Jeudi 9 décembre 2021
Édition Internationale
Édition Internationale
TEST: inter

Mikael Petrossian : "Reprendre Petrossian est une chance et un énorme challenge"

Par Raphaëlle Choël | Publié le 17/11/2021 à 17:45 | Mis à jour le 18/11/2021 à 10:02
Mikael Petrossian, PDG de Caviar Petrossian

Entreprise familiale fondée en 1920 par les réfugiés arméniens Melkoum et Mouchegh Petrossian, puis reprise par Armen le fils de ce dernier en 1991, elle est aujourd’hui co-dirigée par ses deux fils, Alexandre et Mikael. Avec une boutique historique à Paris, boulevard de la Tour Maubourg, qui attire dès l’entre-deux-guerres une clientèle huppée, Petrossian est une véritable institution. D’autres boutiques et restaurants ont ensuite complété l’offre, proposant des délices au saumon et au caviar, dont l’iconique croque-monsieur comté-caviar.

 

L’histoire de la maison n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille : un marché totalement bouleversé dans les années 1990 par la dissolution de l’URSS, alors que la société avait su cultiver ses relations avec les autorités soviétiques pour développer le commerce du caviar, mais aussi des spécialités comme les conserves de crabe ou les vodkas. Le prix du caviar chute alors en raison d’un braconnage intensif et en 1998 un accord international interdit la pêche des esturgeons. Ayant anticipé cela, Petrossian est le premier à proposer au catalogue un produit d’élevage. Rencontre avec Mikael Petrossian, PDG de Caviar Petrossian.

 

Mikael Petrossian
© Candice Cohen

 

Parlez-nous un peu de vous…

J’ai passé ma jeunesse entre la boutique du 18 boulevard de La Tour-Maubourg et les ateliers Petrossian, à aider ma famille à travailler et à sublimer des produits d’exception. C’était fascinant ! Mais même si j’étais prédestiné au monde du caviar, j’ai d’abord eu le besoin de faire mon propre chemin. J’ai donc suivi des études de gestion et finance à l’Université Paris-Dauphine, avant de commencer une carrière d’expert-comptable, qui conjuguait mon goût pour l’indépendance et mes envies d’entrepreneuriat. Mes premiers amours ont tout de même fini par me rattraper, notamment lors de voyages successifs en Chine et en Asie, qui m’ont fait quitter le cabinet de conseil où je travaillais pour lancer mon premier restaurant de dim sum, YOOM, en 2010.

En parallèle, j’ai mis un premier pied dans l’entreprise familiale en m’occupant du développement de la boutique de Courcelles, avant de commencer à gérer en 2015 la société du restaurant et traiteur de Petrossian.

 

Il faut savoir apporter sa patte et prendre des décisions tournées vers l’avenir sans jamais trahir nos clients et l’histoire de ceux qui ont forgé la marque

 

Comment reprend-on un tel empire ?

Reprendre une marque avec une identité et un héritage aussi riche que ceux de Petrossian est à la fois une chance inestimable et un énorme challenge. Il faut savoir apporter sa patte et prendre des décisions tournées vers l’avenir sans jamais trahir nos clients et l’histoire de ceux qui ont forgé la marque, depuis sa création en 1920 par mon grand-père et son frère. Mais avec mon frère, nous avons été à bonne école. Mon père, qui a dirigé Petrossian pendant plus de 40 ans et ma mère, directrice de la boutique originelle du 7e arrondissement nous ont appris deux choses essentielles :  le sens du travail et le respect de la matière première. Cela m’a permis de comprendre les enjeux d’une Maison centenaire et de reprendre le flambeau avec humilité. Aujourd’hui, je suis fier de développer la Marque mère, grâce à l’ouverture de nouvelles boutiques et au développement international, en Angleterre, en Suisse, en Asie… Mais aussi des marques pilotes qui valorisent nos autres savoir-faire, comme La Truffe par Petrossian dédiée à un autre joyau de la gastronomie, ou dernièrement Mantchouk par Petrossian, notre marque de petits plats russes et arméniens issus de recettes familiales. Petrossian a également marqué les décennies par son sens de l’innovation, et je souhaite en parallèle continuer à développer de nouveaux produits, à chercher de nouvelles manières de déguster nos caviars et nos saumons, pour créer l’étonnement, donner du plaisir à nos clients, et montrer qu’on peut avoir 100 ans tout en ayant gardé son âme d’enfant !

 

Caviar Daurenki Royal de Petrossian
Caviar Daurenki Royal de Petrossian - crédit Aimery Chemin

 

Qui sont vos clients ?

Notre premier métier, c’est d’abord le retail, avec nos boutiques et nos corners. Nous avons la chance d’avoir une clientèle fidèle, qui a confiance en nos produits, notre expertise et nos valeurs. Nous avons également aujourd’hui une vraie clientèle adepte de la vente en ligne, via nos e-shop. Acheter du caviar sur internet s’est aujourd’hui démocratisé, et nous avons connu un essor considérable depuis le début de la crise du Covid. Cela nous permet également de livrer partout en Europe, et dans une grande partie du monde.
Enfin, nous avons une clientèle B2B, de chefs, détaillants et hôtels, qui subliment à leur manière nos produits.

 

J’ai mille idées pour Petrossian

 

Où et comment puisez-vous votre inspiration pour faire évoluer la marque et comment envisagez-vous de faire grandir la Maison Petrossian ?

Je me tiens informé au quotidien sur les tendances, ce qu’il se fait de nouveau, les ouvertures… je questionne nos clients, je me nourris des expériences de mes pairs et amis, mais aussi de mes expériences personnelles bien sûr. Par exemple, un plat goûté dans un restaurant, un accord inattendu, peut déboucher sur une idée de recettes pour notre restaurant, ou le développement d’un nouveau produit. Il faut être très curieux, ne pas se plier à l’effet de mode mais toujours garder un œil ouvert sur les évolutions des modes de consommation.

J’ai mille idées pour Petrossian mais pour chacune, et avant chaque lancement, je me demande si cela est cohérent avec l’histoire Petrossian, si cela apporte quelque chose de nouveau et je m’assure que cela ne soit pas une simple lubie.
Je recherche l’exceptionnel dans tout ce que j’entreprends à travers notre Maison. C’est notre fil conducteur.

 

A quoi ressemble une journée type pour vous ?

J'aime prendre 30 minutes avant que tout le monde se lève à la maison pour lire, écrire mes intentions de la journée ou faire un peu de sport. C’est ma clé pour démarrer la journée du bon pied ! Je profite ensuite de mes enfants autour d’un bon petit déjeuner, avant de partir au bureau ou en rendez-vous. Quand on gère une entreprise, aucune journée ne se ressemble, et c’est ce que je trouve très challengeant au quotidien !

 

Montrer que nous sommes une marque dynamique, innovante et surtout accessible !

 

Quel est votre principal défi ? 

Désacraliser l’image de Petrossian, sans altérer les valeurs qui nous portent. Montrer que nous sommes une marque dynamique, innovante et surtout accessible ! Qu’il ne faut pas avoir peur de pousser les portes de nos boutiques, même à 20 ans. Et qu’au-delà du caviar, nous avons aussi une large gamme de produits et de savoir-faire, à tous les prix et pour tous les goûts.

 

Nos principaux marchés sont la France et les Etats-Unis, mais nous développons au quotidien les autres régions, notamment l’Europe

 

Y a-t-il une dimension export de votre offre ?

Oui ! Elle est même centrale puisque nous sommes présents sur tous les continents. Nos principaux marchés sont la France et les Etats-Unis, mais nous développons au quotidien les autres régions, notamment l’Europe, via nos filiales. Nous avons désormais des bureaux au Royaume-Uni, en Belgique, en Suisse et à Hong-Kong, et grâce à nos différents sites internet, nous sommes en mesure de livrer la plupart des autres pays.

 

De quoi sera fait demain, avez-vous un rêve ?

Mon rêve est que mes enfants trouvent leur passion et puissent vivre de cette passion comme je le fais chaque jour. Comme la chanson de Dirty Head le dit : “I'm on vacation every single day because I love my occupation.” 

 

Nous vous recommandons
raphaelle choel

Raphaëlle Choël

Journaliste globe-trotteur, auteure d’ouvrages et coach, Raphaëlle a été collaboratrice régulière des éditions de Londres, Shanghai, Singapour, Tel Aviv, Manille et de nos pages Mag. Elle y nourrit généreusement nos colonnes de ses portraits inspirants.
0 Commentaire (s) Réagir