De plus en plus de PME espagnoles recherchent des compétences de direction pour structurer leur croissance, sans avoir les moyens, ni toujours le besoin, de recruter un cadre experimenté à temps plein. Après avoir fait ses preuves en France, une nouvelle forme de direction externalisée, opérationnelle, à temps partagé, émerge progressivement en Espagne. C'est dans cette dynamique que s'inscrit aujourd'hui Laure Glatron.


Installée à Madrid depuis plus de dix ans, l'ancienne cadre dirigeante d'Air France-KLM puis de Disney a choisi de quitter les grands groupes internationaux pour accompagner des entreprises à des étapes clés de leur développement. Une trajectoire qu'elle n'avait jamais imaginée quelques années plus tôt.
Quand Madrid devient un choix de vie
En 2023, Laure Glatron occupe un poste stratégique à Madrid depuis plusieurs années. Elle pilote le développement commercial de Disneyland Paris sur les marchés espagnol, portugais et italien et les résultats sont au rendez-vous. La clientèle espagnole s'impose comme l’un des principaux moteurs de croissance. Lorsque Disney lui propose un poste à Paris. La décision semble évidente, pourtant, elle décline. "Pour la première fois dans ma carrière professionnelle, j'ai pris une décision exclusivement personnelle."
Madrid l'a convaincue. Son fils y est né, son équilibre de vie s'y est construit, son réseau aussi. Revenir en région parisienne signifierait repartir de zéro dans une ville et une organisation qu'elle connaît pourtant parfaitement. Ce choix illustre une évolution observée chez une partie des cadres français installés en Espagne. L'expatriation n'est plus seulement une étape de carrière ; elle devient un projet de vie. La qualité de vie madrilène, la vitalité économique de la capitale et l'internationalisation croissante de son tissu entrepreneurial y contribuent. Pour Laure Glatron, cette décision signifie aussi renoncer à une carrière toute tracée dans les grands groupes mais l’opportunité de se lancer dans nouveau défi. "Après vingt-cinq ans dans une machine extraordinaire, j'ai eu envie de faire un choix pour mon bien-être."
L'expérience des grands groupes au service des dirigeants de PME
Son parcours l'a conduite des partenariats stratégiques d'Air France-KLM au développement commercial de Disney, en passant par plusieurs fonctions de direction en France et en Espagne. Ces années lui ont appris à piloter des organisations complexes, de la stratégie à l'exécution, mais aussi à travailler avec des cultures très différentes. Négocier avec des partenaires chinois, américains ou italiens lui a appris à observer avant d'agir. "L'empathie est indispensable, mais elle n'exclut en rien la fermeté qui permet de poser un cadre clair. Il faut comprendre les codes de chacun pour avancer", constate-t-elle.
À Madrid, cette capacité d'adaptation lui sert rapidement. Son premier véritable défi espagnol arrive en pleine crise économique. En 2011, elle prend la direction des ventes d'Air France-KLM pour l'Espagne et découvre les spécificités du management local, pour la première fois à la tête d'une quarantaine de collaborateurs. Puis, chez Disney, elle conduit une forte croissance des marchés espagnol et portugais. Elle se souvient de ses premiers rendez-vous d'affaires en Espagne, où une dirigeante expatriée doit souvent convaincre avant même de négocier ; le relationnel est la clé. "On doit aussi s’habituer à sortir des déjeuners d’affaires à 17h30", s’amuse-t-elle.
La Mano Derecha, une nouvelle génération de dirigeants externalisés
Après une courte expérience dans une start-up espagnole de mobilité électrique, Laure Glatron confirme sa conviction : son parcours prend tout son sens au sein de structures qui n'ont ni les ressources ni les effectifs des grandes entreprises.
Depuis le début de l'année, elle participe à Madrid au déploiement de La Mano Derecha, filiale espagnole du réseau français Bras Droit des Dirigeants qui réunit plus de 200 cadres dirigeants expérimentés. Le principe est simple : épauler les dirigeants dans le pilotage global et quotidien de leur entreprise, en intégrant l’équipe de direction. Définir les priorités, organiser les équipes, faciliter la prise de décision, résoudre les difficultés, faire avancer les projets stratégiques et obtenir des résultats concrets. Cette formule, aussi appelée "Fractional", offre la flexibilité : une intervention de 0,5 à 2 jours par semaine, pendant 3 mois ou deux ans, selon le besoin. Le chef d'entreprise reste seul décisionnaire, mais bénéficie d'un regard extérieur, d'une méthode éprouvée et d'un véritable bras droit pour reprendre la maîtrise de son développement.
Le modèle répond à une réalité du tissu économique espagnol, principalement composé de petites et moyennes entreprises. Beaucoup des dirigeants concentrent toutes les décisions sur eux-mêmes, au risque de freiner leur développement. "Le véritable enjeu est souvent de retrouver de la clarté et de gagner en efficacité. Les dirigeants sont experts de leur métier, mais ils ne peuvent plus tout porter seuls". Et recruter un directeur général ou un directeur commercial expérimenté représente un investissement à la fois trop lourd et inadapté à leur structure, tandis que la voie du management de transition reste généralement dédiée à une problématique particulière et ponctuelle, à temps plein.
L’ambition de Laure est désormais moins de diriger que de transmettre. Faire connaître cette approche innovante et ses bénéfices demande un véritable travail de pédagogie. "Ce modèle est encore peu connu, alors qu'il répond à une vraie nécessité des PME", observe-t-elle. "Notre réussite n'est pas la nôtre mais celle des dirigeants que nous accompagnons".
Dans son bureau madrilène, les premiers projets sont en cours. Après avoir longtemps contribué au développement de grands groupes internationaux, Laure Glatron découvre un autre terrain d’action qui lui plaît : celui des entreprises audacieuses et agiles. Un changement d'échelle, mais une même ambition : aider les dirigeants à franchir un nouveau cap dans le développement de leur entreprise.
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