Alors que les besoins d’accompagnement des élèves en situation de handicap augmentent dans le réseau français à l’étranger, Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France, plaide en faveur d’une réforme des démarches administratives en ce sens. « Une prise en charge immédiate doit remplacer l’attente des remboursements », nous affirme-t-il lors d’un entretien.
Quel constat peut-on faire sur la situation des personnes en situation de handicap à l’étranger et sur les limites de leur accompagnement en milieu scolaire ?
Il y a une augmentation du nombre d'enfants qui sont concernés, qui se traduit par les demandes d’accompagnement de personnes en situation de handicap qui croît d’année en année dans notre réseau. Cela représente à peu près 500 à 600 enfants actuellement. Mais c'est en augmentation constante. Le budget qui leur est alloué a été revu à la hausse, passant de 1,5 million d'euros en 2024 à 2,4 millions en 2025. C'est vraiment un besoin qui n'est pas encore comblé à 100 % par l'enveloppe budgétaire. C'est aussi valable en France. Ce que j'ai voulu, et ce que j'ai permis de faire adopter par le Sénat, c'était justement pour répondre à plusieurs difficultés qui étaient posées sur ce sujet.
Vous avez notamment pointé du doigt les délais de reconnaissance de la situation de handicap. Que proposez-vous concrètement pour remédier à cela ?
J’ai constaté, grâce à mes rencontres sur le terrain et à mes échanges, que le principal problème est l’avance de frais importante demandée aux familles pour obtenir un accompagnement, alors qu’il devrait normalement être pris en charge. Aujourd’hui, les familles doivent engager des démarches auprès des MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) en France pour faire reconnaître la situation de handicap et obtenir une aide financière. Or, ces procédures peuvent parfois prendre jusqu’à un an. Pendant toute cette période, les familles restent dans l’incertitude, sans savoir si elles seront remboursées des frais avancés. Certaines renoncent même à cet accompagnement faute de moyens financiers.
À cela s’ajoute une complexité administrative liée à l’éloignement : les démarches se font depuis la France et ne sont pas toujours adaptées aux réalités locales, ni aux spécificités des pays ou des établissements concernés.
Ma proposition est donc simple : s’appuyer sur des dispositifs qui existent déjà localement, comme les commissions d’attribution ou les conseils consulaires, notamment pour les bourses scolaires. J’ai ainsi proposé la création d’une commission locale dédiée, une mesure qui figurait d’ailleurs dans le texte du Sénat et dont certaines dispositions ont été adoptées.
Cette commission permettrait d’éviter le passage systématique par la MDPH, en donnant la possibilité d’obtenir directement une notification et une prise en charge accélérée. Les décisions seraient prises localement, avec les représentants des familles et des établissements, qui connaissent les élèves et leurs besoins.
Toute décision prise au plus près du terrain est un avantage, car les acteurs locaux ont une connaissance concrète des situations, contrairement à une administration située à des milliers de kilomètres. L’objectif est donc clair : permettre une prise en charge immédiate, réduire les délais et accélérer la reconnaissance des situations de handicap.
Yan Chantrel : “On ouvre des droits sans les moyens et ils ne sont jamais appliqués”
Pourquoi le passage obligatoire par une MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) constitue-t-il un frein pour les Français de l’étranger ?
C'est un frein car les Français de l'étranger sont un dossier parmi des milliers d'autres qui sont traités par les MDPH. Malheureusement, ils ne sont pas prioritaires, c’est même souvent l'inverse. Ils se retrouvent noyés dans la masse des dossiers qui concernent nos ressortissants qui sont en France.
Et donc automatiquement cela pose des difficultés et une méconnaissance des dossiers qui sont plus complexes à appréhender et qui demandent une spécialisation particulière. Notre demande est qu'il puisse y avoir une MDPH référente, spécifique pour les Français de l’étranger. Cela permettrait une véritable expertise pour nos compatriotes établis hors de France. C'est un système qui pourrait améliorer la prise en charge également, peut-être pas l'accélérer mais déjà améliorer, pour la compréhension des dossiers.
C'est une revendication que je porte depuis plusieurs années. Il y avait les dispositions que j'ai mises dans le texte sénatorial qui permettent une prise en charge plus rapide au plus près du terrain et une équivalence des MDPH.
Comment les élèves en situation de handicap sont accompagnés au LFKL ?
Vous proposez la création d’une commission d’évaluation au sein des postes diplomatiques et consulaires : comment fonctionnerait concrètement ce dispositif ?
L’objectif est de reproduire à l’échelle locale, le travail réalisé aujourd’hui par les MDPH, mais au plus près des Français établis à l’étranger. Concrètement, il s’agirait de mettre en place au sein des ambassades et des consulats une commission capable d’évaluer les situations directement sur place. Cela permettrait de simplifier et d’accélérer le traitement des dossiers, tout en offrant un meilleur suivi et un accompagnement plus direct depuis le consulat. Ce dispositif changerait surtout la prise en charge pour nos compatriotes, en permettant une réponse plus rapide et plus adaptée, sans les délais liés à l’attente de remboursements.

Concernant les AESH (Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap), qui jouent un rôle essentiel dans le milieu scolaire, quelles mesures proposez-vous pour augmenter leur nombre et améliorer leurs conditions de travail ?
J'ai défendu une proposition de loi dans notre niche parlementaire au mois de janvier 2026 qui propose de donner un véritable statut aux AESH, le statut de fonctionnaire, au même titre que les enseignants de l'éducation nationale, pour que ces personnels soient pleinement reconnus et aient des droits, accès à la formation, prise en charge. L’idée, c’est de changer complètement de logique. La prise en charge doit être assurée directement par l’Éducation nationale, afin de garantir un accompagnement plus simple et que nos établissements puissent être la courroie de transmission et la continuité de cela. Donc oui, effectivement, il y a un enjeu réel.
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