Édition internationale

Un coup de filet d’envergure contre la fraude numérique au Cambodge

Une opération d’envergure vise un réseau international d’escroqueries en ligne. Plusieurs suspects étrangers sont inculpés, mais des questions subsistent sur l’efficacité réelle des nouvelles mesures.

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CamboJA / Fresh news
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 23 avril 2026

Premières inculpations sous la nouvelle loi anti-arnaques en ligne

Le tribunal provincial de Mondulkiri a inculpé, le 17 avril, plusieurs ressortissants étrangers pour avoir prétendument organisé un groupe criminel et dirigé une opération d’escroquerie en ligne. Il s’agit apparemment de la première affaire engagée en vertu de la nouvelle loi contre les escroqueries en ligne, entrée en vigueur début avril.

Ces inculpations font suite à une demande de l’ambassade d’Inde, sollicitant l’aide du Cambodge pour localiser des ressortissants indiens dans la province de Mondulkiri. En réponse, la police provinciale a lancé une enquête le 10 avril dans la Cité commerciale chinoise provinciale de Mondulkiri, située dans la ville de Sen Monorom.

Une opération coordonnée et des saisies massives

L’opération coordonnée a permis l’arrestation de 310 étrangers de dix nationalités différentes, soupçonnés d’être impliqués dans des activités d’escroquerie en ligne. Les autorités ont également saisi un important matériel présumé utilisé dans ces activités, dont 420 ordinateurs de bureau et 1 450 téléphones portables.

Parmi les personnes arrêtées figurent deux ressortissants chinois, Chen Binglian, directeur général, et Cheng Wen Chong, responsable de l’équipe indienne et pakistanaise ; un ressortissant thaïlandais, Sittichai Saelee, chargé de l’équipe thaïlandaise ; ainsi qu’un ressortissant du Myanmar, Hsu Darli, responsable de l’équipe birmane. Selon un communiqué du tribunal, ils ont été inculpés en vertu de l’article 5, paragraphe 3, et d’autres dispositions connexes de la loi sur la lutte contre les escroqueries en ligne, pour des activités menées par un groupe criminel organisé.

Des suspects en fuite et des peines lourdes encourues

Trois suspects non identifiés, ayant pris la fuite, ont également été inculpés en vertu de l’article 6, paragraphe 1, de la même loi, pour avoir organisé et dirigé un centre d’escroquerie en ligne.

La législation prévoit que les détenus encourent des peines de cinq à dix ans d’emprisonnement ainsi qu’une amende comprise entre 125 000 et 250 000 dollars en cas de condamnation.

Des victimes à l’international

Le tribunal a précisé que le réseau ciblait des victimes en Thaïlande, aux États-Unis, au Vietnam et en Inde, notamment à travers de fausses plateformes de commerce en ligne et des fraudes à l’investissement en cryptomonnaies.

« L’escroquerie visait des citoyens thaïlandais sous couvert de vente de biens et les États-Unis sous couvert d’investissement en cryptomonnaies », a indiqué le tribunal. « Dans cette affaire, trois suspects et d’autres réseaux [se sont échappés] ont organisé et dirigé le complexe d’escroquerie en ligne ciblant le Vietnam, l’Inde, la Thaïlande et les États-Unis. »

Procédures judiciaires et poursuite de l’enquête

Seav Ngichhoan, porte-parole du tribunal provincial de Mondulkiri, a déclaré à CamboJA News qu’après l’achèvement des procédures judiciaires, les détenus seraient transférés en prison, tandis que d’autres seraient expulsés vers leurs pays d’origine.

Il a ajouté que les autorités poursuivent leurs recherches pour retrouver les trois suspects en fuite. Interrogé sur une éventuelle responsabilité du propriétaire du bâtiment de la Cité commerciale chinoise provinciale de Mondulkiri – soupçonné d’abriter des opérations frauduleuses –, Seav Ngichhoan a indiqué que l’affaire faisait l’objet d’une enquête en cours.

Des critiques sur l’efficacité de la nouvelle loi

Nathan Paul Southern, directeur des opérations de The EyeWitness Project, estime toutefois que la nouvelle loi contre les escroqueries en ligne ne traduit pas nécessairement un durcissement de la répression, puisqu’elle n’a pas encore permis de cibler les figures clés ou les responsables liés aux principaux réseaux.

« L’utilisation de la nouvelle loi contre les escroqueries en ligne ne reflète pas nécessairement un changement vers une application plus stricte par les autorités cambodgiennes, car la législation n’a pas encore été utilisée pour cibler les figures criminelles clés ou les responsables liés à l’industrie », a-t-il déclaré.

Selon lui, la loi reste « quelque peu floue » et pourrait être appliquée de manière large à de nombreuses personnes, sans normes clairement définies en matière de preuves.

Il s’est également inquiété du fait que les enquêtes ne prennent pas toujours en compte des problématiques telles que le travail forcé ou la traite des êtres humains, ce qui pourrait entraîner de nombreuses détentions supplémentaires dans un système carcéral déjà « dangereusement » surpeuplé.

Une intensification des opérations à l’échelle nationale

Auparavant, le gouvernement avait indiqué que plus de 48 000 personnes soupçonnées d’être impliquées dans des opérations d’escroquerie avaient été expulsées depuis 2023. Par ailleurs, plus de 250 sites ont été fermés et 800 chefs de réseaux arrêtés depuis juillet de l’année dernière.

À mesure que la date limite pour l’« élimination » des centres d’escroquerie dans le cadre de l’opération XXL approche, les autorités ont intensifié leurs interventions contre les réseaux suspectés. Le 12 avril, les autorités de Phnom Penh ont ainsi mené une descente au Wyndham Grand Phnom Penh Capital, dans le centre de la capitale, arrêtant 311 individus de cinq nationalités.

Des contradictions pointées par les ONG

Cependant, une enquête d’Amnesty International a révélé que les plans d’aménagement d’une douzaine de complexes de casinos cambodgiens – prétendument liés à des escroqueries en ligne, à la traite des êtres humains et à des actes de torture – avaient été approuvés par l’autorité de régulation des jeux d’argent du pays entre décembre 2025 et janvier de cette année.

Selon Nathan Paul Southern, les autorités « savaient probablement déjà » où se trouvaient de nombreuses opérations d’escroquerie, et les actions récentes traduisent donc « un choix d’intervenir – et non une nouvelle capacité à les détecter ».

S’il considère qu’il s’agit d’une étape positive pouvant permettre d’éliminer les sites les plus visibles d’ici la fin du mois d’avril, il estime que cela ne suffira pas à résoudre le problème, les autorités ne s’attaquant pas aux principaux acteurs du secteur, y compris des individus puissants disposant de connexions.

« Tant que cela ne changera pas, les réseaux criminels sous-jacents ont peu de chances d’être démantelés », a-t-il conclu.

Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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