Édition internationale

Geoffrey Rolin, ambassadeur Claude à Madrid: "J'accepte toujours une demande de café"

À Madrid, où les événements, incubateurs, accélérateurs et rencontres entre entrepreneurs se multiplient, encore faut-il savoir qui rencontrer et pourquoi.

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Geoffrey Rolin, fondateur de Pitchless / Tiago Ferreirinha
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 19 septembre 2026, mis à jour le 21 septembre 2026

Le Belge Geoffrey Rolin a fait de cette question le point de départ de Pitchless, une communauté qu'il anime autour de rencontres, d'événements et de formats conçus pour faciliter les connexions entre entrepreneurs, investisseurs et professionnels. Depuis juin 2026, ce trentenaire dynamique est également l'un des ambassadeurs de Claude à Madrid. Son parcours illustre comment un réseau entrepreneurial peut progressivement devenir un véritable outil professionnel.

Le contraste est frappant avec le projet professionnel qu'il imaginait quelques années plus tôt. Formé à l'ingénierie chimique, passé par Manchester, Bruxelles et Amsterdam, Geoffrey Rolin s'est longtemps imaginé en startuper, a toujours pensé qu'il finirait par créer sa boîte et développer son propre produit. Il accumule d'ailleurs les projets dans un carnet dédié, avec plusieurs centaines d'idées, créatives, pratiques ou un peu folles, suivant l'humeur. Parmi elles, la création d'une app facilitant l'impression à distance grâce à l'imprimante d'un voisin, une autre permettant de vérifier en temps réel la disponibilité des produits en stock dans les commerces locaux, un outil de protection financière... puis Venu, un projet imaginé pendant son MBA à Madrid. Mais c'est finalement en essayant de mettre certaines de ces idées en pratique qu'il comprend que son profil est ailleurs.


De l'ingénieur qui voulait tout construire au "people person"

Chez Kraft Heinz, à Amsterdam, Geoffrey Rolin avait automatisé une grande partie de son travail. Une situation confortable, mais qui finit par lui donner le sentiment de tourner en rond. "J'avais automatisé tellement de choses que j'avais l'impression d'être déjà à la retraite", raconte-t-il. Il cherche alors autre chose. Après une expérience dans une scale-up spécialisée dans le traitement de la data et un passage chez Deloitte, il rejoint IE University à Madrid pour un MBA. Il arrive dans la capitale espagnole en septembre 2024, avec déjà une idée assez précise de ce qu'il aimerait faire : lancer un produit.

Son projet Venu, une sorte d'"Airbnb des événements", lui permet même de remporter une compétition organisée au sein de l'école de commerce espagnole. Cependant, c'est autre chose de plus inattendu que l'expérience lui révèle : il aime imaginer les solutions, tester les concepts, rencontrer les utilisateurs potentiels, certes... Mais passer des mois à construire puis lancer le produit en lui-même l'attire beaucoup moins. "Je me suis rendu compte que je n'étais pas un product person. J'étais plutôt un people person", résume-t-il.

La distinction est devenue particulièrement intéressante dans un écosystème où la fabrication technique d'un premier produit est de moins en moins inaccessible. Les outils d'intelligence artificielle permettent désormais de prototyper rapidement une application ou un service. Le problème se déplace alors vers la validation du besoin, la rencontre avec les premiers utilisateurs, la vente et l'accès au marché. C'est précisément sur cette partie que Geoffrey va progressivement construire sa place. Lors d'un hackathon organisé à Zurich par l'école Polytechnique ETH, il passe cinq jours dans un cube de verre avec quatre autres participants pour travailler sur la décarbonation de l'industrie lourde. Leur équipe développe une solution théorique destinée à optimiser l'utilisation de la vapeur dans les usines -et accessoirement gagne le prix de l'innovation de la compétition. L'expérience lui confirme surtout qu'il aime travailler avec des profils différents autour d'un problème concret. À Madrid, il va transformer cette appétence en activité.

À Madrid, les rencontres deviennent un laboratoire

Ainsi, le premier format prend la forme d'Ideas & Wine. Une trentaine de personnes maximum, du vin, du fromage et surtout une sélection des participants. L'objectif n'est pas de réunir le plus de monde possible, mais de créer les conditions d'une conversation qui aurait peu de chances d'avoir lieu dans une salle remplie de plusieurs centaines de personnes. "Dans un événement de 400 personnes, tu peux te retrouver à ne pas savoir à qui parler. Tu ne sais pas qui est intéressant pour toi, et les autres ne savent pas forcément qui tu es", explique-t-il. Cette logique de sélection devient progressivement sa méthode. Les participants remplissent des formulaires, Geoffrey identifie les profils susceptibles de s'apporter quelque chose et construit les groupes en conséquence. Puis les demandes évoluent et de nouveaux formats apparaissent : Roundtables, rencontres avec des investisseurs, Beta Dash pour accélérer la création d'un prototype, ou encore Hacker Houses dans le sud de l'Espagne. Le principe est toujours le même : partir d'un problème rencontré par la communauté plutôt que d'imaginer un produit à vendre. "À chaque fois que j'identifiais un problème dans ma communauté, je développais un format qui permettait de résoudre la problématique que je découvrais", explique Geoffrey.

Pitchless est créé en octobre 2025 pour regrouper ces différents formats. En quelques mois, son fondateur estime avoir organisé une cinquantaine d'événements et accueilli entre 2.000 et 3.000 participants cumulés. La communauté, d'abord très liée à IE, s'est depuis internationalisée. Elle rassemble désormais principalement des jeunes actifs de 20 à 40 ans, au profil très international. Dans un écosystème madrilène où les grands rendez-vous internationaux attirent de plus en plus d'entrepreneurs et d'investisseurs, Geoffrey défend donc une autre approche : réduire la taille des rencontres pour augmenter la pertinence des connexions. Le réseau devient aussi un moyen d'accéder à des compétences qu'il ne possède pas lui-même. Pour chaque nouveau format, il cherche des spécialistes et des partenaires capables d'apporter l'expertise technique ou opérationnelle qui lui manque. Il dit ainsi avoir constitué un réseau d'environ une centaine de mentors à Madrid, tout en travaillant avec plusieurs universités. Cette mécanique finit par produire un effet inattendu : les marques commencent elles aussi à venir chercher cette communauté.

De Pitchless aux ambassadeurs de l'IA

Geoffrey est devenu ambassadeur de Claude à Madrid en juin 2026, chargé d'animer la communauté madrilène de la marque. Pour le jeune Belge, il s'agit d'organiser des événements sous la marque Claude, de bénéficier d'un budget et surtout distribuer des ressources, notamment des crédits, aux participants. Geoffrey présente le dispositif comme une forme de "marketing généré par la communauté". Mais pour lui, l'intérêt dépasse la seule organisation d'événements : cette nouvelle fonction est aussi le résultat direct du réseau qu'il a construit avec Pitchless. "Grâce à l'accès au réseau que j'ai à Pitchless, ces structures ont été intéressées de m'avoir. Maintenant, grâce à l'accès au réseau de Claude, j'ai accès à d'autres nouvelles opportunités", explique-t-il. 

Claude n'est d'ailleurs pas le seul outil à avoir trouvé une place dans l'écosystème Pitchless. Geoffrey cite également Lovable, Clay, Notion et Stripe parmi les partenaires ou outils dont il peut faire bénéficier les entrepreneurs, notamment sous forme de crédits ou de ressources. Il a aussi entamé des discussions avec d'autres acteurs, dont HubSpot, avec l'idée d'élargir progressivement cette offre. Le fonctionnement est assez simple : Pitchless apporte aux entreprises technologiques un accès direct à une communauté de fondateurs et, en retour, celles-ci peuvent fournir aux entrepreneurs des outils qu'ils pourront utiliser pendant leurs premières phases de développement. Pour l'entrepreneur, cette logique est particulièrement intéressante lorsque les services proposés deviennent une partie de l'infrastructure de la startup. Le raisonnement est proche de celui des crédits cloud distribués aux jeunes entreprises : permettre à une startup de commencer avec une infrastructure ou un outil, puis espérer qu'elle continue à l'utiliser lorsqu'elle grandira. Pitchless cherche désormais à appliquer cette logique à plusieurs briques du parcours entrepreneurial.

C'est aussi le prolongement de Manifest, son programme d'accompagnement de huit semaines. Là, l'objectif n'est plus seulement de faire se rencontrer les entrepreneurs, mais de les aider à passer de l'idée au marché : validation de la demande, prototype, acquisition des premiers utilisateurs puis go-to-market. "Tout le monde sait créer une application maintenant grâce à des outils comme Lovable. Mais la mise en marché n'a pas changé. Ton client doit pouvoir dire oui à un contrat si tu mets devant lui." À terme, Geoffrey imagine même des cohortes financées par des entreprises dans des secteurs précis, comme la FinTech ou la TravelTech. L'entreprise partenaire fournirait des ressources ou des infrastructures, tandis que Manifest accompagnerait les startups susceptibles de devenir demain des utilisatrices ou des clientes de ces technologies. La logique reste celle qui a présidé aux débuts de Pitchless : ne pas partir d'une offre figée, mais d'un besoin identifié dans la communauté.

Après avoir longtemps cherché le produit qu'il pourrait construire, Geoffrey Rolin semble finalement avoir trouvé quelque chose de plus proche de son propre fonctionnement : créer les conditions pour que les autres construisent le leur. Son prochain objectif est désormais de consolider Manifest, puis, à plus long terme, de développer un fonds d'investissement et de reproduire le modèle dans d'autres écosystèmes émergents. En attendant, il conserve une règle simple pour son propre réseau : "J'accepte toujours une demande de café, peu importe le profil." Certaines de ses opportunités professionnelles les plus inattendues sont, dit-il, nées de ces rendez-vous dont il ne savait pas à l'avance ce qu'ils allaient produire.

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