Édition internationale

L'ampleur des réseaux d'arnaques en Asie-Pacifique

Un rapport de l’ONU révèle l’ampleur croissante des escroqueries en Asie-Pacifique, alors que le Cambodge intensifie sa lutte contre ces réseaux criminels.

L'ampleur des réseaux d'arnaques en Asie-PacifiqueL'ampleur des réseaux d'arnaques en Asie-Pacifique
Ministère de l Intérieur cambodgien
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 24 juillet 2026

Les réseaux d’escroquerie ont soutiré, selon un rapport publié mardi par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), une somme comprise entre 88 et 114 milliards de dollars, aux populations de la région Asie-Pacifique  en 2025. Cette estimation est environ trois fois supérieure à celle avancée par l’organisation deux ans auparavant.

Cette révélation intervient alors que le Cambodge mène une vaste campagne nationale contre ces réseaux, qui ont fait du pays un centre majeur de cette industrie criminelle.

L’Asie du Sud-Est demeure l’épicentre mondial des opérations d’escroquerie à grande échelle. Selon l’ONUDC, celles-ci sont principalement dirigées par des syndicats criminels d’origine chinoise, qui s’appuient sur une main-d’œuvre étrangère victime de traite. Ces réseaux devancent les opérations de répression, diversifient leurs sources de revenus, exploitent la corruption et utilisent l’intelligence artificielle.

L’Asie de l’Est représentait environ 71 % des pertes liées aux escroqueries en 2025. L’Australie et la Nouvelle-Zélande arrivaient ensuite, avec une part comprise entre 15,8 % et 20,2 %, suivies par l’Asie du Sud-Est, avec 8,4 % à 13,2 %.

Un rapport fondé sur des données recueillies dans la région

L’office a indiqué que le rapport avait été élaboré de 2025 à la mi-2026, à la suite de consultations menées avec les États membres de l’ASEAN, les autorités nationales et des partenaires internationaux. Le document s’appuie sur des données officielles, des dossiers judiciaires, des renseignements financiers ainsi que des recherches de terrain conduites dans l’ensemble de l’Asie du Sud-Est.

Delphine Schantz, représentante régionale de l’ONUDC pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique, a déclaré que les réseaux d’escroquerie se développaient de plus en plus sur plusieurs marchés illégaux, tout en recourant à des services partagés.

« Leur modèle opérationnel ressemble à celui d’une franchise d’entreprise : imaginez des services spécialisés dans le blanchiment d’argent, la traite des êtres humains, le trafic de migrants et la collecte de données, tous intégrés à un même réseau interconnecté fondé sur des services », a-t-elle déclaré mardi à Bangkok, lors de la présentation du rapport.

Selon l’ONUDC, ces réseaux utilisent de plus en plus les plateformes de messagerie chiffrée, les cryptomonnaies, l’intelligence artificielle et l’internet par satellite afin d’étendre leurs opérations tout en échappant aux forces de l’ordre.

« La croissance que nous observons a alimenté tout un écosystème de services auxiliaires, dont beaucoup fonctionnent sous l’apparence d’une activité commerciale légitime », a déclaré Inshik Sim, analyste principal de l’ONUDC. « L’ampleur et la complexité de cette économie criminelle organisée en expansion dépassent les capacités des réponses existantes, qui n’ont pas été conçues pour traiter une activité criminelle aussi sophistiquée. »

La répression déplace les réseaux sans les démanteler

Malgré l’intensification des opérations de répression dans la région, les efforts des autorités ont principalement déplacé les réseaux plutôt que de les démanteler, selon l’ONUDC.

L’office a indiqué que les syndicats criminels pratiquaient un « choix de juridiction » afin de trouver des territoires caractérisés par une gouvernance et une réglementation faibles. Il a également qualifié la corruption de « principal facilitateur » du crime organisé fondé sur les technologies dans la région.

Vaste campagne contre les centres d’escroquerie au Cambodge

Ces estimations record sont publiées malgré une campagne de répression la plus importante jamais menée par le Cambodge contre les opérateurs d’escroquerie au cours de l’année écoulée. Les autorités ont déclaré avoir fermé des centaines de complexes et expulsé des dizaines de milliers de travailleurs étrangers impliqués dans ces activités.

Le gouvernement cambodgien fait toutefois l’objet de critiques pour ne pas avoir suffisamment protégé les victimes de traite découvertes dans les complexes perquisitionnés, ainsi que pour ne pas avoir engagé de poursuites contre des élites locales liées à cette industrie.

Touch Sokhak, porte-parole du ministère de l’Intérieur, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Une industrie illicite sous pression internationale

Cette industrie illicite est devenue un sujet sensible au Cambodge, alors que la pression internationale s’intensifie. Le Premier ministre Hun Manet a déclaré qu’elle avait porté atteinte à la réputation et à l’économie du pays.

Selon le gouvernement, les Cambodgiens ont eux-mêmes perdu environ 45 millions de dollars à cause d’escroqueries en ligne l’année dernière.

Les États-Unis, qui ont indiqué que leurs ressortissants avaient perdu au moins 10 milliards de dollars au profit d’escrocs opérant en Asie du Sud-Est en 2024, se sont concentrés sur la lutte contre cette industrie en imposant des sanctions à des responsables politiques et à des hommes d’affaires cambodgiens.

Le candidat proposé au poste d’ambassadeur des États-Unis a déclaré la semaine dernière que le démantèlement des centres d’escroquerie en ligne transnationaux constituerait l’une de ses principales priorités dans ses nouvelles fonctions.

Hun Manet a également rencontré mercredi à Phnom Penh le directeur du FBI, Kash Patel. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la tournée régionale de Kash Patel, destinée à renforcer la coopération en matière de sécurité et à coordonner les actions contre les réseaux de fraude en ligne.

Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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