Édition internationale

Régularisation exceptionnelle en Espagne : jusqu’à 500 000 personnes concernées

Le gouvernement espagnol a enclenché une nouvelle régularisation exceptionnelle des personnes étrangères en situation administrative irrégulière. Adoptée par décret royal, la mesure pourrait concerner jusqu’à 500.000 personnes. Annoncée pour une entrée en vigueur au printemps 2026, elle a aussitôt ravivé les lignes de fracture politiques.

La ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, lors de la conférence de presse à l’issue du Conseil des ministresLa ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, lors de la conférence de presse à l’issue du Conseil des ministres
@Pool Moncloa - José Manuel Álvarez. / La ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, lors de la conférence de presse à l’issue du Conseil des ministres.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 28 janvier 2026

Le 27 janvier 2026, le gouvernement espagnol a tranché. Réuni en Conseil des ministres, l’exécutif a validé, par Real Decreto, la mise en œuvre d’une régularisation exceptionnelle des personnes migrantes en situation irrégulière, au nom d’une « urgence sociale ». Un choix procédural assumé, qui permet à la mesure d’entrer rapidement en vigueur, sans passer par le Parlement.

Pour la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, il s’agit d’un « moment historique ». Le gouvernement entend ainsi répondre à une réalité déjà visible dans les rues et sur le marché du travail, et offrir un cadre administratif à des personnes installées de longue date en Espagne, afin de faciliter leur intégration sociale et professionnelle.

 

 

Qui peut bénéficier de la régularisation exceptionnelle en Espagne ?

La régularisation s’adresse aux personnes étrangères qui se trouvaient en Espagne avant le 31 décembre 2025 et qui peuvent justifier d’une présence continue d’au moins cinq mois sur le territoire.

Pour prouver cette présence, l’administration acceptera divers types de documents, publics ou privés, tels que des justificatifs municipaux, médicaux, administratifs ou contractuels. Les personnes concernées devront également ne pas avoir d’antécédents pénaux et ne pas représenter une menace pour l’ordre public.

Les demandeurs de protection internationale ayant déposé leur dossier avant le 31 décembre 2025, ainsi que les enfants mineurs à charge déjà présents en Espagne, sont aussi inclus dans le dispositif.

 

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Un titre de séjour d’un an et un accès rapide à l’emploi

En cas d’issue favorable, les personnes concernées se verront délivrer une autorisation de résidence et de travail d’un an, appelée à être prolongée par la suite dans le cadre des dispositifs ordinaires du droit des étrangers.

Les enfants mineurs déjà présents sur le territoire bénéficieront, eux, d’un titre valable cinq ans. Surtout, la procédure ouvre rapidement l’accès à l’emploi : dès l’enregistrement de la demande, et dans un délai généralement inférieur à quinze jours, les bénéficiaires pourront commencer à travailler, sans attendre la décision définitive de l’administration.

 

Calendrier et modalités pratiques

Le dépôt des demandes devrait être ouvert au début du mois d’avril 2026 et se prolonger jusqu’au 30 juin 2026. L’administration dispose d’un délai estimé à trois mois pour instruire les dossiers.

Les modalités concrètes de dépôt des demandes (présentiel ou en ligne, lieux compétents) doivent encore être précisées par les autorités.

 

Un choix contesté dans un contexte européen tendu

La mesure s’inscrit dans le sillage d’une initiative citoyenne déposée au Congrès en 2024, portée par plusieurs organisations sociales et soutenue par une partie de la gauche parlementaire, dont Podemos. Elle a toutefois suscité de vives réserves dans l’opposition. Le Partido Popular plaide pour des régularisations au cas par cas et met en garde contre les effets d’une opération de grande ampleur sur les services publics et la politique migratoire du pays.

Cette régularisation intervient alors que, dans une grande partie de l’Europe, le curseur migratoire se déplace vers davantage de contrôle et de restrictions. Si certains États ont récemment eu recours à des dispositifs ciblés ou sectoriels, l’initiative espagnole se démarque par son ampleur et son caractère exceptionnel.

Selon les autorités, des régularisations extraordinaires ont néanmoins été mises en œuvre à différents moments dans plusieurs pays européens, souvent en réponse à des contraintes économiques, sociales ou administratives spécifiques.

 

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Régularisation et nationalité : deux démarches distinctes

La régularisation administrative ne confère ni la nationalité espagnole ni le droit de vote aux élections nationales. L’accès à la nationalité reste soumis à des conditions strictes de durée de résidence légale, de continuité et de réussite à des épreuves linguistiques et civiques. Les personnes régularisées pourront néanmoins, sous certaines conditions, accéder ultérieurement aux dispositifs de regroupement familial prévus par la législation en vigueur.


 

Une réalité sociale, un défi administratif

Selon le centre d’analyse Funcas, environ 840.000 ressortissants non communautaires vivaient en situation administrative irrégulière en Espagne au début de l’année 2025. Pour l’exécutif de Pedro Sánchez, cette régularisation doit permettre de donner un cadre légal à une partie de cette population déjà installée dans le pays et de mieux structurer son insertion sociale et professionnelle.

Reste désormais la mise en œuvre. De la capacité de l’administration à traiter les dossiers dans les délais annoncés dépendra, en grande partie, la portée réelle de cette opération et ses effets à moyen terme.

 

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