Rencontre avec Devi, directrice de l’orphelinat Annai Velanganni à Pondichéry

Par Anaïs Pourtau | Publié le 09/12/2021 à 01:01 | Mis à jour le 09/12/2021 à 01:01
visite de la consule a l'orphelinat annai velangani de pondichery

L’orphelinat Anna Velanganni, situé à Pondichéry, a été créé le 15 novembre 1981 par une Française, Soeur Andréa Gispert, pour accueillir des enfants des rues, orphelins ou abandonnés. Il est géré par une équipe éducative indienne.

Le fonctionnement de l'orphelinat est financé à 90 % par les dons et les parrainages collectés par l’intermédiaire de l’Association française des Amis d’Annai Velanganni Orphanage (A.A.V.O). L'établissement est agréé par le gouvernement du territoire de Pondichéry et la licence est renouvelée tous les cinq ans, après un contrôle du fonctionnement.


La rédaction a rencontré Devi, la dynamique directrice d'Annai Velanganni qui nous a présenté l'historique de l'orphelinat et son travail au sein de l'établissement.

 

Soeur Andréa, la fondatrice de l'orphelinat Annai Velanganni à Pondichéry

 

Soeur Andrea de l'orphelinat à Pondichery

 

Née en France à Narbonne en 1931, elle entre faire son noviciat chez les sœurs des missions étrangères à la Motte à 21 ans, puis part à Pondichéry rejoindre la communauté des missions étrangères. Pendant dix ans, Sœur Andréa soigne les lépreux dans les villages, puis elle sera bénévole au Consulat Général de France tout en assurant des cours au Lycée français.

En 1981, à 50 ans, elle crée un orphelinat pour les enfants des rues qui est soutenu par la fondation indienne P.A.V.O. Les enfants sont alors accueillis dans une maison louée et c’est seulement en 1985, que l’orphelinat construit son premier bâtiment dans le quartier de Vankata Nagar.

L’Association des Amis d’Annai Velanganni Orphanage (A.A.V.O.) est alors créée afin de collecter des dons en France et en Europe, pour assurer le fonctionnement de la fondation P.A.V.O.

 

Soeur Andréa meurt en 2009, à l’âge de 78 ans d’une crise cardiaque.

 

Devi, la dynamique directrice de l’orphelinat Annai Velanganni

Devi est une jeune femme engagée dans ses missions et débordante d’énergie. Elle affiche un optimisme contagieux à l’égard des jeunes générations, les enfants qu’elle accompagne en tant que directrice depuis 2009, mais aussi les autres jeunes avec qui elle discute.

 

Devi directrice de l'orphelinat a Pondichery

 

 

L’orphelinat se trouve au fin fond du quartier indien de Pondichéry, le tuk tuk qui nous y conduit tourne et vire avant de trouver son chemin, dans toutes ces ruelles qui se ressemblent et ces quartiers qui se confondent. Enfin arrivés, la grande maison construite par un architecte français amoureux de l’Inde, est silencieuse. Les enfants font la sieste, Devi, la directrice, s’active: elle organise, avec le responsable d’un autre foyer, la rencontre de tous les enfants pour Noël.  

Nous sommes reçus dans un bureau spacieux, à l’abri de la chaleur et du bruit extérieur. Devi une jeune femme de 37 ans, accueillante, au sourire lumineux nous raconte comment sa vie a décidé de la fonction qu’elle occupe aujourd’hui.

 

En riant elle nous dit, on m’a trouvée en 1984 dans une poubelle ! La personne qui m’a trouvée m’a amenée à « maman » qui m’a élevée.

Maman, c’est Soeur Andréa, appelée ainsi par les enfants, elle vit dans la maison avec 10 enfants qui deviendront la famille de Devi.

Par sa re-naissance dans les bras de cette deuxième mère, la langue maternelle de Devi est le français, par la suite elle sera scolarisée à l’école, puis au lycée français.

A 19 ans, alors qu’elle vient d’avoir le baccalauréat, elle devient la secrétaire de maman, Soeur Andréa, durant 3 ans. En 2009, au décès de « maman », tout naturellement le comité lui propose de prendre la direction, avec le soutien de toute une équipe, de l’orphelinat, ce dont elle s’acquitte depuis, avec courage et conviction.
 

Orphelinat anna velangani a Pondichery


 

L’orphelinat d’Annai Velanganni à Pondichéry

Une maison d’accueil pour les filles 

L’orphelinat d’Annai Velanganni accueille 24 filles de 8 à 18 ans. Les petites filles arrivent à l’orphelinat, envoyées soit directement par les services sociaux, soit par « le bouche à oreille » avec l’autorisation des services sociaux. Elles arrivent de familles monoparentales ou sont orphelines d’un ou deux parents.

 

Devi se demande souvent comment les enfants, certains très jeunes, comprennent qu’ils ne peuvent pas vivre avec leur mère.

Devi déplore que tout se passe à l’intérieur du foyer, elle fait son possible pour ne pas « surprotéger les enfants » et les préparer à l’avenir, c’est pourquoi elle encourage les visites régulières en famille. Celles-ci se font avec l’accord des services sociaux.

Mais les modes de vie, le confort, la sécurité, apportés par le foyer sont très éloignés de ceux des familles.

 

Une scolarisation des filles en école mixte dans la ville de Pondichéry

Devi est allée dans une école mixte et elle tient à ce que les filles et les garçons se rencontrent pour apprendre à se côtoyer. Mais la mixité n’existe pas en Inde pour les établissements ayant une mission d’accueil en internat.

Les enfants sont donc scolarisés dans l’école mixte de Kothary Vidyalaya, celle-ci a fermé durant les longs mois de confinement, en conséquence Devi a organisé l’école dans le foyer, faisant éventuellement appel aux plus grandes filles pour aider les plus jeunes dans leurs leçons. 

Devi nous explique :

 

En Inde les garçons et les filles sont éduqués séparément et différemment et les mères apprennent à leur fille à craindre les garçons.

Les mères ont peur des abus sexuels, des incestes, alors elles assimilent tout rapprochement entre les deux sexes, à un risque potentiel pour leur enfant.

Devi se doit donc de faire aussi l’éducation des mères qui s’inquiètent d’entendre leurs filles parler de leurs camarades d’école masculins. Elle les rassure et explique qu’il peut y avoir des relations d’amitié normales, entre un garçon et une fille et que cela doit s’apprendre pour les filles, comme pour les garçons.


Des activités extra scolaires dans l’orphelinat

Un professeur de yoga et un professeur de danses indiennes viennent donner des cours chaque semaine. 

Les enfants sont vivement encouragés à apprendre le français, c’est une langue couramment pratiquée dans le quotidien du foyer (d’ailleurs, l’enfant qui nous a guidé à notre arrivée, a réagi à la question :  "bonjour, tu sais où je pourrais trouver Devi ?"), elles parlent aussi couramment anglais et tamoul, leur langue maternelle.


Une volonté de la direction de l’orphelinat à préparer l’avenir des filles

Devi répète sans se lasser aux filles sa devise :

 

Apprenez à l’école pour avoir un métier et être indépendantes

L’orphelinat ne lâche pas les jeunes filles tant qu’elles n’ont pas terminées leurs études et trouvé un métier, donc un salaire. Certaines d’entre elles font de brillantes études supérieures. Beaucoup reviennent pour donner des nouvelles et fêter des anniversaires ou d’autres évènements de leur vie. 

 

Pour les plus petites, la réussite des plus grandes est un modèle. Chaque fête est un moment de plaisirs partagés, d’expériences aussi, de rencontres, tout comme dans une famille.

Devi et l’équipe qui l’épaule, ont à cœur de faire que ces enfants devenues grandes, fassent des choix en fonction d’elle même et ne se laissent pas prendre au piège d’un mariage sans être certaine qu’elles choisissent la bonne personne. Pendant la période de confinement, cinq mariages ont été  célébrés, tous des mariages d’amour.

 

L’orphelinat accueille aussi de temps à autre, des jeunes étudiants des deux sexes qui viennent frapper à sa porte et qui sont envoyés sur recommandation. Ils cherchent un espace pour se rencontrer, célébrer un évènement, discuter, autant d’occasions dont Devi tire partie pour éclairer les filles de l’orphelinat sur le reste du monde.


Peut-être Devi prendra-t-elle aussi un jour son envol pour poursuivre sa vie autrement. Quels que soient ses choix, nous lui souhaitons le meilleur.

 


Présentation de l’orphelinat Annai Velanganni par le Consulat de France à Pondichéry :

 

 

Pour soutenir Annai Velanganni Orphanage et en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Association française des Amis d’Annai Velanganni Orphanage (A.A.V.O).

 

 

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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