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Cambodge : reprise du procès en appel de Kem Sokha à Phnom Penh

La cour d’appel de Phnom Penh a repris l’examen du recours de l’opposant Kem Sokha, condamné en 2023 pour trahison. Une procédure marquée par de longs retards et contestée par ses soutiens et des organisations internationales.

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Photo CamboJA news
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 9 avril 2026

La cour d’appel de Phnom Penh a repris, mercredi 8 avril, l’examen du recours de Kem Sokha, figure de l’opposition cambodgienne. Cette reprise intervient plus de dix-huit mois après la dernière audience dans ce dossier sensible.

Âgé de 72 ans, Kem Sokha est le cofondateur du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), dissous en 2017. Il avait été condamné en 2023 à 27 ans de prison pour trahison, peine qu’il purge sous assignation à résidence dans la capitale.

Arrêté en 2017, il est accusé d’avoir comploté avec les États-Unis pour renverser le gouvernement de Hun Sen, ancien Premier ministre resté près de quatre décennies au pouvoir avant que son fils lui succède en 2023. Kem Sokha a toujours rejeté ces accusations.

Des restrictions sévères et un dossier contesté

Outre sa condamnation, Kem Sokha a été privé de ses droits politiques et interdit de tout contact avec des personnes extérieures à sa famille, y compris des étrangers.

Des experts des Nations unies estiment que cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de poursuites visant des figures de l’opposition. Des organisations de défense des droits humains considèrent également que la procédure vise à écarter durablement Kem Sokha de la vie politique.

Des audiences marquées par des reports successifs

La cour d’appel avait entamé l’examen du recours en janvier 2024, mais la procédure a été suspendue à plusieurs reprises depuis septembre 2024.

Pour en savoir plus Début du procès en appel de Kem Sokha

Lors de l’audience du 8 avril, le procureur a demandé la confirmation du verdict. L’avocat de Kem Sokha, Pheng Heng, a dénoncé une procédure injuste, déclarant que « le dossier a été retardé pendant longtemps et est injuste ».

La défense affirme disposer d’éléments suffisants déjà versés au dossier et entend poursuivre sa plaidoirie. « Pour une affaire pénale, il ne s’agit pas de savoir si l’on gagne ou perd, mais si la justice est rendue », a ajouté l’avocat, indiquant vouloir continuer à défendre son client.

Il a également évoqué la possibilité d’une issue politique, estimant que son client était prêt à une solution favorisant « une réconciliation nationale entre Cambodgiens ».

Soutiens mobilisés et inquiétudes sur l’équité du procès

Plusieurs dizaines de partisans se sont rassemblés devant le tribunal lors de la reprise des audiences. Des diplomates, notamment des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, étaient également présents.

Certains proches de l’opposant dénoncent la durée de la procédure. Yem Ponhearith, ancien député du CNRP et président du Parti démocratique progressiste, a estimé que ces retards répétés pourraient compromettre le droit à un procès équitable : « Nous gardons un certain espoir, mais nous n’avons jamais abandonné notre appel à l’abandon des charges ».

Des soutiens de Kem Sokha ont également appelé à la levée des poursuites. L’une d’elles a affirmé : « Je veux que les charges soient totalement abandonnées afin de promouvoir la réconciliation nationale », tandis qu’un autre dénonçait une procédure trop longue et jugée injuste.

Un enjeu politique majeur au Cambodge

L’affaire Kem Sokha s’inscrit dans un contexte politique marqué par la domination du Parti du peuple cambodgien (PPC). Le CNRP, principal parti d’opposition, avait réalisé des avancées électorales avant sa dissolution.

Pour ses détracteurs, la condamnation de Kem Sokha vise à neutraliser une figure capable de rivaliser avec le pouvoir en place. Le gouvernement cambodgien, de son côté, maintient que la procédure relève du strict cadre judiciaire.

La suite des audiences est prévue dans les prochains jours, alors que la défense poursuit ses arguments devant la cour d’appel.

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