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Le changement climatique menace l'agriculture cambodgienne

Un rapport FAO alerte sur l’impact déjà visible de la chaleur extrême au Cambodge. Rendements en baisse, risques accrus : agriculteurs et autorités tentent de s’adapter face à un phénomène qui s’intensifie.

Le changement climatique menace l'agriculture cambodgienne Le changement climatique menace l'agriculture cambodgienne
Une exploitation maraîchère dans la province du Mondulkiri. Photo fournie par le ministère de l'Agriculture
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 30 avril 2026

Un nouveau rapport de la FAO tire la sonnette d’alarme : la chaleur extrême n’est plus une menace lointaine. Elle exerce déjà une pression croissante sur la production alimentaire au Cambodge, et les agriculteurs en subissent les premiers effets.

La hausse des températures devrait réduire les rendements agricoles, compliquant la sécurité alimentaire et la pérennité des moyens de subsistance. Le constat est sans ambiguïté : les seuils de tolérance thermique des cultures, de l’élevage et des ressources halieutiques sont désormais dépassés.

Des seuils critiques franchis plus tôt que prévu

Publié le 22 avril par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), ce rapport met en lumière l’ampleur du phénomène.

Chaque espèce possède une « limite thermique » au-delà de laquelle la croissance s’interrompt et les dommages apparaissent. Or, ces seuils sont atteints plus rapidement que prévu.

Pour de nombreuses cultures essentielles, la zone critique se situe entre 25°C et 35°C, notamment lors des phases de floraison et de reproduction. Mais avec des températures atteignant désormais les 40°C voire plus dans certaines régions agricoles, ces limites sont largement dépassées. Les conséquences sont multiples : baisse des rendements, affaiblissement du bétail, stress des ressources halieutiques, augmentation des risques d’incendies et conditions de travail de plus en plus dangereuses pour les agriculteurs.

Une production déjà affectée

Pour Kaveh Zahedi, directeur général adjoint de la FAO, il ne s’agit plus d’une menace théorique. « La chaleur extrême réduit déjà la production agricole et expose les travailleurs à des conditions dangereuses », souligne-t-il.

Les chiffres sont parlants : certaines vagues de chaleur ont entraîné jusqu’à 24 % de mortalité chez le bétail. Les vagues de chaleur marines, quant à elles, ont provoqué environ 6,6 milliards de dollars de pertes dans le secteur de la pêche.

Chaque augmentation de 1°C pourrait entraîner une baisse de rendement de 4 à 10 % pour des cultures de base comme le maïs et le blé. La situation pourrait encore se dégrader avec un nouvel épisode El Niño attendu, susceptible d’accentuer les températures élevées et les périodes de sécheresse.

L’importance des systèmes d’alerte précoce

Face à ces défis, des solutions existent déjà. Selon la FAO, il s’agit moins d’innover que d’utiliser efficacement les outils disponibles.

Les systèmes d’alerte précoce figurent parmi les dispositifs les plus efficaces. Informés à l’avance, les agriculteurs peuvent adapter leurs pratiques pour limiter les pertes. Ces systèmes reposent sur des prévisions météorologiques fiables, accessibles et adaptées aux réalités locales. C’est l’objectif de l’initiative onusienne « Early Warnings for All », coordonnée par l’OMM avec le soutien de la FAO.

Un Cambodge particulièrement exposé

Le Cambodge figure parmi les pays les plus vulnérables aux aléas climatiques. Le pays fait déjà face à des inondations plus fréquentes, des sécheresses prolongées et des épisodes de chaleur intense.

Selon le ministère des Ressources en eau et de la Météorologie, la saison des pluies pourrait débuter plus tôt cette année. Par ailleurs, la probabilité d’un épisode El Niño entre août et décembre est estimée à 90 %, ce qui pourrait accentuer la chaleur et la sécheresse. Cette incertitude complique la planification agricole, largement dépendante des cycles météorologiques.

Transformer les données en solutions concrètes

Malgré ces contraintes, le Cambodge progresse dans l’utilisation des données climatiques pour soutenir les agriculteurs.

Le projet PEARL, financé par le Fonds vert pour le climat et mis en œuvre par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement avec l’appui de la FAO, en est un exemple notable.Il vise à accompagner environ 450 000 petits exploitants dans le bassin nord du Tonlé Sap, en renforçant leur résilience face aux chocs climatiques.

Parmi les innovations : des stations météorologiques modernisées reliées à une application mobile fournissant des prévisions et des խորհուրդs adaptés aux cultures et aux zones géographiques. Selon Meas Pyseth, secrétaire d’État au ministère de l’Agriculture et directeur national du projet, « les services agrométéorologiques aident déjà les agriculteurs à réduire les risques et à améliorer leur productivité ».

Des gestes simples mais efficaces

Certaines mesures d’adaptation restent simples mais efficaces. Lorsque des températures supérieures à 38°C sont annoncées, il est recommandé de maintenir l’humidité des sols avec du paillage, d’ombrager les cultures, de retarder les semis de riz et d’irriguer aux heures les plus fraîches.

Ces ajustements peuvent limiter les pertes. Des recommandations visent également à protéger les agriculteurs eux-mêmes : éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes, s’hydrater, accéder à des zones d’ombre et se reposer.

Des agriculteurs en première ligne

Dans le district de Sotr Nikum, à Siem Reap, l’agriculteur Loch Sann constate déjà les effets du changement climatique.

Les sécheresses prolongées et les températures extrêmes affectent directement ses cultures, notamment les légumes à feuilles, particulièrement sensibles à la chaleur. Pour y faire face, il utilise une méthode simple : recouvrir les pieds des plantes avec de la paille de riz afin de conserver l’humidité.

Cette solution peu coûteuse permet de limiter les pertes, mais reste insuffisante face à l’intensification des phénomènes. « L’accès à des informations rapides et fiables est essentiel », souligne-t-il, estimant que sans cela, les agriculteurs réagissent trop tard.

Anticiper pour limiter les coûts

La FAO insiste sur un point : anticiper les effets de la chaleur extrême coûte moins cher que de subir des pertes répétées.

Investir dans les systèmes d’alerte et les pratiques agricoles adaptées permet de stabiliser la production et les prix alimentaires, tout en préparant des transformations plus profondes du secteur agricole. Les outils existent, les connaissances aussi. Reste à agir rapidement.

Car au Cambodge, comme ailleurs, la chaleur extrême n’est plus un risque futur. Elle est déjà une réalité.


Rédigé par : Sao Phal Niseiy

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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