Le président birman Min Aung Hlaing effectue une visite de deux jours au Cambodge. Quatre accords devraient être signés à cette occasion, suscitant l’attention des organisations de défense des droits humains.


Le Cambodge est le dernier membre de l’ASEAN à accueillir le dirigeant de la junte, après de récentes visites au Vietnam, en Thaïlande et en Russie, alors que son gouvernement cherche à mettre fin à son isolement international.
Des organisations internationales de défense des droits humains, notamment l’organisation américaine Fortify Rights et Human Rights Watch, ont toutefois exhorté les dirigeants cambodgiens à ne pas légitimer la junte. Ces organisations accusent l’armée birmane de mener de brutales opérations militaires contre les civils.
Hun Sen reçoit Min Aung Hlaing à Phnom Penh
Durant sa visite, Min Aung Hlaing a tenu une réunion bilatérale avec Hun Sen, président par intérim de l’État et ancien Premier ministre, qui a quitté ses fonctions après plus de 38 ans au pouvoir, cédant la direction du gouvernement à son fils aîné, Hun Manet.
Hun Sen et Min Aung Hlaing ont discuté du renforcement des relations bilatérales et échangé leurs points de vue sur des questions régionales et internationales.
Le Cambodge et le Myanmar entretiennent des relations diplomatiques depuis environ 70 ans, selon Chea Thyrith, porte-parole du Sénat, lors d’un point de presse organisé vendredi.
Il a déclaré que les deux dirigeants avaient discuté des moyens de développer les échanges commerciaux, les investissements, la coopération politique et le tourisme entre les deux pays.
Phnom Penh défend le principe de non-ingérence de l’ASEAN
Chea Thyrith a minimisé les critiques appelant le Cambodge à ne pas légitimer le gouvernement de Min Aung Hlaing, affirmant que le pays respectait le principe de non-ingérence de l’ASEAN dans les affaires intérieures de ses États membres.
« Nous savons que Min Aung Hlaing s’est déjà rendu dans un pays voisin. Que nous apprend cela sur le gouvernement de Min Aung Hlaing ? » a déclaré Chea Thyrith.
Il s’est demandé pourquoi les pays qui critiquent le gouvernement de Min Aung Hlaing n’avaient pas retiré leurs diplomates du Myanmar s’ils ne reconnaissaient pas son administration.
« Au Cambodge, nous respectons le principe de l’ASEAN de non-ingérence dans les affaires intérieures des uns et des autres. Je pense que nos concitoyens peuvent se faire leur propre opinion », a ajouté Chea Thyrith.
Le porte-parole n’a toutefois pas évoqué le Consensus en cinq points de l’ASEAN, un cadre de dialogue prévoyant notamment la fin des violences et un accès renforcé à l’aide humanitaire.
Le président du Sénat, Hun Sen, accueille le président birman Min Aung Hlaing à Phnom Penh, arrivé vendredi pour une visite officielle de deux jours. (CamboJA/Pring Samrang)
La junte birmane exclue des sommets de l’ASEAN
L’ASEAN et d’autres organisations régionales ont interdit à Min Aung Hlaing de participer aux sommets de haut niveau depuis qu’il a renversé le gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi. Cette dernière est détenue depuis le coup d’État militaire de 2021.
Chea Thyrith a également indiqué que les deux dirigeants avaient abordé le conflit frontalier opposant le Cambodge et la Thaïlande. Selon lui, Min Aung Hlaing a « fermement soutenu » les efforts du Cambodge visant à résoudre ce différend avec la Thaïlande par des moyens pacifiques et conformément au droit international.
Quatre accords signés avec le gouvernement Hun Manet
Le dirigeant birman a ensuite rencontré Hun Manet. Les discussions bilatérales ont été suivies par la signature de quatre accords portant sur la double imposition et l’évasion fiscale, la promotion et la protection des investissements, la coopération culturelle ainsi que la coopération dans les domaines des médias et de l’information.
Min Aung Hlaing doit également rencontrer séparément la présidente de l’Assemblée nationale, Khuon Sodary, et se rendre dans la province de Siem Reap samedi.
Les risques d’une légitimation de la junte birmane
L’analyste politique cambodgien indépendant Seng Vanly a averti que le Cambodge risquait d’offrir à Min Aung Hlaing une « victoire politique » et d’affaiblir la pression régionale exercée sur la direction militaire de la junte, sans obtenir d’engagements concrets en faveur de la paix et de la protection des civils.
« Cette question est importante, car l’ASEAN continue d’exclure les représentants politiques du Myanmar de ses sommets en raison de l’échec de la junte à appliquer le plan de paix régional », a-t-il déclaré.
« Le Cambodge risque donc d’affaiblir cette pression et de donner l’impression qu’il se soucie davantage des relations entre dirigeants que des souffrances de la population birmane. »
Selon lui, le Cambodge devrait réclamer la fin des attaques contre les civils, un accès humanitaire, la libération des prisonniers politiques ainsi que l’ouverture d’un dialogue associant l’opposition et les groupes ethniques.
« La véritable mesure du succès devrait être l’amélioration de la situation de la population birmane, et non une plus grande acceptation internationale de sa direction soutenue par l’armée », a-t-il ajouté.
Khuon Narim
Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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