Édition internationale

Il y a 60 ans, le discours de Phnom Penh

Le 1er septembre 1966, Charles de Gaulle prononça à Phnom Penh un discours qui fit date critiquant l’intervention américaine au Viêt Nam et défendant la neutralité du Cambodge.

Il y a 80 ans, le discours de Phnom Penh Il y a 80 ans, le discours de Phnom Penh
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 1 septembre 2026

Le 1er septembre 1966, le président de la République française Charles de Gaulle prononça, au stade olympique de Phnom Penh, devant plus de 100 000 personnes, un discours appelé à devenir l’un des textes majeurs de la diplomatie française du XXᵉ siècle.

Par la solennité du lieu, l’ampleur de la foule et surtout par la portée de ses propos sur la guerre du Viêt Nam, cette allocution s’inscrivit durablement dans l’histoire des relations internationales. Elle constitua à la fois une prise de position publique contre l’intervention américaine en Indochine et l’affirmation d’une politique française d’indépendance vis-à-vis des deux blocs de la guerre froide.

Une politique d’indépendance face aux blocs

Depuis son retour au pouvoir en 1958, Charles de Gaulle revendiqua la souveraineté et l’indépendance de la France. Il voulut constituer une alternative aux deux blocs dominés par les États-Unis et l’URSS, dans un esprit proche de celui de la conférence de Belgrade de 1961 et du Mouvement des non-alignés, dont le Cambodge fut partie prenante.

Le chef de l’État français chercha alors à soutenir les pays qui, comme la France, affirmèrent leur volonté de ne pas s’aligner. Le 20 août 1966, le prince Norodom Sihanouk déclara que « depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle, la France accorde un soutien résolu à notre politique d'indépendance, de paix et de non-alignement, ainsi qu'à la défense de notre intégrité territoriale ».

Depuis 1959, les États-Unis combattaient au Viêt Nam, ancienne région de l’Indochine française. Le discours fut l’occasion pour de Gaulle de montrer que la France continuait de s’intéresser à cette région et qu’elle n’adhérait pas nécessairement à la politique étrangère américaine.

« Aucune solution militaire »

Au cœur de son allocution, le président français affirma le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », dans la continuité de la décolonisation de l’Algérie. Il rompit ainsi avec une politique étrangère antérieure fondée sur un fort attachement à l’Empire colonial. Après l’isolement diplomatique connu pendant la guerre d’Algérie, il put cette fois affirmer son attachement au principe de la décolonisation.

Il déclara notamment :

« Je déclare ici que la France approuve entièrement le Cambodge quant à l’effort qu’il déploie pour se tenir en dehors du conflit et qu’elle continuera dans ce but à lui apporter son soutien et son appui. »

S’agissant de la guerre en Indochine, son analyse se voulut sans ambiguïté :

« Les combats qui ravagent l’Indochine n’apportent par eux-mêmes aucune issue. […] Il est certain aux yeux de la France qu’elle n’aura pas de solution militaire. Dès lors […] seul un règlement politique pourrait rétablir la paix. »

Il estima qu’un accord devrait établir et garantir la neutralité des peuples d’Indochine et leur droit à disposer d’eux-mêmes, à condition que les États-Unis décidassent de rapatrier leurs forces dans un délai déterminé.

Dans un passage particulièrement remarqué, il affirma qu’une telle décision ne porterait atteinte ni à la fierté ni aux intérêts américains, mais pourrait au contraire redonner à Washington une audience mondiale.

Le discours s’acheva par ces mots :

« Où donc mieux qu’à Phnom-Penh n’aurais-je pu formuler cette espérance et cette attitude puisque ce sont aussi celle du Cambodge. […] Vive le Cambodge ! »

Un retentissement limité

En France, le discours eut un certain retentissement. Cependant, sur le plan international, ses effets demeurèrent limités. Les États-Unis, directement visés, manifestèrent un léger agacement mais ne modifièrent en rien leur position sur la guerre du Viêt Nam.

Au Cambodge, la période qui suivit correspondit à un affaiblissement progressif de l’influence de Norodom Sihanouk. Alors que la présence des troupes du Việt Cộng se fit de plus en plus sentir à l’est du pays, les élites pro-américaines gagnèrent en importance à Phnom Penh. En 1970, le roi fut déposé et le pays s’aligna sur Washington, ce qui précipita le Cambodge dans la guerre.

À la suite de cette déclaration, le gouvernement de Saigon rompit ses relations diplomatiques avec Paris et interdit à ses ressortissants de se rendre en France, notamment pour y poursuivre des études.

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