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Bangkok rejette les cartes historiques de la frontière avec le Cambodge -

La Thaïlande a annoncé ne plus reconnaître les cartes héritées de l’époque coloniale pour délimiter sa frontière avec le Cambodge. Cette position ravive les tensions bilatérales et soulève des interrogations juridiques et diplomatiques.

Carte Phrea vihear Ministere de l'information_0Carte Phrea vihear Ministere de l'information_0

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a informé le président français Emmanuel Macron que la Thaïlande ne reconnaîtrait plus les cartes héritées de l’époque coloniale utilisées pour délimiter la frontière avec le Cambodge.

Cette déclaration, formulée lors d’une visite officielle en France, marque une rupture avec les références jusqu’ici utilisées par les deux pays ainsi que par le droit international. Bangkok a par ailleurs mis fin à un protocole d’accord signé en 2001 sur la gestion des revendications maritimes communes, accentuant les tensions sur ce dossier.

Selon le dirigeant thaïlandais, « il n’y a pas lieu de discuter » si Phnom Penh continue de s’appuyer sur la carte à l’échelle 1:200 000 issue des traités franco-siamois de 1904 et 1907. Il a ajouté que « la Thaïlande dispose déjà d’un système et d’un cadre auxquels elle se conforme », en référence à une carte à l’échelle 1:50 000 établie unilatéralement.

Des inquiétudes croissantes à Phnom Penh

Au Cambodge, cette évolution suscite de fortes préoccupations. Plusieurs observateurs estiment que Bangkok pourrait chercher à se doter d’une base juridique lui permettant d’agir unilatéralement le long de la frontière.

Les forces thaïlandaises sont accusées de renforcer leur présence dans certaines zones revendiquées par le Cambodge, notamment par la construction d’infrastructures, de routes, de bâtiments et de statues monumentales de Bouddha.

Le ministère cambodgien des Affaires étrangères a ainsi déposé une protestation officielle le 30 mai, évoquant « la construction d’au moins 36 statues de Bouddha dans plusieurs sites des provinces de Preah Vihear et Oddar Meanchey ». Des aménagements tels que des clôtures, des conteneurs et des mâts arborant le drapeau thaïlandais ont également été signalés, ainsi que l’organisation d’événements culturels et touristiques.

Le cadre juridique international contesté

Pour plusieurs analystes, la position thaïlandaise soulève des difficultés juridiques. Le géopoliticien cambodgien Kin Phea rappelle que « la carte à l’échelle 1:200 000 est reconnue au niveau international et a été utilisée à deux reprises par la Cour internationale de justice dans les affaires du temple de Preah Vihear ».

Ces décisions, rendues en 1962 et en 2013, ont attribué la souveraineté du temple au Cambodge. Selon lui, « si la Thaïlande refuse de reconnaître cette carte, elle devrait se retirer de la communauté internationale, de l’ASEAN et des Nations unies ».

Deth Sok Udom, professeur cambodgien de relations internationales à l’université Paragon International, nuance toutefois la portée de cette déclaration. Il souligne que « c’est une chose d’annuler le protocole d’accord de 2001, mais une autre d’ignorer un traité juridique utilisé dans des procédures de la CIJ ». Il estime qu’une telle position pourrait s’adresser en partie à une audience nationaliste, tout en restant difficile à appliquer concrètement.

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