Au Cambodge, les troubles psychiques s’expriment souvent physiquement. Un programme national vise à intégrer durablement le soutien psychologique dans les soins primaires.


Au Cambodge, les difficultés économiques, les déplacements, la perte de revenus ou les maladies chroniques se traduisent souvent par des symptômes physiques. L’anxiété peut provoquer des douleurs thoraciques, tandis qu’un stress prolongé entraîne vertiges, fatigue ou troubles du sommeil. En l’absence d’un accompagnement adapté, ces troubles psychiques peuvent rester ignorés pendant des années.
Le conflit frontalier de 2025, qui a déplacé jusqu’à 650 000 personnes à son apogée, a mis en lumière l’ampleur de ces problématiques. Mais les besoins en matière de santé mentale dépassent largement les situations d’urgence.
Rapprocher la santé mentale des populations
Dans ce contexte, l’intégration du soutien psychologique dans les soins de santé primaires apparaît comme une nécessité. Pour de nombreux Cambodgiens, les centres de santé constituent le premier point de contact avec le système public.
Les personnels de première ligne jouent donc un rôle déterminant. Formés à identifier les signes de détresse émotionnelle, ils peuvent adopter une approche empathique, fournir des premiers secours psychologiques ou orienter les patients vers des services spécialisés. Si des dispositifs temporaires permettent de répondre à l’urgence, des solutions durables doivent être intégrées au fonctionnement quotidien du système de santé.
Un programme national structuré avec l’appui de l’OMS
En août 2025, le ministère cambodgien de la Santé a lancé, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’élaboration d’un plan national de relèvement post-conflit en matière de santé mentale et de soutien psychosocial.
Ce plan prévoit notamment la mise en place de lignes directrices en matière de conseil tenant compte des traumatismes, ainsi que la formation des agents de santé, des ONG locales et des groupes de soutien sanitaire villageois (VHSG) aux premiers secours psychologiques.
« L’objectif est de garantir un accès aux soins de santé mentale aussi bien dans les camps de déplacés que dans les centres de santé, y compris après la fin des interventions d’urgence », souligne la Dre Marianna Trias, représentante de l’OMS au Cambodge.
Elle ajoute : « Cette approche s’inscrit dans les principes de soins de santé primaires de l’OMS, visant à rendre les services de base inclusifs et accessibles au plus près des populations ».
À l’issue des formations, les départements provinciaux de santé collaborent avec les VHSG pour diffuser régulièrement des conseils de bien-être psychologique au sein des communautés.
Le programme, soutenu par l’OMS, est actuellement déployé dans les provinces de Banteay Meanchey, Oddar Meanchey et Preah Vihear.
« Cette initiative vise à renforcer la compréhension des impacts des expériences traumatiques sur la santé mentale et à promouvoir des pratiques de conseil éthiques, centrées sur la sécurité psychologique et le respect, tout en limitant les risques de retraumatisation », précise le Dr Chhit Sophal, directeur du Département de la santé mentale et des addictions.
Il ajoute : « Elle permet également d’apporter des réponses durables, en reconnaissant que les troubles liés au traumatisme ne peuvent être résolus par une intervention ponctuelle. Même en l’absence de spécialistes, les structures de soins primaires doivent rester accessibles à tous. »
Des traumatismes ancrés dans l’histoire
Le Cambodge porte encore les traces psychologiques de décennies de violences et d’instabilité. Chez les personnes âgées, ces traumatismes anciens peuvent resurgir, notamment en période de crise.
« Les personnes âgées sont les plus touchées. Elles ont vécu ces événements dans leur jeunesse et les revivent aujourd’hui », observe Seng Sameth.
Le Dr Yel Daravuth, responsable technique à l’OMS Cambodge, souligne la nécessité d’une attention particulière : « Les expériences passées de guerre et de déplacement peuvent réapparaître, ravivant des souvenirs et des blessures psychologiques. Pour de nombreuses personnes âgées, les contraintes du quotidien et les responsabilités familiales compliquent la prise en charge de leur santé mentale. »
Pour répondre à ces enjeux, l’OMS travaille avec le ministère de la Santé à l’élaboration de directives nationales adaptées au contexte historique et culturel du pays. Cela inclut le développement de programmes de formation et la révision du paquet minimum d’activités en santé mentale.
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