BUCAREST CENTENAIRE - Le Palais Cretulescu, une rêverie du XXe siècle

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 13/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 13/06/2018 à 00:00
Photo : source : Nite Dan
Palatul-Kretzulescu

Pas loin du parc Cismigiu, sur la rue Stirbei Voda, au numéro 39, se dresse le somptueux Palais Cretulescu (Kretzulescu), qui nous murmure paisiblement son histoire. Le monumental escalier extérieur et le toit crénelé gardent le parfum de l’éclectisme français d’autrefois, évoquant l'histoire d'un temps à présent révolu.

 

A l’origine de cet édifice se trouve Elena Kretzulescu, descendante de deux grandes familles de boyards - Les Filipescu venant de la lignée maternelle et les Kretzulescu de l'autre côté. L’histoire du domaine commence il y a deux siècles: en 1700, le prince de Valachie, Constantin Brancoveanu, offre ce terrain comme cadeau de mariage à sa fille, Safta, la future épouse de Iordache Kreztulescu. Plus tard, la descendante du vornic Costache Kretzulescu hérite des maisons situées sur une vaste propriété aux environs du jardin Cismigiu. Après avoir finalisé ses études en Europe, Elena Kretzulescu, revient en Roumanie et décide de transformer radicalement cet ensemble architectural, le remettant à la page de la mode européenne de l’époque.

La construction du palais, tel que nous le connaissons aujourd’hui, a commencé en 1902 et les travaux ont duré deux ans. Le projet de construction a été confié à l’architecte roumain, Petre Antonescu, fraîchement diplômé de l’école des Beaux Arts de Paris. Ultérieurement, ce dernier deviendra connu pour la construction de plusieurs bâtiments importants de Bucarest dont l’Arc de Triomphe et le Palais du Ministère des Travaux Publics. Elena souhaitait une bâtisse d’une élégance imposante qui devait refléter la prospérité de la capitale à cette période. Le Palais sera remarqué par son architecture spécifique à la Renaissance française, complétée par un extérieur riche en ornements, avec des fortes influences baroques, en vogue à l'époque parmi les boyards; le toit crénelé et les mansardes en ardoise couronnant le tout. L’intérieur arborait le même style renaissance, auquel étaient rajoutés des éléments de la culture byzantine. En témoignait le journaliste Flamin Chessaru pour la revue Ilustraţiunea română en 1933: «Au-delà des murs avec leurs toits crénelés et scintillants, on devinait une vie qui, spécialement pour ces temps, ne pouvait être celle de beaucoup. […] Toutes choses paraissaient véridiques et on pouvait craindre qu’elles ne disparaissent d’un moment à un autre de par leur fragilité apparente, pareil à des ombres chinoises. Les chandeliers et le mobilier laissaient paraître la souplesse de cet empire qu’on ne rencontre plus aujourd’hui que dans les illustrations des encyclopédies d’art».

Le raffinement de l’héritière de la famille Kretzulescu se remarque à travers son amour de la nature, dont témoigne la serre située dans l’aile droite du Palais et les environs verdoyants de la résidence, décorés avec une élégance ludique grâce à la multitude de rampes et de balcons suspendus. La façade donnant vers le vieux jardin Cismigiu se distingue par la présence d’une tour d’où part un escalier extérieur somptueux qui menait vers un immense jardin de 2 hectares avec des terrasses et des fontaines, des bassins et des sources. Aujourd’hui il n’en reste qu’un petit jardinet, le reste étant détruit ou intégré dans l’actuel parc Cismigiu.

Criblée de dettes, la propriétaire se voit obligée de renoncer à son rêve de jeunesse, ainsi le Palais Cretulescu sera vendu à la mairie de Bucarest en 1927 et depuis, il est devenu le siège de plusieurs institutions dont la Présidence du Conseil des Ministres, le Conseil des Syndicats de Roumanie ou le Musée d’Art Religieux. Le régime communiste met un terme au fonctionnement de ce dernier et durant plusieurs années le palais demeure inhabité. Aujourd'hui, il est la propriété du Ministère de l’Education et héberge, depuis 1972, le Centre Européen d’Enseignement Supérieur de l’UNESCO-CEPES.

 

Ana-Maria Roşca  

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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