Représentant de l’Agence Universitaire de la Francophonie au Cambodge, Im Kravong revient pour Le Petit Journal du Cambodge sur son parcours personnel et académique, son engagement pour la langue française et ses projets pour renforcer la francophonie universitaire dans le pays


Une enfance marquée par le français
« Quand j'étais petit, mes oncles et tantes parlaient français entre eux. Cette langue sonnait joliment à mes oreilles, ça m'a donné envie de la comprendre », raconte Im Kravong. Issu d'une famille où le français était encore pratiqué par une génération formée dans les lycées des années 1960, il se remémore cet attrait initial pour la langue comme un déclic d'enfance.
Un apprentissage clandestin sous le régime communiste
Né en 1971, il commence à apprendre le français dans les années 1980, dans une période où cette langue – comme l’anglais – était officiellement interdite dans les écoles. Seuls le vietnamien et le russe y étaient enseignés. « J'ai appris dans la cuisine de ma professeure, autour d'une table avec trois ou quatre camarades. C'était discret, mais c'était motivant », se souvient-il. Il poursuivra ainsi son apprentissage de manière privée jusqu'à l'ouverture officielle des classes de français au début des années 1990.
Un concours, une bourse et un départ pour le Canada
Admis en 1991 au Département d'études francophones de l'Université royale de Phnom Penh, il y obtient sa licence avant d’enseigner à l’Université des Sciences de la Santé et à l’Alliance française. En 2002, il est l'un des trois Cambodgiens retenus sur 500 candidats pour bénéficier d'une bourse du Programme Canadien de Bourses de la Francophonie (PCBF). Il part alors à l’Université du Québec à Chicoutimi pour y effectuer un master en sciences de l’éducation.
Les défis de l’adaptation à la culture universitaire québécoise
« J’avais appris le français de France. Arrivé au Québec, je ne comprenais rien aux dialectes locaux. C’était un choc linguistique et culturel ». Le jour de son arrivée à Chicoutimi, en septembre, reste gravé dans sa mémoire : « En descendant de l’avion, je portais simplement un t-shirt et un pantalon noir. Il neigeait déjà. Tout était blanc. J’étais frigorifié, je n’étais pas préparé à affronter ce climat ».
À cela s’ajoute le choc des méthodes d’enseignement. « Là-bas, on apprend à poser des questions, à chercher, à travailler en équipe », souligne-t-il. Lui qui avait grandi dans un système fondé sur la mémorisation par cœur, doit apprendre à prendre la parole, à consulter les enseignants et à mener des recherches de manière autonome. « Mes camarades québécois m’ont beaucoup aidé. Ils m’ont appris à dire : “Peux-tu répéter s’il te plaît ?” », sourit-il.
Ce que la francophonie lui a apporté
« Le français m’a ouvert au monde. J’ai pu voyager, participer à des stages, à des conférences, tisser un réseau d’amis et de collègues internationaux ».
Issu d'une famille modeste, le français lui a permis de démarrer une carrière d'enseignant et de subvenir aux besoins des siens dès l'obtention de la licence ès lettre française.
À la tête de l’AUF Cambodge
De retour au Cambodge, il est nommé coordonnateur du département de français de l’Université des Sciences de la Santé, puis rejoint l’AUF en fin 2010 comme conseiller pédagogique. Il gravit progressivement les échelons jusqu’à devenir responsable de l’antenne de Phnom Penh, aujourd’hui bureau national de l’AUF-Cambodge.
Cinq axes stratégiques pour renforcer l’enseignement supérieur francophone
L’AUF Cambodge coordonne aujourd’hui des projets dans 15 universités membres du pays, au bénéfice d’environ 9 000 étudiants. Ses actions s’articulent autour de cinq axes : transformation numérique et gouvernance universitaire, employabilité et entrepreneuriat, réseautage et coopération internationale, formation des formateurs et innovation pédagogique, et recherche et valorisation. « Nous accompagnons les universités pour monter et gérer des projets, répondre aux appels à projets, et à travailler en consortium d’universités pour des projets d’envergure en les accompagnant dans la gestion administrative et comptable conformément aux normes européennes », explique-t-il.

Les enjeux de visibilité et de communication
Malgré la richesse des programmes, Im Kravong regrette le manque de communication sur les opportunités francophones.
« Les élèves ne savent pas toujours que des formations universitaires en français existent. Il faut aller vers eux, présenter, expliquer, valoriser ».
Il insiste sur l’importance des tournées francophones et des outils de communication modernes pour toucher la jeunesse.
Vers le Sommet de la Francophonie 2026
Le Cambodge accueillera en 2026 le sommet de la Francophonie. L’AUF met en place déjà plusieurs événements parallèles, des soutiens aux projets universitaires et aux concours d’innovation. En amont, des formations sont mises en place pour préparer quelques 300 agents de liaison.
« La francophonie se développe au Cambodge, peut-être lentement, mais avec cohérence et volonté politique »,
conclut-il.

Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.
Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.
Retrouvez les témoignages déjà publiés de en suivant ce lien :
Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie
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