Le 2 octobre, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Human Rights Watch, la FIDH et le Royaume-Uni ont exprimé leurs préoccupations sur les libertés civiques et politiques au Cambodge. Les élections communales de juin 2027 étaient au cœur des échanges.


Lors de la 63ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, Human Rights Watch (HRW), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et le Royaume-Uni ont pris la parole le 2 octobre, pendant un dialogue avec le rapporteur spécial sur le Cambodge.
Les trois interventions ont porté sur la situation des libertés civiques et politiques, ainsi que sur les conditions nécessaires à des élections ouvertes et pluralistes. Leurs appréciations diffèrent toutefois sur plusieurs aspects : le Royaume-Uni a salué les progrès du Cambodge dans l’éducation et la réduction de la pauvreté, et ses efforts contre les centres d’escroquerie et les réseaux criminels transnationaux.
HRW et la FIDH dénoncent les détentions
Human Rights Watch affirme que des membres de l’opposition, des militants, des journalistes et des utilisateurs des réseaux sociaux sont régulièrement poursuivis pour incitation ou trahison, en raison de prises de parole pacifiques. L’organisation met aussi en cause les amendements récents à la loi sur l’administration communale, qu’elle estime susceptibles de renforcer le contrôle du parti au pouvoir à l’échelon local.
HRW cite notamment les dirigeants de l’opposition Rong Chhun et Thach Setha, visés selon elle par des procédures judiciaires. L’organisation indique également que deux journalistes ont été condamnés à 14 ans de prison pour trahison après avoir couvert des affrontements à la frontière avec la Thaïlande en février. Cinq militants de l’organisation écologiste Mother Nature Cambodia seraient détenus depuis plus de 800 jours.
La FIDH, de son côté, estime à 110 le nombre de personnes détenues ou emprisonnées pour des motifs politiques au moment de sa déclaration, dont dix femmes. Ce total aurait atteint 131 en avril 2026. Elle signale également l’emprisonnement de cinq journalistes, de cinq défenseurs de l’environnement associés à Mother Nature Cambodia et de deux étudiants de la Khmer Student Intelligent League Association.
Les deux organisations ont appelé à la libération des personnes détenues pour avoir exercé leurs droits et à l’abandon des poursuites qu’elles considèrent comme politiquement motivées.
Londres appelle à des élections ouvertes
Le Royaume-Uni a fait part de ses préoccupations concernant la réduction de l’espace civique et politique, ainsi que ses conséquences possibles sur la confiance dans les prochains scrutins communaux et nationaux. Il a appelé les autorités cambodgiennes à examiner les recommandations du rapporteur spécial et à favoriser un environnement permettant à toutes les voix de participer librement.
Les élections communales sont prévues en juin 2027. HRW a demandé au rapporteur spécial quelles mesures pourraient contribuer à garantir leur caractère démocratique et pluraliste. La FIDH a, pour sa part, averti que les restrictions de l’espace politique risquaient de compromettre leur inclusivité.
La déclaration britannique a aussi évoqué la sortie prévue du Cambodge de la catégorie des pays les moins avancés en 2029, ainsi que la nécessité de consolider le cessez-le-feu à la frontière avec la Thaïlande et de répondre aux besoins humanitaires des populations touchées.
Démentis cambodgiens
Ke Sovann, ambassadeur cambodgien à Genève a contesté l’idée que des personnes soient poursuivies pour leurs opinions politiques, leur profession ou leur affiliation. Il a défendu l’enregistrement et l’autorisation des organisations de la société civile comme relevant du cadre légal, et non comme une restriction de l’espace civique. Il a réaffirmé l’attachement du Cambodge au pluralisme et à la démocratie multipartite, ajoutant que la participation politique ne se limite pas aux élections et passe aussi par le dialogue entre partis.
Avant la séance, le porte-parole du gouvernement Pen Bona a affirmé que le gouvernement respecte la Constitution cambodgienne, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il a invoqué l’article 41 de la Constitution sur les libertés d’expression, de presse et de réunion, tout en rappelant que leur exercice ne doit pas porter atteinte aux droits d’autrui, à l’ordre public ou à la sécurité nationale.
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