Du boom spectaculaire à l’effondrement brutal, le solaire au Cambodge met en lumière les fragilités structurelles du modèle export et les défis à relever pour assurer une croissance durable.


Le parcours des exportations de panneaux solaires du Cambodge illustre un enjeu central : sans règles d’origine claires, accompagnement des entreprises et gains de productivité, la croissance des exportations reste fragile dans un contexte commercial incertain.
En 2025, les exportations du pays ont augmenté de 17 %, tirées par les vêtements, les chaussures et les produits agricoles. Une performance à préserver pour atteindre l’objectif de pays à revenu élevé d’ici 2050. L’épisode du solaire apporte, à ce titre, des enseignements concrets.
Une croissance rapide, puis un arrêt brutal
Le Cambodge est passé de quasi aucun export de panneaux solaires en 2017 à plus de 2 milliards de dollars en 2023.
Cette progression a principalement reposé sur des investissements étrangers, attirés par des coûts de production compétitifs et par la suspension temporaire de droits de douane américains sur les importations solaires issues de plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. Les panneaux assemblés dans la région bénéficiaient alors d’un accès facilité au marché américain.
Cette situation a pris fin en août 2023. Les autorités américaines ont estimé que les activités réalisées dans la région relevaient essentiellement de l’assemblage. Or, selon les « règles d’origine », cela ne suffit pas à attribuer l’origine d’un produit. Les panneaux exportés depuis le Cambodge ont donc été considérés comme provenant des pays producteurs des composants clés, ce qui a entraîné l’application de droits de douane élevés.
Résultat : les exportations se sont effondrées, tombant à moins de 10 millions de dollars en 2025.
Clarifier les règles d’origine
Le Cambodge a ainsi adopté une loi en juillet 2023, puis un règlement en mai 2025, imposant un certificat d’origine pour certains produits exportés vers les États-Unis. Ce cadre reste toutefois incomplet. Il ne couvre pas tous les produits et ne détaille pas les critères spécifiques selon les secteurs. Cela complique le suivi pour des marchandises majeures comme les vêtements, les bicyclettes ou les articles de voyage, qui représentent environ la moitié des exportations vers les États-Unis.
Les économistes Milan Thomas et Pramila Crivelli, ainsi que l’avocat senior en droit du commerce Stefano Inama, ont publié un article sur l’Asian Development Blog (ADB) à ce sujet. Sans ajustement, le risque d’enquêtes commerciales pourrait augmenter d’après les auteurs, notamment dans le contexte d’une procédure américaine au titre de la Section 301, un outil juridique du droit commercial qui permet aux États-Unis d’enquêter sur les pratiques commerciales d’un autre pays.
Mieux accompagner les entreprises et miser sur des bases solides
La formation des administrations et des exportateurs reste déterminante. Selon l’article de l’ADB, près de trois quarts des entreprises jugent nécessaire d’améliorer la coordination avec les institutions publiques, et près de la moitié estiment que les procédures douanières liées aux accords de libre-échange sont complexes et longues.
Un accompagnement renforcé serait d’autant plus important à l’approche de 2029, date prévue pour la sortie du statut de pays les moins avancés, avec la fin progressive des préférences commerciales.
L’expérience du solaire a montré les limites des avantages temporaires liés aux politiques commerciales. À long terme, la compétitivité dépend surtout des infrastructures, des compétences et de la qualité de l’environnement des affaires, pour les auteurs.
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