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Laure Loiseau, Nota Bene : "Il y a plein d’opportunités en Espagne" premium

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 17/01/2022 à 16:33 | Mis à jour le 18/01/2022 à 17:35
Photo : Laure Loiseau, fondatrice de l'agence de communication Nota Bene, à Madrid
Laure Loiseau, fondatrice de l'agence Nota Bene, à Madrid

Femme d’expatrié, Laure Loiseau est arrivée il y a 30 ans à Madrid et a fondé Nota Bene, qui est aujourd’hui l’une des plus importantes agences de communication et de relations publiques en Espagne. Son secret : savoir se réinventer dans un monde où la communication se métamorphose constamment.

 

Laure Loiseau venait de se marier lorsque la banque où travaillait son mari lui propose une mutation à Madrid. Elle-même avait un très bon poste dans l’entreprise de cosmétiques Roc, mais l’Espagne était comme un aimant en cette année 1992. "Entre les Jeux olympiques, l'exposition universelle et la célébration du 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique –se souvient Laure- tout le monde en France parlait de l'Espagne et voulait la visiter. Je n'étais jamais venue ici et je ne parlais pas un mot d'espagnol. Mais c’était une occasion rêvée que nous avons saisie".


Apprendre l’espagnol : une priorité

Seule ombre au tableau. Comme c’est souvent le cas pour les femmes d’expatriés qui abandonnent tout pour suivre leur mari, Laure se sentait un peu perdue sans son travail, ses parents et ses amis. Alors la première chose qu’elle a faite a été de se mettre à fond à apprendre l'espagnol. "Lorsque j'ai commencé à me défendre un peu -raconte-elle- je suis entrée dans l’agence de communication Misión Imposible, qui appartenait à l'époque à Isabel da Silva et Eric Yerno. J'y suis restée trois ans. J’ai énormément appris et je leur suis très redevable".


Plus envie de quitter l’Espagne !

Et c’est là que Laure va faire une rencontre, en fait deux, qui seront déterminantes dans sa vie. "À Misión Imposible, je travaillais avec deux collègues, Guillemette Sanz et Cristina Cuturi, et nous avons envisagé de créer notre propre agence. Pour moi, c’était quelque chose de temporaire, puisque je ne pensais vraiment pas rester en Espagne au-delà du contrat de trois ans qu'avait mon mari". Le temporaire dure depuis trente ans ! Non seulement son mari a renouvelé pour trois années supplémentaires, mais il a ensuite été embauché ailleurs pour pouvoir rester en Espagne, car ils n’avaient plus du tout envie de retourner en France. 

Au tout début, les trois amies n’ont pas encore de bureau et, pendant quelques mois, leur QG n’est autre que l’appartement de Laure. On est en 1995. La petite agence de communication Nota Bene est née. Leur premier client qui les a suivies dans cette aventure est un poids lourd, Benetton. Puis sont venus Baccarat, TAG Heuer, Veuve Clicquot, Krug ou le Comité Colbert, sorte de gardien du savoir-faire français. Nota Bene devient très vite l’agence de référence des marques de luxe.

nota bene madrid
Les bureaux de l'agence, aujourd'hui à Madrid / DR


Nota Bene : Ne nous oubliez pas !

"Lorsque nous avons commencé, la communication en Espagne était à l'état embryonnaire -affirme Laure Loiseau. Il y avait beaucoup de relations publiques, avec un bon carnet d’adresses, énormément de fêtes, mais il n’y avait pas beaucoup de stratégie de communication. Or, pour nous, la communication, c’est autre chose que de boire une coupe de champagne. C’est du conseil aux marques, qui apporte une réelle valeur ajoutée en termes de stratégie, de plan de communication, de collaboration très étroite avec les entreprises et les médias et aujourd’hui le marketing d'influence. Car peu importe le marketing ou la campagne publicitaire, sans communication il n'y a rien. C'est la chose la plus importante".

Le nom latin de "Nota Bene", c’est d’ailleurs ça, un peu comme le "P.S.", la partie de la communication qu'il faut bien noter, observer et ne surtout pas oublier. "Lorsque nous avons créé Nota Bene -rappelle Laure- nous avons constaté que les entreprises investissaient beaucoup dans la publicité et le marketing direct, mais qu'elles oubliaient la partie communication. C'est pourquoi, avec ce nom, nous avons voulu faire un clin d'œil à 'ne nous oubliez pas'". 


Le virage du digital

Les entreprises l’ont bien compris et c’est ainsi que petit à petit Nota Bene a grandi jusqu’à devenir une agence avec une soixantaine de personnes. Laure et ses associées (Cristina a depuis quitté l’Espagne pour la France) ont su parfaitement surfer sur la grande déferlante de la communication en sachant toujours se réinventer. Ainsi, avec la crise de 2008, elles décident de se diversifier, au-delà du luxe, et s’aventurent dans certaines marques grand public, comme Pantène ou Carrefour, ce qui les a obligées à plonger directement dans le monde numérique. "Nous avons réussi à prendre le virage du digital, à professionnaliser les équipes qui savent tout faire, à ne pas juste rester une petite agence de presse. Le monde de la communication a changé. Nous faisions beaucoup d’événementiels et beaucoup de relations presse. Nous sommes aujourd’hui une agence globale".

Globale, non seulement dans les services qu’offre son agence, mais aussi dans la sélection de ses clients, toujours dans le secteur Lifestyle. Elles ont ainsi décidé de mettre un pied dans la restauration et ont maintenant 22 restaurants clients. "La vie sociale ici, c’est vraiment de la folie ! Les restaurants sont toujours pleins. Nous avons par exemple réussi à ce que des restaurants, qui s’étaient vidés de leur clientèle principalement formée de touristes, se remplissent à nouveau. Avec le confinement, les Madrilènes ont redécouvert leur ville et nous avons rempli nos restaurants d’Espagnols".

On est revenu à l’événementiel en présentiel

La période du Covid leur a permis de mettre en place de nouveaux modes de communication et de relation, avec énormément d’événementiels virtuels très élaborés, pas du tout du genre bustes parlants. "On pensait que ça allait rester -raconte Laure- parce que ça a très bien marché, mais en Espagne les Espagnols veulent quand même du physique et on est donc revenu à l’événementiel en présentiel. Il faut savoir aussi que tout ce qui est production en Espagne est super intéressant, moins cher qu’en France. Ici on a des producteurs, des directeurs, des photographes, des mannequins, des studios, tout est très compétitif tout en étant extrêmement qualitatif et on peut faire des contenus top, la frontière est devenue très floue avec ce que font les agences de pub, mais en beaucoup moins cher".


Si Nota Bene s’occupait de l’image de l’Espagne...

Et Laure tient à signaler qu’il ne s’agit pas seulement de prix, mais aussi de qualité. "Ici en Espagne, il y a beaucoup de grands professionnels, plein de jeunes talents. On a pu voir plein de séries qui ont cartonné dans le monde, comme Élite, Casa de Papel, Velvet, Valeria. L’Espagne, ce n’est pas seulement Pedro Almodóvar. Il y a plein de jeunes chanteurs, de grands sportifs, de start-up espagnoles. C’est un grand pays d’entrepreneurs".

L’Espagne, ce n’est pas seulement Pedro Almodóvar

On l’a compris. Laure Loiseau est tombée amoureuse de l’Espagne il y a bientôt trente ans. "Si on a de bonnes idées, il y a encore plein de choses à faire en Espagne, et pas que dans le tourisme. Il y a plein d’opportunités dans des domaines très différents. C’est un pays qui s’est bien remis à niveau. Il faut juste que les Espagnols aient confiance en eux, qu’ils soient fiers de leurs talents, dans l’artisanat par exemple, mais ils ne savent pas toujours le ‘marketer’. Et puis, ils ont gardé cet enthousiasme, un respect, une humanité qui s’est perdue à Paris". Il est clair que si Nota Bene s’occupait de l’image de l’Espagne, le pays y gagnerait !

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Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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