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Made in France & innovation : des entrepreneurs qui ont du flair

Par Raphaëlle Choël | Publié le 03/12/2020 à 17:40 | Mis à jour le 03/12/2020 à 19:02
Photo : De gauche à droite : Harriet Wadjinny-Green, Alexi Hervé et Benjamin Bir
made in france innovation

Harriet Wadjinny-Green, des chewing-gum naturel Bonsaï, Benjamin Bir, de Cultur’In The City et Alexi Hervé d'Espaciel créateur de réflecteurs d'éclairage naturels, ont en commun d’être à la tête d’entreprises à la fois innovantes et privilégiant le made in France…Entre ambition réelle de changer le monde et défis permanents, ils offrent à la France, chacun à leur manière, des exemples inspirants de réalisations abouties qui invitent à développer une confiance nécessaire en l’avenir.

Benjamin Bir Cultur’In The City
Benjamin Bir fondateur de Cultur’In The City

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Harriet : Fille d'un informaticien anglo-écossais et d'une professeure de français galloise, j'ai grandi en Angleterre et suis parisienne depuis bientôt 12 ans. Je suis devenue entrepreneuse un peu par hasard, après des études littéraires à la Sorbonne suivies du programme "Grande Ecole" de l'ESSEC, que j'ai intégrée en admission sur titre après avoir travaillé en tant que chargée de mission à la Direction internationale de GDF Suez, où je participais à la gestion des relations entre le siège parisien et les antennes étrangères du groupe. Une fois diplômée de l'ESSEC, j'ai poursuivi ma carrière chez Cojean (chaîne de restauration rapide saine), où j'ai joué un rôle important dans la création et la gestion de leur filiale britannique. La taille humaine de la structure et le côté très opérationnel et "touche à tout" de la création et gestion de la filiale m'ont énormément plu, et m'ont convaincue que la suite de ma carrière se ferait en PME, voire en start-up. 

Benjamin : je suis ancien comédien et producteur de théâtre avec une âme d’entrepreneur. Je suis passionné de théâtre depuis toujours et grand consommateur de culture sous toutes ses formes. En lançant Cultur’In The City en 2014, j’avais en tête de rendre la culture accessible au plus grand nombre et notamment à un public plus jeune.

Alexi : je suis le fondateur d'Espaciel, le pionnier mondial des Réflecteurs d'éclairage naturel. Espaciel est une startup de six personnes basée à Lille.



Pouvez-vous présenter votre concept, comment est-il né ?  

Harriet : j'ai toujours été une grande consommatrice de chewing-gum, que je mâchais souvent au travail, surtout lorsque j'étais amenée à travailler beaucoup, que j'étais fatiguée... Un jour, alors que je travaillais chez Cojean, j'ai appris que les industriels mettaient des polymères (plastiques) dans les chewing-gums que je mâchais au quotidien, et j'ai trouvé ça vraiment dégoûtant. Notre concept est de proposer au grand public une alternative viable aux chewing-gums industriels classiques, qui sont faits à base de polymères et qui représentent une source de pollution non-négligeable. Notre produit est sans plastique, parfumé aux arômes naturels, biodégradable et emballé dans un packaging en carton certifié FSC, entouré d'un film transparent fait à partir de cellulose végétale, et il a le même goût et la même consistance qu'un chewing-gum classique.

Nous avons trouvé une petite usine familiale située à Naples qui était prête à nous accompagner dans cette aventure (nous avions d'abord cherché du côté des usines françaises, mais aucune usine français n'a pu / voulu nous accompagner dans ce projet car elles travaillaient déjà pour les multinationales du secteur...). Ensuite, une fois les premiers échantillons reçus, nous en avons discuté avec les distributeurs, et Monoprix, emballé par le projet, s'est engagé à référencer notre chewing-gum sans plastique dans tous ses magasins, moyennant un contrat d'exclusivité d'un an. La V1 de Bonsaï a été lancée chez Monoprix en septembre 2019. J'ai passé les 12 mois suivants (la durée du contrat d'exclusivité) à peaufiner la recette et la méthode de fabrication de nos gommes naturelles afin d'obtenir un chewing-gum naturel strictement identique - en texture comme en goût - à un chewing-gum industriel classique. 

Benjamin : Cultur’In The City, ce sont des coffrets cadeaux culturels thématiques qui font profiter du meilleur de la culture. Nous avons trois gammes principales : des coffrets spectacles, concerts et musées & monuments. Avec ces coffrets, vous avez accès à un nombre défini de places / entrées (entre deux et dix places selon vos envies) qui font profiter de plus de 2100 événements par mois ! Nous proposons plus de 1000 institutions partenaires en partout en France parmi les plus prestigieuses (Châteaux de la Loire, Musée d’Orsay, Casino de Paris, Opéra de Lyon…) Les réservations se font à 100% sur notre site internet en quelques clics. L’idée c’est de pouvoir (s’) offrir et profiter du meilleur de la culture française facilement et sans contrainte.

Alexi : Je vivais dans un appartement sombre que je cherchais à éclairer naturellement. De formation ingénieur, j'ai imaginé ce produit dont j'ai réalisé une première version pour faire entrer plus de lumière naturelle dans mon logement. Entre le premier prototype confectionné dans ma cuisine et la version aboutie et industrialisée 10 ans se sont écoulés. Avec le recul, je réalise à quel point la création d'un produit totalement nouveau prend du temps. Le plus long ce n'est pas la conception mais toutes les étapes de reconception pour intégrer les retours des utilisateurs.

Harriet Wadjinny-Green Bonsaï
Harriet Wadjinny-Green, fondatrice de Bonsaï

A qui vous adressez-vous ?  

Harriet : A tout le monde, justement ! Contrairement aux quelques concurrents sur le marché, notre produit ne se vit pas comme un produit de niche. Nous avons voulu développer un produit "grand public", qui cible tous les consommateurs de chewing-gum. Car qui voudrait polluer inutilement en mâchant du plastique lorsqu'on peut mâcher un produit strictement identique en goût et en texture, la pollution en moins ?

Benjamin : Nous nous adressons à TOUTES les personnes vivant en France ainsi que les touristes de passage ! Nous nous adressons aux mélomanes, aux passionnés de théâtre, aux amoureux du patrimoine et tout simplement aux baroudeurs en quête de nouveautés. Nous faisons un vrai effort pour proposer de nombreux évènements, très prestigieux comme insolites, dans tous les genres. Le but est qu’il y en ait pour tous les goûts et pas uniquement à Paris mais bien dans toute la France.

Alexi : Nos clients sont des particuliers qui veulent améliorer l'éclairage naturel de leur logement sans faire de travaux. Percer une nouvelle fenêtre ou faire pivoter sa maison pour la mettre face au sud sont des taches ardues et pour le moins onéreuses. Le Réflecteur de lumière fait entrer environ 50% de lumière naturelle en plus, sans travaux. Il fonctionne même sans soleil avec la lumière du jour. Notre gamme de solutions est commercialisée sur le site espaciel.com à partir de 199 €. 

 

Pourquoi le « made in France » vous tient-il tant à cœur ?  

Harriet : Nous vivons un contexte d'urgence climatique, et nous avons tous envie de préserver la planète sans trop compromettre nos modes de vie, et tout en continuant de consommer des aliments "plaisir". Consommer "local" est une manière très efficace - et plutôt indolore - de réduire son empreinte carbone, de soutenir les agriculteurs et les entreprises français, et de contrôler la qualité des produits consommés, car les normes européennes sont exigeantes en matière de qualité et de sécurité alimentaire. Soutenir le "made in France", c'est également pour moi un acte citoyen : acheter français, c'est soutenir notre économie, c'est créer des emplois, et c'est financer des entreprises qui paient leurs impôts en France, et qui sont soumises à un droit du travail protecteur. C'est le principe que j'applique lorsque je choisis mes fournisseurs, mes partenaires ou mes ingrédients : si je peux acheter français, je le fais, quitte à réduire un peu mes marges. Si ce n'est pas possible, je cherche dans les pays voisins. Si vraiment je ne trouve pas ce que je recherche, j'achète dans des pays plus lointains. Si on peut acheter français, pourquoi acheter étranger ?

Benjamin : Parce que nous sommes le pays avec la plus forte appétence culturelle. La France a la chance d’avoir une culture multiple, un mélange entre ce que j’appellerais la culture classique française (Molière, Hugo, Rabelais, la gastronomie…) et tout un mixage culturel venu de toutes les immigrations du 20ème siècle. Tout cela rend notre France tellement riche, qu’il est important pour moi de capitaliser dessus pour produire. Sur la partie culturelle et ayant une formation théâtrale je serais tenté de dire que nous avons en plus les plus grands auteurs de théâtres et de tous temps.

Alexi : Pour innover nous avons besoin de partenaires industriels locaux avec qui développer nos produits. Si on ne fait pas travailler nos partenaires, ils ne seront plus là pour nous aider lors du prochain cycle d'innovation. De mon point de vue le "made in France" est le seul moyen de prendre pieds dans le futur des technologies. Ce qui est d'autant plus important à l'heure de la transition écologique. Ne ratons pas le train pour le monde d'après.

alexi hervé espaciel
Alexi Hervé fondateur d'Espaciel

Quel est votre principal défi ?

Harriet : Aujourd'hui, nous faisons face à deux grands défis : faire connaître la marque et se faire référencer en grande surface. Je suis intimement convaincue que, s'ils avaient le choix, 99% des Français préféreraient mâcher notre produit plutôt qu'un chewing-gum fait à partir de plastique. Mais comme toute petite entreprise au budget communication limité, nous nous heurtons à un problème : on ne nous connaît pas. Nous devons donc faire parler de nous, et c'est compliqué sans budget. Il faut innover, être très présents sur les réseaux sociaux, chercher à faire des partenariats, essayer de convaincre les journalistes de l'intérêt de notre projet. Nous misons tout sur des partenariats donnants-donnants, comme un partenariat avec l'APHP pour donner nos chewing-gums aux patients opérés du système digestif et leurs soignants, un partenariat avec la VBox, box de la joueuse internationale de handball française Estelle Nze Minko, qui propose des produits écologiques et / ou féministes développés par des entrepreneuses françaises, et la distribution de poubelles de recyclage de chewing-gums usagés développées par une start-up britannique partout sur le territoire.

Lorsqu'on est une TPE française qui essaie de se faire référencer en grande surface, il est extrêmement difficile de décrocher un rendez-vous avec le service "achats", et, même une fois le rendez-vous pris, il est très difficile de convaincre les acheteurs de travailler avec nous. Les grandes surfaces ont peur que nous ne soyons pas des partenaires fiables, ils ont peur d'éventuels retards de livraison, d'une rupture de stock, d'une faillite...et que nos commerciaux n'arrivent pas à assurer sur le terrain. En ce qui concerne la force commerciale, il faut savoir que les devants de caisse des supermarchés sont souvent gérés directement par les commerciaux des multinationales, qui n'hésitent pas à enlever les produits concurrents des rayons...donc il faut soit être en mesure d'envoyer des commerciaux partout sur le territoire (ce qui est difficilement rentable lorsqu'on est petits), soit signer un accord de distribution avec...une multinationale du secteur ! Pour l'instant nous sommes référencés chez Monoprix (où les devants de caisse sont globalement gérés par les magasins - une exception en France !) et chez Franprix, où nous sommes très présents à Paris grâce à nos deux commerciaux terrain. 

 

Benjamin : Faire en sorte que chaque année plus de personnes poussent les portes d’un musée ou d’une salle de spectacle. Nous avons déjà permis à plus de 100.000 personnes d’y accéder, le prochain objectif est donc 500.000 !

Alexi : Espaciel bénéficie de la bienveillance de tous ses partenaires, clients, fournisseurs, investisseurs, co-équipiers. Tout l'environnement de l'entreprise est promouvant. Mais notre notoriété reste encore limitée. Nous devons faire connaitre davantage nos solutions d'éclairage naturel pour développer l'entreprise.
 

 

Comment envisagez-vous la dimension « export » de votre offre ? 

Harriet : Notre contrat d'exclusivité d'un an avec Monoprix ne concernait que la France, donc nous avons rapidement pu commencer à travailler avec un distributeur suisse. Tout s'est arrêté brutalement à cause du confinement, mais j'espère cela va reprendre... Nous travaillons également avec un distributeur espagnol qui vient de passer une commande assez importante. Je suis convaincue que Bonsaï est un produit qui peut intéresser tout le monde, en France, en Europe, et même dans le monde : de nos jours, nous cherchons tous à réduire l'impact de notre consommation, surtout quand cela n'implique aucun sacrifice au niveau du plaisir ou du goût. Il y a très peu de concurrents sur le marché, même à l'international, et tous les marchés ne sont pas aussi compliqués que les marchés français en ce qui concerne la nécessité de payer une force commerciale pour assurer la présence du produit en devant de caisse, donc je pense que l'export est une excellente manière pour nous d'élargir nos horizons, et de proposer une alternative aux chewing-gums à base de plastique à tout le monde, quel que soit son pays de résidence. 

Benjamin : c’est une étape importante et naturelle pour le développement de Cultur’in The City (d’où le nom anglophone) mais pour l’instant nous nous concentrons sur la finalisation de l’offre en France, ce qui devrait être fait d’ici 18 mois avec tous les grands partenaires potentiels. Nous cherchons au quotidien à proposer les offres les plus qualitatives, quantitatives et éclectiques.

Alexi : Les bienfaits de la lumière naturelle touchent tout le monde. Santé, bien-être et vitalité passent par une exposition régulière à la lumière du jour. Avec 10 000 réflecteurs vendus dans 24 pays, l'export est une réelle opportunité pour Espaciel. 

 

De quoi sera fait demain, avez-vous un rêve ?

Harriet : En ce qui concerne Bonsaï, je voudrais que ce produit transforme le marché du chewing-gum en profondeur, en France comme à l'international, pour - pourquoi pas - finir par remplacer les chewing-gums synthétiques actuellement proposés par les multinationales.

Concernant mes autres projets, depuis que je me suis lancée dans le grand bain de l'entrepreneuriat, j'ai remarqué que j'ai moins peur d'entreprendre dans d'autres domaines, et je vois des opportunités partout : en étudiant les devants de caisse, j'ai vu qu'il n'existait aucun bonbon végan, naturel et made in France avec un packaging recyclable sur le marché, donc je travaille actuellement sur ce nouveau produit, qui pourrait bien être le deuxième produit de la marque Bonsaï. Autre projet : le chewing-gum est fait à partir de pétrole, donc il pourrait être recyclé, mais personne ne le fait... En creusant le sujet, j'ai appris qu'en Angleterre une petite société avait déjà développé une solution de recyclage de chewing-gums usagés. Je les ai appelés sur le champ pour leur proposer de m'associer avec eux pour proposer leur solution de poubelles de recyclage de chewing-gums à tous mes clients professionnels en France...proposition qu'ils ont acceptée !  

Autre ambition qui me tient à coeur : créer une entreprise au sein de laquelle j'aurais moi-même aimé travailler, où mes salariés seront heureux et épanouis. Depuis que je suis devenue cheffe d'entreprise - entreprise qui a vocation à grandir - un peu malgré moi, je trouve que j'ai une certaine responsabilité envers mes salariés, j'y pense beaucoup... J'ai souvent été mal managée par le passé et j'ai souvent pu identifier des dysfonctionnements, des mauvaises pratiques ou des discriminations au sein des structures pour lesquelles j'ai travaillé.  Ma première décision RH en tant que directrice de TPE a été de mettre fin au présentéisme, d'essayer de faire comprendre à mes salariés qu'il n'est pas nécessaire de dépasser les 35 heures de travail par semaine. Et, en tant que féministe convaincue et maman de deux petits garçons, je tiens tout particulièrement à créer un environnement où les parents ne se sentiront ni coupables ni exclus s'ils doivent partir à 17h pour pouvoir chercher leurs enfants à l'école...

Benjamin : Que le public puisse revenir rire et applaudir les comédiens sans contrainte dans les salles de spectacle et de théâtre. Qu’il puisse découvrir les plus belles collections dans nos musées partenaires sans aucune autre inquiétude que celle de profiter. Le tout via Cultur’In the city bien entendu :)

Alexi : Nous lançons actuellement en prévente un Réflecteur Intelligent qui suit le soleil pour illuminer les logements sombres. Je pense que demain nous irons encore plus loin en permettant aux voisins de s'échanger des rayons de soleil à l'aide de Réflecteurs interconnectés. De plus en plus chacun souhaite se reconnecter à la nature et à ses énergies. La lumière naturelle fait ce lien.

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Raphaëlle Choël

Journaliste globe-trotteur, auteure d’ouvrages et coach, Raphaëlle a été collaboratrice régulière des éditions de Londres, Shanghai, Singapour, Tel Aviv, Manille et de nos pages Mag. Elle y nourrit généreusement nos colonnes de ses portraits inspirants.
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