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F. Martinage: "En 2019 CRIT Espagne a signé 80000 contrats de travail"

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 11/02/2020 à 16:24 | Mis à jour le 11/02/2020 à 18:58
Photo : DR
Françoise Martinage

Françoise Martinage nous prévient. On assiste à une transformation profonde du marché du travail, avec la digitalisation en toile de fond. Les enjeux sont énormes et l’experte en RH ne mâche pas ses mots. Face au Big Bang numérique, se mettre à la page est devenu une question de survie. 


Passionnée par son métier, Françoise Martinage n’était pourtant pas destinée à travailler dans le secteur des ressources humaines. Son MBA de l’EDHEC en poche, elle avait d’ailleurs commencé dans l’audit et par la suite avait rejoint le secteur des télécommunications. Directrice générale du Groupe CRIT, qui figure dans le Top 20 des leaders mondiaux de services en RH offrant toutes les prestations dans le recrutement direct, intérim, outsourcing, outplacement, conseil ou formation, elle ne regrette pas son changement de voie il y a treize ans. "C’est un secteur exaltant et très gratifiant –affirme Françoise Martinage- parce qu’en fin de compte, nous donnons du travail aux gens". Et pas qu’un peu ! L’an passé, 80.000 contrats de travail ont été signés chez CRIT.

 

80.000 contrats de travail signés chez CRIT en 2019

C’est un métier d’autant plus captivant que le secteur des ressources humaines est particulièrement connecté à l’économie. "On anticipe les cycles –affirme la directrice générale de CRIT-, à tel point que j’ai des amis qui m’appellent pour mieux prévoir ce qui va se passer dans un an ! On perçoit mieux les bouleversements économiques à travers les ressources humaines. Une de nos activités, l’intérim, est le baromètre de l’activité économique. Quand le carnet de commande des entreprises baisse, elles renvoient d’abord leurs intérimaires. Ainsi, en 2008 nous avons connu une chute de près de 30% de notre activité, alors que l’économie espagnole allait encore très bien. Et inversement, nous avons redécollé en 2013 avant tout le monde".

 

On anticipe les cycles

 

Concernant les techniques de recherche d’emploi, Françoise Martinage est très claire. "Chercher un boulot, c’est un travail en soi –explique-t-elle-. Il ne s’agit pas de rester dans son coin à attendre que ça se passe. Il faut être très actif, dessiner un plan de travail et définir ses axes de recherche. C’est un peu comme une entreprise qui, avant de lancer un produit, réfléchit à qui et comment elle peut le vendre, analyse son marché, la concurrence, le prix d’un produit similaire. En somme, c’est une démarche marketing. Cela peut sembler une approche désagréable, car on n’est pas des produits mais des personnes, mais il est indispensable d’effectuer une démarche structurée de recherche d’emploi".

 

Des conseils pour sa recherche d'emploi

Le networking ou réseautage est également indispensable. "Aucune piste ne doit être négligée –conseille Françoise Martinage-. Tous les réseaux sont utiles, depuis les réseaux sociaux, jusqu’aux réseaux sportifs, en passant par les amis, l’école ou la famille. Si chaque personne rencontrée donne à son tour deux contacts, cela finit par faire un véritable maillage. C’est un peu comme tisser sa toile". En revanche l’experte en ressources humaines déconseille d’envoyer un CV à un chasseur de tête pour avoir un rendez-vous. "Ils n’ont pas le temps de recevoir les candidats sauf s’ils ont une mission de recrutement associée", explique-t-elle. 

Mais faire du réseautage, c’est quelque chose qui doit se travailler durant toute une carrière et, pour cette raison, Françoise Martinage insiste sur un point fondamental. "Je vois beaucoup de gens qui ne commencent à réseauter que lorsqu’ils perdent leur emploi. C’est seulement à ce moment-là qu’ils se mettent sur linkedIn. Or, il faut développer et faire vivre son réseau en permanence, ça fait partie du job. En plus le réseau a toujours de la valeur pour l’entreprise". 

Être actif sur les plateformes de recherche d’emploi telles qu’Infojob, Infoempleo, indeed, Google for job, et regarder les offres d’emploi des entreprises de recrutement comme CRIT, est bien sûr indispensable. Cependant, il y a quelques règles à suivre pour que son CV ne reste pas enfoui sous une pile virtuelle de centaines d’autres. "Il faut savoir –prévient Françoise Martinage- qu’un consultant reçoit chaque jour pour certains postes des centaines de CV et qu’il n’y passe que quelques secondes. D’où l’importance d’avoir un super CV". Pour cela, ajouter en haut de page une synthèse résumant son parcours et ses attentes avec des mots clés qui vont attirer l’œil du consultant peut s’avérer très utile. Par ailleurs le CV ne doit pas ressembler à un roman fleuve. "Il ne faut pas expliquer le poste, ni raconter sa vie –ajoute l’experte en RH-. Il s’agit d’être clair et concis et de mettre en valeur les résultats qu’on a obtenus, les objectifs atteints".

En outre, il convient d’être raisonnable et patient. Vouloir changer à la fois de poste et de secteur n’est pas la meilleure option. Il est préférable de changer d’abord de poste puis de secteur ou inversement mais pas les deux en même temps. Et il est toujours plus facile de chercher dans des secteurs en croissance.

Par ailleurs, nous sommes en train d’assister à une véritable transformation du marché du travail, et tous les secteurs et domaines sont touchés. "On commence à voir l’impact de certaines technologies sur l’emploi –signale la directrice générale de CRIT-. Il y a une pénurie de profils digitaux, et il est important de réaliser des formations spécifiques pour apprendre les nouvelles techniques. Une personne qui a un profil plutôt marketing analogique doit faire une formation en marketing digital. Il est indispensable de se mettre à la page pour acquérir les compétences digitales dans son domaine. Inclure du digital dans son CV est nécessaire. C’est une question de survie". 


Le Big Bang numérique, et moi, et moi, et moi...

Nous sommes entrés en effet dans la quatrième révolution, celle du numérique, qui est en train de bouleverser tous les secteurs d’activité et la société dans son ensemble. "Je vis chaque jour les évolutions du marché du travail – explique Françoise Martinage-. Des études faites aux États-Unis mais aussi en Espagne montrent que des postes vont disparaître mais que d’autres vont apparaître, et la difficulté est qu’on ne sait pas toujours quels sont les emplois qui existeront dans le futur. Le monde actuel du travail a besoin de gens qui puissent s’adapter et capables de travailler en équipe  –continue l’experte en RH-. En définitive, on recherche ce qu’on appelle des softs skills, ces compétences personnelles, qui constituent désormais un facteur clé de nos processus de recrutement". Les CV vont devenir secondaires car ils décrivent un parcours professionnel chronologique mais ne donnent pas d’éléments sur les "soft skills" qui sont en fait la manière d’être, l’intelligence émotionnelle, la résistance à la frustration, l’orientation aux objectifs, la capacité de travailler en équipe etc...

Et oui, le secteur des ressources humaines se numérise à vue d’œil. "Nous cherchons des candidats pour des postes qui exigent certaines compétences –explique Françoise Martinage-. La recherche du candidat idéal pour le poste idéal s’appelle le matching. On pourrait dire que le recrutement c’est la version professionnelle de Meetic !". Ces outils de matching vont encore évoluer et nous n’en sommes qu’au début. "Tout le processus de recrutement est digitalisé –poursuit la directrice générale de CRIT-. La captation des candidats à travers des plateformes connectées à nos base de données, le matching et la sélection des candidats, les entretiens d’embauche (via Skype, les video-CV etc..), les tests de compétence et même la signature électronique du contrat de travail"

On l’a bien compris. Les enjeux sont de taille et concerne tout le monde, non seulement les personnes qui recherchent un emploi mais aussi celles qui travaillent. Le Big Bang numérique, avec la digitalisation, l’uberisation, l’intelligence artificielle ou la robotisation, ne fait que commencer et mieux vaut être parfaitement préparé pour, non pas le craindre, mais en faire un allié. 
 

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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