Vendredi 24 septembre 2021
TEST: 2240

Iris Pikita : "Ne plus être la muse et, surtout, ne plus souhaiter être la muse."

Par Emma Granier | Publié le 25/08/2021 à 16:41 | Mis à jour le 26/08/2021 à 11:28
Photo : © Iris Pikita
Portrait d'Iris Pikita

Française établie à Berlin, l'autrice Iris Pikita nous livre les arcanes de son nouveau projet : la réalisation de podcasts érotiques et féministes.

 

Quel est votre parcours et qu'est-ce qui vous a amenée à Berlin ? 

Après une licence en sociologie et anthropologie et un master en communication audiovisuelle et artistique, je suis venue en vacances à Berlin en 2017 et j'ai adoré cette ville. C'était la première fois que je me sentais chez moi. Je m'y sentais très libre, pas seulement en tant que femme, mais simplement en tant qu'individu dans l'espace public. Ça passe par le fait de pouvoir se promener habillé comme on le souhaite, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. La vie culturelle aussi est incroyable et très abordable financièrement. Tout ça donne une atmosphère particulière à la ville, entre chaos et paradis. Et c'est ce qui m'a énormément touchée et attirée. 

J’ai emménagé à Berlin en janvier 2018. Dès mon quatrième jour sur place, j’avais deux boulots : un poste pour un service client et l'organisation d'événements culturels. Mais la raison pour laquelle cette ville compte beaucoup pour moi, c'est que c'est ici que j'ai pu trouver ce que je voulais faire. A savoir, être autrice et voix.

 

Portrait d'Iris Pikita
© Iris Pikita

 

Quel a été votre cheminement créatif et professionnel dans cette ville d'adoption ? 

Je suis arrivée en ne connaissant personne. Et c'était important pour moi d'arriver dans un lieu entièrement ouvert, rempli de possibles. J'ai rencontré beaucoup de gens dans les premiers mois au cours des événements que j'organisais, mais je ne les recroisais pas forcément par la suite. J'ai commencé à écrire comme ça, en imaginant le futur ou le passé de ces personnes rencontrées brièvement. Au fur et à mesure, l'écriture a pris beaucoup de place dans ma vie. En parallèle de cette envie dévorante, j’ai ensuite travaillé pour Adobe pendant un an et demi, tout en écrivant avec frénésie dès que j’avais du temps libre. 

Depuis un an et demi, j'ai fait de l'écriture mon activité principale et je suis désormais rédactrice web indépendante, autrice et voix. J’ai publié mon premier ouvrage en mars dernier, qui s’appelle « Feu & sang » aux éditions Lamiroy et que vous pouvez retrouver sur mon site. En parallèle, j’ai écrit de nombreux poèmes, "mouvements d’humeur", nouvelles et je suis actuellement en train de travailler sur deux nouveaux romans. J’utilise aussi ma voix dans des poèmes sonores : une mise en musique de mes textes en collaboration avec des DJ pour l'habillage sonore et la musique. C'est aussi un super moyen pour rencontrer de nouvelles personnes ou pour travailler avec des amis. Je cherche d'ailleurs toujours de nouveaux talents pour ces projets, à bon entendeur !

Je suis actuellement à la recherche d’une maison d’édition pour un recueil de nouvelles. Entre autres, j’y traite du féminisme et du mouvement LGBTQIA+, de l’amour, de l’anticapitalisme, de la sexualité, de la sorcellerie et du rapport à la technologie. Je tente d’y soulever des questionnements sociaux et de transmettre un message de paix et d'égalité entre toutes et tous (parfois à travers des actes de violence).

Et je vais prochainement diffuser des podcasts érotiques et féministes. Il s'agit de textes que j'écris et dont la version audio sera ensuite disponible sur mon site et mon profil soundcloud. Ils seront également disponibles pour les chaînes de podcast érotique souhaitant aborder l’érotisme féministe, c'est le cas notamment de la chaîne Le Verrou avec qui nous sommes en train de mettre en place une collaboration. 

 

Portrait d'Iris Pikita
© Iris Pikita

 

Comment est venu l'idée d'un podcast érotique pour femmes ?

Je me suis naturellement mise à écrire sur l’amour, et de fil en aiguille, sur la sexualité. Ces sujets me passionnent pour le paradoxe qu’ils soulèvent : à la fois leurs redondances et leurs caractères inédits. Cela a commencé avec des poèmes tels que « balade au creux de nous », qui traite de l’histoire d’amour entre un vagin et un pénis. Le sujet récurrent de la sexualité s’est progressivement imposé comme une évidence pour de multiples raisons. D’abord, avec un souhait profond d’ouvrir la parole concernant les désirs et fantasmes féminins. C’est une façon de parler de ce qui fait sens dans l’érotisme féminin – même s’il n’en existe pas un, mais des centaines, des milliers, des millions. C’est un sujet qui s’impose de plus en plus dans l’espace médiatique et littéraire, et c’est fabuleux ! Mais je crois que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. 

 

Traiter de l’érotisme, et notamment au travers d’une voix féminine, c’est inverser une tendance.

Ma vision du féminisme tente d’être holiste, ce qui implique l’idée que l’intime et le politique sont intrinsèquement liés. Je crois qu’il est foncièrement impossible de se délester de la domination masculine sans prendre en compte l’intime, et donc la sexualité et ses enjeux. Aussi, traiter de l’érotisme, et notamment au travers d’une voix féminine, c’est inverser une tendance. Ne plus être la muse - et surtout - ne plus souhaiter être la muse (ce que nous avons toutes voulu, au cours de notre adolescence, lorsque nous lisions uniquement des poèmes écrits par des hommes), mais faire muse mes amants et amours. 

Les podcasts érotiques sont pour moi une façon de ne plus être objet, mais sujet. Se détacher du male gaze (un concept qui aborde le regard masculin sur le corps féminin au cinéma, qui l’objective et le sexualise, omniprésent encore aujourd’hui) pour affirmer un female gaze. Par ce biais, les podcasts érotiques me permettent de rompre avec un regard focalisé sur la sexualisation du corps féminin, pour me concentrer sur la sexualité à travers le regard féminin. C’est une fois de plus, une manière de considérer la femme comme un sujet et non comme un objet.

 

S'accomplir tout en restant soi-même.

 

En écrivant ces textes, je me suis rendue compte que c'était difficile de parler d'érotisme et de fantasme à travers le regard féministe. La sexualité est très orientée par la pornographie, par les enjeux de domination et par une certaine forme de machisme. C'est un bon exercice qui a débloqué quelque chose dans ma manière de penser. Cette ouverture et ce nouveau regard sur les choses ont aussi été possibles grâce à ma vie à Berlin. Cette ville m'a permis d'être ce que j'avais envie d'être et de me détacher d'une pression sociale et du regard des autres. Berlin permet aux individus de s'accomplir tout en restant eux-mêmes.

 

Retrouvez l'actualité d'Iris Pikita sur son site internet, ses pages Instagram et Soundclound.

 

Photo-montage d'Iris Pikita sur un arc-en-ciel
© Iris Pikita

 

Pour recevoir gratuitement notre newsletter du lundi au vendredi, inscrivez-vous !

Pour nous suivre sur FacebookTwitter et Instagram

0 Commentaire (s) Réagir

Vivre à Berlin

SE DÉPLACER

Où faire réparer son vélo à Berlin ?

Rien de mieux que de découvrir les quartiers de Berlin en quelques coups de pédales ! Mais parfois, votre vélo a besoin d’un léger entretien. Voici donc quelques endroits pour réparer votre monture.