais de la National Lottery en lançant le loto du patrimoine, en l'adaptant au contexte français. En six ans, nous avons réussi à récolter un montant impressionnant de 230 millions d'euros, des fonds qui ont été affectés à la sauvegarde de quelque 862 monuments, soigneusement sélectionnés parmi les 5.000 recensés sur le site. Ce sont les citoyens eux-mêmes qui nous signalent les monuments en danger, ce qui rend cette mission véritablement participative et collaborative.
Le processus de sélection des monuments à sauver repose sur un certain nombre de critères rigoureux, notamment l'état de péril, la qualité des projets de valorisation, l'impact territorial attendu, ainsi que la solidité financière des budgets proposés. Une fois ces critères évalués, nous inscrivons les monuments choisis au sein de notre mission. Certaines de ces restaurations emblématiques bénéficient du statut de "Mes Ambassadeurs" et sont mises en avant sur les tickets de grattage, tandis que d'autres sont soutenues au niveau départemental. En tout, 118 sites bénéficient de nos efforts de préservation chaque année.

Pourriez-vous partager une expérience ou un projet particulier qui vous a particulièrement marqué au cours de votre engagement ?
Il est difficile d'en choisir un seul, mais je peux vous en présenter quelques-uns. Par exemple, la maison de Pierre Loti a été un défi de taille. À l'origine, de nombreux sceptiques estimaient que sa restauration était impossible en raison de son coût élevé. Cependant, plutôt que de céder au pessimisme, j'ai pris l'initiative de l'inscrire dans nos projets, avant de revoir attentivement les budgets. Aujourd'hui, cette maison historique renaît progressivement de ses cendres. Ce projet incarne la réalisation de l'impossible grâce à notre détermination.
Un autre exemple significatif est l'abbaye de Sénanque, située à Gordes, dont la communauté monastique a fait appel à nous en raison de son désespoir face à l'effondrement imminent de la nef. Grâce à notre action, nous avons rapidement mobilisé 400.000 euros pour éviter cette catastrophe imminente et préserver ce site précieux. Enfin, je tiens à évoquer la maison de Pauline Viardot, située à la frontière de Bougival et de la Seine-Saint-Cloud. Ce projet a été porté par un passionné de patrimoine qui a plaidé pour sa sauvegarde. Bien que peu connue, cette maison a été sauvée grâce à une intuition audacieuse et un engagement sans faille.
La Mission Patrimoine revêt une importance cruciale dans la préservation du riche patrimoine culturel français.
Pourriez-vous nous donner un exemple récent de projet réussi qui a eu un impact positif sur la communauté locale ?
En effet, la Mission Patrimoine a réalisé un grand nombre de projets de restauration couronnés de succès, tels que la restauration de l'abbaye de la Grasse à Nantes ou de l'abbaye de Souillac, pour n'en citer que quelques-uns. Le patrimoine restauré insuffle une nouvelle vie économique dans les régions qui en ont le plus besoin, transformant ces monuments en véritables moteurs de développement.
Un exemple récent qui me vient à l'esprit est celui des ateliers Lorin à Chartres, sauvés de la décrépitude. Ces ateliers représentent un trésor architectural, mais aussi le reflet d'un artisanat traditionnel précieux. Grâce à notre intervention, nous avons préservé cet héritage pour les générations futures, tout en stimulant l'économie locale.

Comment les Français de l'étranger peuvent-ils contribuer à la préservation du patrimoine français, notamment s'ils ne sont pas physiquement présents en France ?
Les Français de l'étranger jouent un rôle essentiel dans la préservation de notre patrimoine. Pour eux, c'est le lien presque vital, presque charnel qu'ils ont avec la France. Ils peuvent contribuer de différentes manières. Tout d'abord, ils ont la possibilité de financer des projets de préservation en faisant des dons à la Fondation du patrimoine, une organisation qui travaille en étroite collaboration avec la Mission Patrimoine. En achetant des tickets de loto du patrimoine, ils peuvent également apporter leur soutien financier de manière ludique et participative.
De plus, les Français expatriés ont un rôle de porte-parole crucial. Ils sont souvent en contact avec des personnes du monde entier, notamment des touristes qui visitent la France. Le patrimoine français est l'une de nos richesses nationales les plus prisées, et les étrangers sont souvent émerveillés par sa diversité et sa beauté. Les Français de l’étranger peuvent donc promouvoir la préservation du patrimoine en partageant leur passion pour la France et en sensibilisant les autres à l'importance de sauvegarder notre héritage culturel.

En tant que personnalité influente dans le domaine de la préservation du patrimoine, quelles sont, selon vous, les principales menaces qui pèsent sur le patrimoine français aujourd'hui, et quelles actions devraient être entreprises pour les contrer ?
Le patrimoine français fait face à plusieurs menaces majeures aujourd'hui. Tout d'abord, il y a la perception que la préservation coûte cher et qu'il est plus économique de démolir et de reconstruire. Cependant, cette approche néglige le fait que le patrimoine est une ressource durable qui, une fois préservée, peut continuer à enrichir notre culture et notre histoire pendant des générations. La prise de conscience de la valeur à long terme du patrimoine est essentielle pour contrer cette menace.
Un autre défi majeur réside dans les normes européennes en matière thermique et d'accueil. Il est crucial de reconnaître que chaque monument historique est unique, et il peut être contre-productif de les soumettre à des normes rigides qui ne tiennent pas compte de leur caractère exceptionnel. Des dérogations aux normes doivent être envisagées lorsque cela est nécessaire pour préserver l'authenticité des monuments.
Enfin, la transition écologique présente également des risques pour le patrimoine français. Par exemple, la prolifération d'éoliennes peut avoir un impact négatif sur le paysage et le caractère historique de certaines régions. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre la transition écologique et la préservation du patrimoine, en évitant de compromettre l'intégrité de nos monuments historiques.
Les Français de l'étranger jouent un rôle essentiel dans la préservation de notre patrimoine. Pour eux, c'est le lien presque vital, presque charnel qu'ils ont avec la France.
Votre livre La reine qui aimait la France a récemment été publié. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce qui vous a poussé à écrire sur la reine Elisabeth II ?
La reine qui aimait la France est un ouvrage qui célèbre la mémoire d'une femme qui avait une véritable passion pour le patrimoine français. Cette reine avait développé une profonde affection pour notre patrimoine culturel, l'ayant fréquemment visité et soutenu. Le livre a été écrit à l'occasion du premier anniversaire de son décès, alors que la visite du roi Charles était prévue en France.
L'écriture de ce livre visait à mettre en lumière le rôle des étrangers dans la préservation du patrimoine français. Souvent, ce sont les regards extérieurs, empreints d'admiration, qui éveillent notre propre amour pour notre patrimoine. Pendant de nombreuses années, ce sont les étrangers qui ont été les premiers à le sauver. Mon intention était de rappeler aux Français que nous sommes les gardiens de ce précieux héritage et que nous pouvons le préserver collectivement, tout en bénéficiant des regards éclairés et passionnés des étrangers sur notre patrimoine.
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