Édition internationale

L’ONU dénonce la traite humaine dans la région du Mékong

Un rapport publié le 20 février 2026 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme met en lumière un système mondial de traite alimentant les centres d’escroquerie en ligne, notamment au Cambodge et dans le bassin du Mékong.

L’ONU dénonce la traite humaine dans la région du MékongL’ONU dénonce la traite humaine dans la région du Mékong
UNODC/Laura Gil
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 23 février 2026, mis à jour le 24 février 2026

Un rapport de l’ONU met au jour un système mondial

Enlèvements, tortures, violences sexuelles, avortements forcés : un rapport publié le 20 février 2026 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) révèle l’ampleur des abus liés aux centres d’escroquerie en ligne en Asie du Sud-Est.

Pour alimenter cette industrie criminelle en pleine expansion, des centaines de milliers de personnes, recrutées dans des dizaines de pays, seraient contraintes de travailler dans des complexes sécurisés relevant de la traite d’êtres humains.

Selon des estimations jugées crédibles par le HCDH, au moins 300 000 personnes originaires de 66 pays seraient impliquées, souvent sous la contrainte, dans ces réseaux mondialisés.

« La litanie des abus est stupéfiante et en même temps déchirante », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, à l’occasion de la publication du document.

Le bassin du Mékong, centre névralgique des réseaux

Ces pratiques se sont développées au sein de réseaux criminels implantés dans le bassin du Mékong. Portée par l’essor des cryptomonnaies et de la finance numérique, cette économie illégale générerait jusqu’à 64 milliards de dollars par an. La seule région du Mékong concentrerait plus de 68 % de ces revenus.

Des images satellites et des enquêtes de terrain situent près des trois quarts des centres d’escroquerie dans cette zone, avec des ramifications vers le Pacifique, l’Asie du Sud, les États du Golfe, l’Afrique de l’Ouest et les Amériques.

Fondé sur des témoignages recueillis dans neuf pays, le rapport documente des cas de traite entre 2021 et 2025 vers des centres frauduleux situés notamment au Cambodge, au Laos, au Myanmar, aux Philippines et aux Émirats arabes unis.

Des complexes fermés sous surveillance armée

Les témoignages décrivent d’immenses complexes clos, comparables à des villes autonomes, dotés de bâtiments fortifiés, entourés de barbelés et placés sous surveillance armée permanente.

Attirées par de fausses offres d’emploi puis kidnappées, les victimes se retrouvent enfermées et contraintes de mener des opérations frauduleuses en ligne : usurpation d’identité, escroqueries sentimentales, extorsions ou fraudes financières.

Une victime sri-lankaise évoque des « prisons d’eau », des conteneurs dans lesquels des travailleurs étaient immergés pendant des heures lorsqu’ils n’atteignaient pas leurs objectifs. D’autres rapportent avoir été forcés d’assister à des sévices, voire d’y participer, afin de briser toute résistance. Certaines tentatives de fuite se seraient soldées par des morts, après des chutes depuis les étages ou les toits des complexes.

Le rapport fait également état de chantages systématiques : des appels vidéo aux familles montrant les victimes maltraitées seraient utilisés pour obtenir des rançons.

Exploitation financière et objectifs quotidiens

Au-delà des violences physiques, le document met en lumière un système d’exploitation interne fondé sur des salaires partiels, des pénalités arbitraires et des transferts forcés vers des centres plus violents.

Un témoin thaïlandais évoque des objectifs quotidiens de 9 500 dollars, sous peine de sanctions.

Un appel à une réponse internationale coordonnée

Volker Türk appelle les États à coordonner leurs efforts pour lutter contre une corruption qu’il qualifie de « profondément ancrée », poursuivre les réseaux criminels et garantir l’action sans entrave des organisations non gouvernementales et des médias.

« Les victimes de ces abus ont besoin d’opérations de sauvetage coordonnées, rapides, sûres et efficaces, du respect du principe de non-refoulement, ainsi que de mécanismes de soutien disponibles pour assurer la réadaptation après la torture et les traumatismes et faire face aux risques de représailles ou de nouveau trafic », a-t-il déclaré.

Selon le rapport, sans réponse collective accrue, l’expansion de ces centres d’escroquerie, dont plusieurs ont été identifiés au Cambodge à la suite d’opérations de police, pourrait encore s’accélérer.

Le gouverment cambodgien a précédemment annoncé la prise de mesures drastiques. Depuis juin 2025, une vaste opération nationale contre les réseaux d’escroqueries en ligne a été lancé, ayant entrainé la perquisition de 2 500 sites, et le démantèlement de 200 affaires majeures. 

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