Au Cambodge, la rage reste une menace bien réelle, en particulier dans les zones rurales. Une récente étude de l’Institut Pasteur du Cambodge rappelle que, face à ce virus mortel, l’accès aux soins peut faire toute la différence.
Menée dans le cadre du programme de recherche VIRAGE, cette étude s’appuie sur un matériau rarement exploité à une telle échelle : les dossiers de plus de 240 000 patients accueillis dans les centres de prévention antirabique de l’IPC entre 2019 et 2022.
Un acteur central de la lutte contre la rage
Depuis plus de quinze ans, l’Institut Pasteur du Cambodge est en première ligne face à la rage. Chaque année, ses centres spécialisés de Phnom Penh, Battambang et Kampong Cham prennent en charge plus de 60 000 personnes victimes de morsures ou d’expositions à risque. L’institut a également marqué un tournant majeur dans la lutte mondiale contre la maladie en développant un protocole vaccinal simplifié, reconnu par l’Organisation mondiale de la santé en 2018. Désormais connu sous le nom de « protocole de l’Institut Pasteur du Cambodge », ce schéma permet une protection complète en trois visites sur une semaine seulement, réduisant à la fois le coût, les contraintes pour les patients et les risques d’abandon de traitement. Au-delà des soins, l’IPC joue un rôle clé en matière de recherche, de surveillance épidémiologique et de plaidoyer, notamment pour le développement de la vaccination canine, indispensable à l’élimination durable de la rage dans le pays.
Aller jusqu’au bout du traitement, un défi pour beaucoup
Après une morsure ou une exposition suspecte, la vaccination antirabique doit être suivie avec rigueur. Or, dans les faits, de nombreux patients ne parviennent pas à compléter l’ensemble du protocole recommandé.
L’étude montre que la distance entre le domicile et les centres de soins constitue l’un des principaux obstacles. Plus les trajets sont longs, coûteux ou complexes, plus le risque d’abandon du traitement augmente. À cela s’ajoutent des facteurs sociaux et économiques qui pèsent sur les décisions de santé au quotidien, en particulier pour les familles vivant en zone rurale.
Le choc de la pandémie de Covid-19
La période étudiée recouvre également les années de la pandémie de Covid-19. Les restrictions de déplacement, la peur de se rendre dans les structures de santé et les perturbations des transports ont accentué les difficultés d’accès aux soins, fragilisant encore davantage le suivi des patients exposés à la rage.
Ces éléments rappellent à quel point les crises sanitaires peuvent avoir des effets indirects durables sur des maladies déjà présentes et souvent négligées.
Mieux comprendre pour mieux protéger
En mettant en lumière ces freins, les chercheurs cherchent avant tout à améliorer la prévention. Identifier les populations les plus exposées au risque d’interruption de traitement permet d’adapter les stratégies de santé publique et de réduire les inégalités d’accès à la vaccination antirabique.
Ces travaux s’inscrivent dans l’objectif international « Zero by 30 », qui vise à éliminer les décès humains dus à la rage transmise par les chiens d’ici à 2030.
Des données au service de l’action
Au-delà des chiffres, cette recherche illustre l’ambition du programme VIRAGE : transformer des années de données médicales en leviers concrets d’action. En croisant santé humaine, santé animale et environnement, l’approche dite « Une seule santé » entend renforcer durablement la lutte contre la rage au Cambodge.
👉 L’article scientifique complet est disponible en accès libre :
https://journals.plos.org/plosntds/article?id=10.1371/journal.pntd.0013813
Sur le même sujet



























