À Phnom Penh, Karim Belkacem Saadi metteur en scène et fondateur de Last Stage, ouvre un nouvel espace dédié au spectacle vivant : Last Stage Aquation, installé à Koh Pich. Pensé comme un outil de création et de diffusion, ce lieu vise à structurer une scène artistique locale en pleine évolution.


Un lieu né d’une réflexion sur les besoins culturels au Cambodge
Le projet s’inscrit dans une collaboration engagée depuis plus d’un an avec Alexis de Surmain, entrepreneur impliqué dans le développement du site. Le lieu, anciennement connu sous le nom de Menaka, avait déjà accueilli des représentations ponctuelles.
Karim Belkacem Saadi y voit immédiatement un potentiel particulier : « Dès que j’ai vu le lieu, je me suis dit qu’il avait un charme assez fort pour attirer les gens par lui-même. » Malgré des contraintes techniques initiales — absence de gradins, rapport scène-salle à repenser — l’espace présente une identité visuelle forte, proche de certains petits cabarets européens.
Au-delà de l’esthétique, la création de cette salle répond à un constat : l’absence, à Phnom Penh, d’un lieu dédié au spectacle vivant qui ne soit pas uniquement guidé par des objectifs commerciaux. « Il manque un lieu qui ne se pose pas seulement la question de faire de l’argent, mais celle de l’intérêt commun », explique-t-il.
Structurer une scène artistique locale en développement
Depuis plusieurs années, the Last Stage a fédéré un public régulier d’environ 1 500 spectateurs. Une base encore limitée, mais fidèle. « Certains reviennent jusqu’à quatre fois voir le même spectacle », observe Karim Belkacem Saadi, y voyant le signe d’un véritable besoin culturel.
Le nouveau lieu doit permettre de dépasser ces limites, notamment en proposant des formats plus ambitieux. La scène a été agrandie pour atteindre des dimensions proches des standards européens, avec un plateau modulable pouvant aller jusqu’à 9 mètres par 12. Un équipement technique — notamment en lumière — a également été installé.
Cette évolution vise à accompagner les artistes dans leur professionnalisation : « C’est un outil qui peut permettre de développer une génération de créateurs de la scène ». L’endroit a aussi recueilli le soutien bénévole d’Éric Soyer, scénographe et concepteur lumière français de grande renommée, plusieurs fois nommé aux Molières, et Molière de la création visuelle pour Cendrillon en 2018.
Un espace pensé pour le public cambodgien
Le positionnement du lieu se veut clair : s’adresser en priorité au public local. « Je ne veux pas que ce soit un lieu uniquement pour les étrangers », insiste Karim Belkacem Saadi Cela se traduit par plusieurs choix concrets : une communication d’abord en khmer, une programmation accessible, et des tarifs adaptés, avec notamment des billets à prix réduit pour les étudiants. « Économiquement, c’est un risque, mais c’est un choix assumé ».

« Je ne veux pas que ce soit un lieu uniquement pour les étrangers », Karim Belkacem Saadi par Ana Eduardo
L’objectif est de favoriser l’émergence d’un public régulier et diversifié, tout en intégrant les différentes communautés présentes à Phnom Penh.
Une programmation ouverte et transdisciplinaire
Last Stage Aquation entend accueillir une grande diversité de formes artistiques : théâtre, danse, cabaret, cirque ou encore spectacles hybrides. Le cabaret occupe une place particulière dans la réflexion de Karim Belkacem Saadi, qui y voit une manière de repenser la relation entre artistes et spectateurs.
« Le cabaret permet de casser la séparation entre la scène et la salle », explique-t-il, en décrivant un format où le public reste, échange et prolonge l’expérience artistique.
Le lieu accueillera également des artistes cambodgiens reconnus, comme le prince Tesso, dont les créations seront présentées avec un accompagnement technique renforcé. « La technique peut sublimer ce qui est déjà là », souligne-t-il, en évoquant notamment le travail sur la lumière et le son.
Un modèle économique fragile mais assumé
Le projet repose sur un équilibre économique délicat. Les créations artistiques ne couvrent pas leurs coûts, et le lieu ne peut compter sur des financements publics, contrairement à de nombreux théâtres en Europe. Pour compenser, l’espace pourra être loué ponctuellement à des entreprises ou institutions. « Louer la salle, c’est aussi participer indirectement à maintenir un lieu culturel », précise Karim Belkacem Saadi.
L’ambition reste toutefois inchangée : faire de ce lieu un espace accessible, au service de la scène artistique cambodgienne.
Favoriser les échanges artistiques en Asie du Sud-Est
Enfin, Last Stage Aquation souhaite s’inscrire dans un réseau régional. L’objectif est de faciliter la circulation des spectacles entre Phnom Penh, Bangkok ou Ho Chi Minh-Ville, en limitant les coûts.
Last Stage Aquation a déjà accueilli les Vertiges de l’amour et s’apprête à être un endroit phare pour le prochain Golden (R) Age Festival, qui aura lieu du 4 au 14 juin 2026.

Pour se rendre à Last Stage Aquation : le lien Last Stage Aquation
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