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Paris-Phnom Penh à vélo : « Profiter du voyage et pas seulement des étapes »

Élise Combe et Aymeric Moulard, jeunes mariés, se sont lancés un défi peu commun : relier Paris à Phnom Penh à vélo. Après onze mois de voyage à sillonner les routes de la Soie, le couple a posé ses roues au Cambodge, point final d’un voyage de plus de 10 000 km de long.

Arrivée à Phnom Penh devant le restaurant de la soeur d'AymericArrivée à Phnom Penh devant le restaurant de la soeur d'Aymeric
Arrivée à Phnom Penh devant le restaurant de la soeur d'Aymeric
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 3 octobre 2026

Une préparation en « infusion lente »

Élise Combe travaille dans le conseil et Aymeric est data architecte à La Poste : rien, dans leurs parcours respectifs, ne les destinait a priori à se lancer dans une telle aventure.

C’est lors d’un premier voyage au Cambodge, en 2023, que le couple ressent un déclic. Après avoir loué des vélos près de Battambang, ils font face à une réalité qui les intrigue. « Nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas du tout la même perception de la part des habitants par rapport à si nous étions en scooter », raconte Élise. C’est cette expérience qui a fait germer l’idée d’un voyage au long cours, uniquement à vélo.

Cette graine a mis du temps à germer avant de se concrétiser. Trouver le courage de sortir des rails confortables de leur vie constitue la première étape, et la plus décisive, de ce voyage. « L’idée a mûri pendant trois ans, la logistique a suivi », rapporte Aymeric. Cette force, le couple l’a puisée dans des inspirations quotidiennes, qu’il s’agisse d’amis ayant déjà franchi le pas ou de la bande dessinée Plouharen, réalisée par Isabelle Del Real, par exemple, qui raconte le périple à vélo de l’autrice entre la Bretagne et l’Iran.

Une fois la résolution prise, les congés sabbatiques posés et un mariage célébré, il ne restait plus au couple qu’à se lancer dans ce voyage de noces bien particulier. Techniquement, le vélo présente pour eux un avantage certain : « C’est low-tech, donc si jamais il y a un problème, ça se répare normalement à peu près partout. » Physiquement, l’effort demandé reste également raisonnable : « Nous n’avons pas eu besoin de mois d’entraînement pour pouvoir partir. » Autrement dit, plutôt que de tout anticiper, Élise et Aymeric ont fait le choix de l’improvisation et de la confiance.

Le voyage, composer avec les contraintes et les imprévus

Sur la route reliant la France au Cambodge, Élise et Aymeric ont dû composer avec de nombreuses contraintes logistiques et plusieurs imprévus. Le tracé initial n’a pas pu être suivi à la lettre : certaines étapes prévues, notamment en Mongolie pour retrouver la sœur d’Élise, ont dû être abandonnées faute de temps.

Les difficultés liées aux visas ont également obligé le couple à moduler son mode de transport, comme en Russie, où le droit de passage n’était que de 72 heures, les poussant à recourir au train et au bus. Au Tadjikistan, Aymeric a par ailleurs dû être hospitalisé après un accident de la route sans grande conséquence.

 

Sur la Pamir Highway au Tadjikistan

Elise et Aymeric sur la Pamir Highway au Tadjikistan

Ces difficultés ont contraint le couple à la flexibilité : imposer son propre rythme, revoir son budget initial… C’est de cette manière qu’Élise et Aymeric disent avoir su apprécier leur voyage. Sur la question budgétaire, par exemple, Aymeric explique : « On aurait pu tenir avec moins, mais ça impose forcément des contraintes : d’autres routes, moins de visites, pas de restaurant, et jamais d’hôtel, quelle que soit la météo. On a préféré revoir notre budget et profiter à notre manière de ce long voyage. »

Le vélo comme choix environnemental et vecteur social

Au-delà de la performance sportive, Élise et Aymeric revendiquent une philosophie fondée sur la lenteur, qui leur permet, selon eux, « de profiter vraiment aussi du voyage et pas seulement des étapes».

Cette approche, dite de slow travel, a nourri chez eux une conscience du temps, à rebours de la tyrannie de la vitesse qu’imposent les villes contemporaines. Aymeric souligne : « Avant une journée de travail et après une journée de travail, il y a une vie. Et juste se faire bouffer par son ordi, nous allons arrêter. »

Si le choix du vélo naît d’abord d’une conscience écologique, il s’avère aussi un puissant facteur social, qui change la nature des échanges avec les habitants rencontrés en chemin. Élise observe : « On est plus lents en vélo, donc on a le temps d’avoir un peu plus d’interactions. » Aymeric ajoute que le vélo permet « d’être juste en contact direct avec les autres : il n’y a pas d’habitacle entre soi et les personnes». Le couple raconte avoir suscité la curiosité, parfois teintée d’incompréhension bienveillante, de la part de populations pour qui le vélo reste associé à l’enfance.

photo d'un des vélos sur les 4000 îles au Laos

Un des vélos sur les 4000 îles au Laos

Cette perception extérieure s’est doublée d’une transformation intérieure : les deux voyageurs disent avoir appris à ralentir leur propre rapport au voyage, en profitant de chaque étape plutôt qu’en accumulant les visites. Le jeune couple repartira d’ailleurs en France en train, via le Transsibérien.

L’heure du bilan : rentrer changé

Que rapportent les jeunes mariés de ce périple, une fois de retour en France ? Le bilan qu’Élise Combe et Aymeric Moulard tirent de ces onze mois de voyage tient en plusieurs points.

D’abord, l’hospitalité rencontrée tout au long du parcours, y compris dans des régions réputées difficiles, constitue une valeur que le couple entend cultiver davantage à son retour. « Nous avons un peu honte d’avoir été accueillis aussi bien et de se rendre compte que, dans notre vie quotidienne classique, chacun reste centré sur sa bulle et pas vraiment très en contact avec les autres », confie Élise Combe.

Par-dessus tout, le voyage à vélo leur a permis d’aller à la rencontre de l’étranger-voisin, souvent décrit comme menaçant par les habitants de l’autre côté de la frontière, avant que l’expérience ne vienne contredire ces préjugés. Les jeunes mariés évoquent une situation récurrente : « À chaque passage de frontière, on nous mettait en garde par rapport aux habitants du pays voisin, qui s’avéraient finalement être aussi gentils et accueillants que ceux du pays que nous venions de quitter. » Le couple évoque aussi des rencontres en Tchétchénie, où des habitants, conscients de la mauvaise réputation de leur pays, leur ont réservé un accueil encore plus chaleureux. « Ils savent qu’ils souffrent d’une mauvaise image, mais en fait, vraiment, tout le monde est fondamentalement accueillant et gentil », résume Élise Combe.

De quoi, peut-être, inviter à repenser notre rapport à l’altérité.

Noé Garde

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