Mardi 18 septembre 2018
Cambodge
Cambodge
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

L'art des Maîtres laquier avec Eric Stocker

Par Raphaël FERRY | Publié le 04/10/2017 à 21:00 | Mis à jour le 06/10/2017 à 12:04
Photo : Image issue de la page Facebook : Eric Stocker Laque & Textures
maitre-laquier

Le mois dernier, du 2 au 9 septembre, Eric Stoker était en Birmanie pour assister à un colloque organisé par « Asian Lacquer Craft Exchange Reseach Project », un cercle de soixante-quinze maîtres laqueurs asiatiques et d’experts mondiaux. Cela a été l’occasion pour ces spécialistes de partager leurs connaissances auprès d’un large public et aux jeunes Birmans de l’Université de laque de Bagan où s’est tenue cette manifestation.

Eric Stocker a débuté sa formation de restaurateur en laque chinoise et japonaise en 1974 à Paris chez Pierre Bobot, restaurateur pour les musées nationaux. Après 25 ans au service du mobilier national, l’Union Européenne le sollicite en 1998 pour rejoindre un projet de formation au sein des Chantiers-École de Formation Professionnelle, à Siem Reap. Sa mission sera de former des Cambodgiens à l’art traditionnel de la laque naturelle et de la dorure.

A son arrivée, Eric constate que toute la filière est anéantie par des années de conflits. Cela signifie qu’il va lui falloir patiemment reconstruire ce secteur d’activité. Eric relève le défi et forme des centaines de jeunes devenus des artisans laqueurs qualifiés. Il crée en 2008, avec son frère Thierry, son propre atelier qui emploie dix-sept artisans, hommes et femmes, tous confirmés, la moitié d’entre eux étant des malentendants venant de l’ONG Krousar Thmei.

 

eric-stocker
Eric Stocker, Maître laquier

 

La formation de base dure trois ans, mais il faut bien dix ans pour devenir un artisan laqueur et doreur confirmé. La laque et la dorure sont au cœur de son métier. Cependant l’esprit de recherche pousse Eric à concevoir de nouvelles techniques, à intégrer des textures nouvelles comme l’incrustation de coquille d’œuf, la marqueterie de paille, la gainerie de parchemin et de galuchat.

C’est sans doute une des clefs de son succès car sa notoriété dépasse largement les frontières du Cambodge. L’atelier traite des commandes privées de grands hôtels, de designers et d’architectes d’intérieur du monde entier. De nombreux visiteurs s’y déplacent afin de comprendre les techniques enseignées et pour admirer le travail des artisans.

L’histoire de la laque remonte à 9000 ans. C’est une matière naturelle bio. Sa technique de récolte est ancestrale, toujours manuelle, effectuée durant la saison des pluies. Elle consiste à inciser l’écorce de l’arbre et d’y glisser une canette de bambou. La sève va s’écouler lentement dans la canette. On recueille ainsi entre trois et cinq grammes quotidiennement.

Le laquier d’Asie du Sud Est « gluta usitata » est un acajou, une des onze espèces de bois précieux du Cambodge mais contrairement à d’autre pays, on n’y trouve pas de plantations. Six familles exploitent actuellement une centaine d’arbres disséminés dans la campagne de la province de Kompong Thom et travaillent exclusivement pour l’atelier qui reste à ce jour le seul atelier de production d’objets en laque naturelle au Cambodge.

 

extraction-laque-naturelle

 

La récolte représente une production annuelle totale de 300 kg de sève. Cette technique s’était éteinte faute de savoir-faire et de demande. Traditionnellement, cette sève était utilisée tant par les fermiers pour imperméabiliser les vanneries que par les pêcheurs pour protéger le bois de leurs bateaux. Elle servit ensuite à décorer les bouddhas et les pagodes. Désormais cette activité laborieuse devient lucrative ce qui assura sa transmission. Il pourrait y avoir une grande marge de développement pour ce secteur agricole.

Pour en arriver à ce résultat, Eric Stocker a fait des recherches auprès des Ministères des Eaux et Forêts et a consulté des documents datant du Protectorat français qui lui ont fourni de précieuses informations. Au Cambodge le coût d’exploitation est peu élevé et la filière offre du travail à des gens sans qualification. L’inconvénient de la laque naturelle est son temps de séchage. Elle est maintenant en concurrence avec les vernis synthétiques, la plupart dérivés du pétrole largement plus rentables sur le plan économique. Aussi, les produits industriels inondent le commerce mondial de la laque. Mais incontestablement supérieure par sa beauté, sa profondeur, la laque naturelle séduit les initiés.

Pour Eric, il est impossible d’envisager une disparition totale de ce savoir-faire. Depuis des millénaires, la laque continue de fasciner un public de connaisseurs et de collectionneurs. Dans le monde entier, des musées et des galeries présentent des pièces exceptionnelles, attisent la curiosité et valorisent cet art traditionnel, toujours en pointe en Asie.

Les œuvres de l’atelier d’Eric et Thierry Stocker sont en vente à l’atelier et dans les boutiques des plus prestigieux hôtels de Siem Reap.

Pour en savoir plus, appelez le 012 327 680 ou consulter le site www.angkorartwork.fr

0 Commentaire (s)Réagir

Que faire au Cambodge ?

J'AI TESTÉ POUR VOUS

Cocktails à domicile, une recette à succès

Tomoka Cocktail Company n’est pas un énième bar ouvrant ses portes à Phnom Penh. En effet, cette entreprise a importé au Cambodge un concept complètement nouveau, la livraison de cocktails.

Vivre au Cambodge

EDUCATION

Un nouveau directeur pour l’école française internationale

Ancien professeur des écoles en France, Benoît Gaudriot est arrivé au Cambodge durant l’été pour prendre ses fonctions en tant que directeur de l’école française internationale (EFI) à la rentrée 2018