Édition internationale

« Finding Myself (in mirage) » explore les voix féminines à Phnom Penh

Du 4 au 8 mars, l’espace The Last Stage à Phnom Penh présente « Finding Myself (in mirage) », une création du metteur en scène Frédéric Fisbach inspirée des textes d'Antoine d’Agata. Portée par des comédiennes khmères et française, cette œuvre multilingue explore les réalités de la condition féminine dans le cadre d’un programme de coopération artistique entre la France et le Cambodge.

« Finding Myself (in mirage) » explore les voix féminines à Phnom Penh« Finding Myself (in mirage) » explore les voix féminines à Phnom Penh
photo fournie

Du 4 au 8 mars, The Last Stage à Phnom Penh accueille Finding Myself (in mirage), une création mise en scène par Frédéric Fisbach à partir de textes du photographe français Antoine d’Agata. Sur scène, 3 comédiennes issues de l’Acting Art Academy, Von Lyer, Vinich Virak, Phanit Yem, ainsi que l’actrice franco-roumaine, Madalina Constantin — portent des paroles de femmes venues de différents horizons, dans un spectacle en khmer, en français et en anglais.

 

Une invitation de l’Institut français du Cambodge

Frédéric Fisbach, metteur en scène français, a travaillé entre le Japon, l’Afrique et la France. Il est invité par l’Institut français du Cambodge en 2025-2026 dans le cadre du programme PICC, « Les Voix de la scène : Échanges et innovation dans le spectacle vivant au Cambodge ». Ce programme est soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut français dans le cadre de la stratégie pour l’export des industries culturelles et créatives à l’international. Il vise à renforcer la coopération entre les institutions cambodgiennes et françaises dans le domaine du spectacle vivant, en mettant l’accent sur la formation, la création, la diffusion internationale et la professionnalisation des artistes cambodgiens.

Frédéric Fisbach a été invité une première fois au Cambodge en octobre dernier pour une série d’ateliers avec les jeunes comédiennes de l’Acting Art Academy. Ce voyage et les rencontres qui en ont découlé ont été décisifs pour concrétiser le projet sur lequel il avait commencé à réfléchir. Sa venue au Cambodge s’inscrit dans une série de rencontres, notamment avec Fanny Pagès, directrice déléguée de l’Institut français, et Karim Belkacem, cofondateur de l’Acting Art Academy.

Invité à Phnom Penh en octobre dernier pour un atelier avec de jeunes actrices, la possibilité d’un spectacle sur lequel il avait d’ores et déjà commencé à réfléchir lui revient.

Le projet trouve son point d’ancrage dans l’œuvre d’Antoine d’Agata, photographe connu pour son travail engagé sur le corps, la marginalité et l’intime. L’idée n’est pas nouvelle : un premier échange autour de ses textes avait eu lieu en France. Mais c’est au Cambodge que la forme actuelle du projet prend vie.

 

« Finding Myself (in mirage

 

Adapter Antoine d’Agata au théâtre

Les écrits d’Antoine d’Agata se composent de plusieurs registres : une réflexion personnelle sur son art, sa photographie, et un ensemble de voix féminines issues de contextes marqués par la violence, la drogue ou la prostitution.

Madalina Constantin reconnaît avoir été d’abord traversée par le doute :
« Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie, je ne connais pas la prostitution. Je ne sais pas comment parler de l’intérieur de tout ça. Mais son texte m’a bouleversée. »

Alors, plutôt que de chercher à imiter ces réalités, elle a donc choisi une approche qu’elle estime « honnête ». Son personnage, d’un regard extérieur, sert de fil conducteur à la pièce. « C’est une manière de prendre le spectateur par la main. »

 

Un spectacle en khmer, français et anglais

La pièce se joue en majorité en khmer, avec des passages en français et en anglais. L’ensemble est surtitré dans les trois langues, conformément au projet artistique de The Last Stage.

Le choix du multilinguisme modifie profondément son travail, nous confie le metteur en scène.
« Le khmer est une langue que je ne maîtrise absolument pas. Ce sont les comédiennes qui ont traduit leurs textes. Elles en ont l’entière responsabilité. »

Ce travail confié aux actrices transforme la dynamique habituelle de répétition. Loin d’un contrôle vertical, le travail s’élabore « de gré à gré », selon ses mots.

 

3 actrices de l’Acting Art Academy

Sur scène, Von Lyer, Vinich Virak, Phanit Yem, âgées de 23 à 31 ans, sont issues de l’Acting Art Academy, structure adossée à The Last Stage. Certaines y occupent également des responsabilités.

Les textes abordent des thématiques sensibles. Comment les jeunes comédiennes ont-elles reçu cette matière ?

L’une d’elles souligne que la difficulté tient d’abord au langage :
« Le registre du vocabulaire abordé par la pièce n’est pas celui de notre vie quotidienne. Pourtant, cela ne concerne pas des femmes de l’autre côté du globe. Il faut l’explorer, l’entendre pour la première fois, le laisser nous traverser et envoyer ce message au public. »

Une autre évoque son expérience professionnelle auprès d’organisations travaillant sur les questions de drogue et de prostitution :« La langue ne m’a pas choquée. La violence, le sexe, les drogues existent dans tous les domaines de notre vie. Dans la société, surtout dans une culture conventionnelle, on ne veut pas en parler. Mais la langue existe pour ça. »

 

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Les conditions de création à Phnom Penh

Les répétitions à Phnom Penh ont également marqué le processus artistique. La chaleur, les moyens techniques limités, l’engagement bénévole de plusieurs participants ont façonné la création.

Frédéric Fisbach l’observe :« On est dans une économie de moyens très modeste. Mais la facture sera professionnelle, faite par des gens engagés dans un désir artistique. »

Madalina Constantin précise :« À 35 degrés, le corps ne fonctionne pas pareil. Il y a une sensualité qu’on n’aurait pas retrouvée dans un théâtre froid. Même si on joue en France, le corps gardera la mémoire de cette détente. »

Une empreinte de Phnom Penh dans l’identité de l’œuvre.

 

Une parole féminine assumée

Le spectacle repose entièrement sur des voix féminines portées par des femmes. Le metteur en scène dit avoir été marqué par leur engagement :« Je les ai trouvées très responsables. Elles ont des choses à dire et elles les disent. »

De leur côté, les comédiennes décrivent un processus collectif. L’une d’elles confie :
« Il ne se place pas seulement comme un metteur en scène qui dit ce qu’il veut. Il se met aussi comme un spectateur. C’est une création pour chacun d’entre nous. »

 

Et pour la suite… ?

Après les représentations du 4 au 8 mars à The Last Stage, une diffusion en France est envisagée pour 2027, sous réserve de partenaires.

L’objectif serait de permettre aux actrices cambodgiennes de présenter leur travail à l’étranger, dans une logique de circulation artistique.

D’ici là, Finding Myself (in mirage) s’inscrit dans une dynamique plus large : renforcer une scène théâtrale contemporaine à Phnom Penh et accompagner l’émergence d’artistes khmers appelés à prendre progressivement la direction des structures locales.

Pour acheter vos billets : Telegram au +855 70 707 517 

Par Éléonore Beltran / Photo MSY Photography

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