Édition internationale

Le prince Tesso Sisowath : le français est ma langue première

Le prince Tesso Sisowath, membre actif de la famille royale cambodgienne, incarne un trait d’union vivant entre deux cultures. Dans le cadre de notre série « Ces Cambodgiens qui font la Francophonie », il nous raconte son parcours, sa langue, son engagement culturel et son regard sur l’avenir du français au Cambodge.

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Photo fournie.

Une enfance en France, entre khmer et français

« Je n’ai pas appris le français : c’est ma langue première », explique d’emblée le prince Tesso Sisowath. Fils du prince Sisowath Essaro, il quitte le Cambodge à l'âge de cinq ans, pour suivre son père nommé ambassadeur auprès de l’Unesco et directeur de la Maison du Cambodge à la Cité universitaire internationale à Paris. Il y fera toute sa scolarité et ses études supérieures et travaillera au sein de la multinationale française Spie-Batignolles.

Le français est alors la langue du foyer, Il le parle avec son père. Le khmer, lui, est réservé aux conversations avec sa mère et les employées domestiques. Cette répartition linguistique stricte permet au jeune Tesso de maintenir un lien naturel avec ses racines tout en l’ancrant dans l’espace francophone. « On avait peur à l'époque que les enfants soient perturbés par l’apprentissage de plusieurs langues. Mais aujourd’hui, la science nous dit le contraire. »

Un retour identitaire au Cambodge

Lorsque le prince revient au Cambodge pour s’y installer en 2006, après plusieurs voyages de repérage, il est confronté à une certaine forme de décalage. Les Cambodgiens ne le reconnaissent pas comme l’un des leurs : « On me prenait pour un étranger, souvent pour un Thaïlandais ou un Singapourien ». Son accent français en khmer déroute, son allure intrigue.

Pourtant, c’est bien au Cambodge qu’il s’engage pleinement. Dans un premier temps, il rejoint le ministère du Tourisme comme secrétaire d’État, en remplacement de la princesse Rattana Devi qui devait donner naissance à son premier enfant. Il occupera cette fonction jusqu’à la défaite du parti royaliste FUNCINPEC aux élections de 2008. C’est ensuite qu’il rejoint sa cousine, Son Altesse Royale la princesse Norodom  Buppha Devi dans l’organisation des tournées internationales du Ballet royal. Le Prince Tesso est actuellement Secrétaire d’Etat et conseiller auprès du Secrétariat de Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni.

Une vocation culturelle héritée et assumée

« Je n’étais pas prédestiné à la danse. J’ai appris sur le tas, en l’accompagnant dans ses tournées et ses répétitions », confie-t-il. Ce n’est pas comme chorégraphe qu’il intervient, mais en soutien administratif et logistique, prenant progressivement en main l’organisation des spectacles et la gestion de la troupe.

Après le décès de la princesse Buppha Devi, figure emblématique de la danse classique khmère, il reprend la direction de l'école de danse créée par la princesse. Cette structure indépendante et privée, perpétue l’héritage culturel en formant gratuitement les nouvelles générations à cet art reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO.

danse classique khmère

 

Le français comme atout social et diplomatique

Son français impeccable lui permet d’évoluer naturellement dans les cercles diplomatiques francophones de Phnom Penh. Il entretient des liens privilégiés avec l’Institut français, les ambassades, les milieux culturels où le français reste très présent. « Je n’ai jamais été dépaysé sur le plan linguistique. Je vis dans un environnement où 90% des gens que je côtoie parlent français. »

Membre du comité national pour la promotion de la francophonie au sein du ministère des Affaires étrangères, il admet cependant ne pas y jouer de rôle actif. « Je n’ai jamais été missionné par son président. Mais peut-être que ma simple présence, en tant que figure royale francophone, suffit à symboliser un certain engagement. »

Un regard nuancé sur l’avenir de la francophonie

S’il reconnaît un recul de la pratique du français dans la vie quotidienne au profit de l’anglais ou du chinois, il constate aussi une persistance certaine : « Il y a toujours des Cambodgiens qui partent en France pour y étudier. Le français reste requis dans certains secteurs comme la médecine, le tourisme, l’architecture ou l’administration. »

Pour le prince Tesso, la transmission du français passe aujourd’hui par le biais des métiers : « L’école Paul Dubrule en est un bon exemple. Une de mes danseuses y est inscrite. On y apprend le français dans un cadre professionnel, concret, motivant et surtout donne l’opportunité et la perspective de trouver un travail et un emploi après les études. »

Il voit aussi dans la francophonie un véhicule de valeurs universelles : défense de l’environnement, justice sociale, solidarité. Des combats qui, selon lui, doivent faire partie intégrante de son message.

Une promesse culturelle pour demain

Le Cambodge accueillera prochainement le sommet international de la Francophonie. Pour le prince Tesso Sisowath, cette perspective incarne un espoir : celui de raviver les liens entre la culture khmère et la langue française, dans une logique de transmission vivante. Il en est l’un des passeurs.


 

Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.

Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.

Retrouvez les témoignages déjà publiés de en suivant ce lien : 

Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie

bonnes lectures..

 

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