Édition internationale

BD - Christophe Blain : chapeau les cow-boys

Le créateur d'Isaac le Pirate revient avec la suite de son western enthousiasmant. Le tome 2 des aventures de Gus s'intitule Beau Bandit. Il faut avouer qu'ils sont magnifiques, humains et philosophes les braqueurs de Christophe Blain

Moins prolixe que ses camarades Sfar ou Trondheim, Christophe Blain n'en est pas moins un des auteurs de bande dessinée français les plus passionnants qui soit. Après Isaac le Pirate, il s'attaque latéralement à un des genres mythiques du récit d'aventure, le western, qu'il s'ingénie à désaxer brillamment.
Car, comme pour le tome 1, ce qui se joue dans le second volume de la série Gus ne ressemble en rien aux films de notre enfance. Il y a pourtant beaucoup du jeu de garçon dans le plaisir de Blain.
Pour séduire la belle Peggy, Gus le voleur se fait passer pour le biographe d'un bandit célèbre. La littérature invente alors la légende de l'intérieur et l'Ouest devient un palais des glaces. Ava, la compagne de Clem, compère de Gus et figure principale du Beau Bandit, est elle même romancière. Il ne lui est pourtant pas très fidèle, amoureux qu'il est de la belle et maligne Isabella. L'érotisme joyeux qui les unit en quelques vignettes est alors un pur bonheur.
Pourtant Clem aime et admire sa femme et sa petite fille. Ava voudrait écrire un grand livre. Lui voudrait être un grand Bandit, un voleur élégant.

La nouvelle virilité
Sous le trait formidablement souple, sensuel et ferme de Blain, se joue quelque chose de profondément masculin. Le western a toujours servi de terrain d'expérimentation à la virilité. Les héros de granit ont souvent dissimulé des failles, les garçons souvent comparés leurs pistolets. Gus apporte une contribution intensément moderne à cette tradition.
Ici rien n'est crypté. On y découvre une masculinité hétérosexuelle dans laquelle se reconnaître, à la fois littéraire, sensible et canaille, paternelle, hirsute et aspirant au smoking blanc;infidèle et aimante, costaude, pudique et entourée de femmes formidables. L'idéal, l'homme que nous voudrions tous être.
C'est tout le charme d'une bd qui assume ses souvenirs, se plait à jouer avec les couleurs de Lucky Luke et ne tire pas sa pertinence d'effets de mode. L'album sait aussi se taire et les séquences aux dialogues abondants laissent parfois la place à de belles pages muettes hors du temps. C'est juste formidable.
Jean-Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) lundi 5 mai 2008

Gus, Tome2 - Le Beau Bandit, de Christophe Blain (Dargaud) 86 pages, 14 euros.
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